« Si les émissions découlant de l’exploitation des hydrocarbures sur Anticosti \"ne valent que\" 2,8 milliards, alors il suffirait aux compagnies pétrolières d’offrir assez en impôts et en redevances pour faire passer leur projet », illustre l'auteure.

Anticosti: la fin d'un cauchemar

Le gouvernement du Québec vient de fermer la porte à toute forme d'exploration pétrolière et gazière sur l'île d'Anticosti. C'est une sage décision malgré les coûts qui y sont associés et malgré l'absurdité qui se dégage de cet épisode peu reluisant de la récente histoire économique et politique du Québec.
Si on avait un thermomètre pour en mesurer la température, on constaterait sans peine qu'il s'agissait de la patate la plus chaude dont avait hérité le gouvernement libéral actuel. Au cours des derniers mois, le dossier de l'exploration des ressources naturelles de l'île d'Anticosti était devenu un modèle d'incohérence et de confusion. 
Philippe Couillard et ses ministres associés de près ou de loin au dossier d'exploration et d'exploitation des hydrocarbures d'Anticosti n'ont jamais pu donner une ligne directrice cohérente à ce projet lancé par Pauline Marois en 2014.
Récemment, le premier ministre promettait de tout faire pour empêcher l'exploration d'hydrocarbures nécessitant la fracturation hydraulique. Mais en même temps, son gouvernement continuait d'investir des millions pour que cela puisse se faire. 
Toute cette idée de fouiller le sol de l'île d'Anticosti reposait sur des hypothèses bien bancales. On ne savait pas si cela pouvait être rentable, on ignorait le taux d'extraction de la ressource, on évaluait sommairement les coûts de production et de transport, on n'avait qu'une vague idée de l'infrastructure que nécessiterait une exploitation réelle.
La soustraction du territoire de l'île à toute forme d'exploration pétrolière et gazière, annoncée vendredi par le gouvernement Couillard, était la meilleure décision à prendre. Elle survient surtout dans un contexte où les perspectives ne sont pas très bonnes pour les carburants fossiles. Au cours des dernières semaines, des pays ont annoncé des échances pour le passage à un parc automobile électrique ou hybride. De grands constructeurs automobiles ont emboîté le pas. Même si le pétrole est une ressource ayant d'autres utilisations que celle d'abreuver les véhicules, il reste que la diminution de la demande à ce chapitre rend de moins en moins attrayantes l'exploration et l'exploitation de gaz ou de pétrole. La planète est résolument tournée vers les énergies renouvelables et les technologies propres.
Les protestations de la population et des élus locaux y sont probablement pour beaucoup dans la décision du gouvernement. Le critère de l'acceptabilité sociale n'allait jamais être satisfait dans le cas de l'île d'Anticosti. 
C'est probablement le maire de L'Île-d'Anticosti, John Pineault, qui a sonné le glas des aspirations pétrolières du gouvernement et de ses partenaires privés en présentant une demande pour que l'île soit inscrite au patrimoine mondial de l'UNESCO. Québec n'avait pas le choix d'appuyer une telle demande, mais ne pouvait pas le faire en poursuivant simultanément l'exploration du potentiel gazier et pétrolier.
Là où le bât blesse, dans la décision du gouvernement, c'est lorsqu'on regarde les compensations qui seront versées aux compagnies engagées dans l'exploration. Des ententes ont été conclues avec Junex, Corridor et Maurel & Prom en contrepartie d'une compensation globale de 41,4 millions $. Il restera à compenser Pétrolia et Trans American, vraisemblablement pour une dizaine ou une quinzaine d'autres millions. Mais on peut se demander si ce «dédommagement» n'est pas plutôt un bon coup d'argent pour certaines de ces compagnies qui n'ont, dans les faits, que très peu investi sur le terrain. Ont-elles seulement déjà cru en ce potentiel? La question restera entière.
Enfin, si le premier ministre voulait être cohérent avec son intention de voir la province réduire massivement ses émissions de gaz à effet de serre d'ici 2050, il était impératif de renoncer à Anticosti.