Martin Francoeur

Ancienne Belgo: un danger inacceptable

ÉDITORIAL / L’incident survenu le 16 mai dernier sur la route 153, le long du mur de l’ancienne usine Belgo, devrait être le signal d’alarme annonçant la démolition de ces vestiges. Il ne s’agit plus d’une demande d’élus locaux qui veulent améliorer le coup d’oeil à l’entrée de la ville, mais d’une nécessité compte tenu du danger que représente la présence de ce mur de la honte.

L’incident en question s’est produit lorsqu’un morceau du mur s’est vraisemblablement détaché pour se retrouver directement dans le pare-brise du véhicule que conduisait Audrey Sanscartier, alors qu’elle rentrait chez elle après son quart de travail.

Un pare-brise amoché, c’est une chose. Ça se répare assez rapidement et assez facilement de nos jours. Mais imaginons un instant la tragédie qui aurait pu se produire si la conductrice avait été au volant d’une voiture décapotable. Ou si elle avait été une motocycliste. Ou si, sursautant en raison du bruit de fracas, elle avait perdu la maîtrise de son véhicule. Si elle avait freiné brusquement et qu’une autre voiture derrière avait violemment embouti la sienne. Si le morceau tombé avait été juste un peu plus gros pour passer à travers le pare-brise.

Si, si, si...


« Ça fait beaucoup de scénarios possibles qui auraient pu se solder par des conséquences beaucoup plus dramatiques d’un pare-brise à faire réparer et une bonne frousse pour la conductrice. »
Martin Francoeur

On savait que le mur de la Belgo le long du boulevard Pie-XII était dangereux. On en a maintenant la preuve. C’est le deuxième incident du genre à survenir en un an. Il est grand temps qu’on démolisse ce mure et qu’on nettoie enfin le terrain de l’ancienne usine de pâtes et papiers.

Le maire Michel Angers a toutes les raisons du monde d’être furieux. Élu maire pour la première fois en 2009, deux ans après la fermeture de la Belgo, il voit s’éterniser le dossier de la démolition et de la réhabilitation des terrains de mandat en mandat. On comprend qu’il en ait ras le bol, surtout quand il constate que la sécurité de ses citoyens n’est pas assurée.

Comme dans bien d’autres dossiers de terrains industriels abandonnés ou orphelins, on assiste à des retards, à des recours, à des interventions gouvernementales, à des appels d’offres interminables, à des échanges de correspondance, à des opérations de nettoyage de profiteurs qui ne complètent pas le travail... On n’a qu’à regarder ce qui se passe avec l’ancienne usine Aleris, à une trentaine de kilomètres plus au sud, pour comprendre que les sites industriels désaffectés, parfois contaminés, sont le théâtre de sagas qui s’étirent sur des décennies.

Dans le cas de l’usine Belgo, c’est le ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques qui est maintenant responsable du site et qui a confié le mandat de nettoyage à la firme Sanexen. Des travaux d’entretien du mur ont débuté récemment, mais au lieu de l’entretenir, il est grand temps de penser et de mettre en oeuvre un plan de démolition. Attend-on qu’un des scénarios catastrophiques se produise? Attend-on qu’il y ait des blessés? Des morts?

Au ministère des Transports, on affirme être en train d’analyser les conclusions et les recommandations d’un rapport préliminaire produit à la suite d’un premier incident survenu l’automne dernier. Qu’est-ce qui explique qu’une analyse prenne des mois quand il est question de la sécurité des automobilistes? Il y a quelque chose qui ne tourne pas rond.