Aigles: la réflexion qui s’imposait

ÉDITORIAL / Ça ne prend pas grand-chose, à Trois-Rivières, pour diviser le conseil municipal. Alors qu’une relative harmonie semblait y régner depuis l’élection de Jean Lamarche, voilà qu’une demande d’aide financière d’urgence de la part de l’organisation des Aigles vient créer une ligne de fracture. Le plus étonnant, dans ce dossier, c’est que les deux parties ont raison.

Les Aigles Can-Am s’adressaient à la Ville dans l’espoir d’obtenir une aide ponctuelle supplémentaire de 50 000 $ pour assurer leur saison 2020. Dans les faits, quand on décortique les chiffres, c’est plutôt une aide additionnelle de 150 000 $ que l’équipe réclame. D’autres montants s’inscrivaient dans des enveloppes budgétaires ou des corridors différents. Et cela porterait à 425 000 $ l’aide de la Ville, comparativement à 275 000 $ comme c’est le cas actuellement.

La situation est à ce point critique que l’organisation des Aigles estime qu’elle pourrait avoir un impact sur le maintien de l’équipe à Trois-Rivières.

Le maire Jean Lamarche a expliqué dans des entrevues qu’il était en discussion avec les Aigles depuis le mois de mai. Comment se fait-il, alors, que la demande formelle des Aigles ait été acheminée à la fin août au cabinet du maire et que les conseillers municipaux en aient été saisis qu’à la mi-septembre? La date du 25 septembre semble avoir été présentée comme une date butoir, ce qui aurait justifié la tenue de l’assemblée extraordinaire du conseil de mercredi.

Après une longue séance de travail du conseil qui aura retardé d’une demi-heure l’assemblée publique extraordinaire au cours de laquelle devait être adoptée la résolution accordant une aide d’urgence, le conseiller Claude Ferron a invoqué l’article 44 du règlement intérieur du conseil pour déposer une proposition accessoire. Cette procédure permet de reporter à plus tard l’étude ou l’adoption d’une résolution. Sept conseillers ont voté en faveur du report alors que quatre autres ainsi que le maire ont voté contre. Ils auraient préféré voter sur-le-champ l’aide demandée.

La démarche du conseiller Ferron est parfaitement compréhensible. Avant d’accorder une aide supplémentaire considérable aux Aigles, il est légitime de vouloir prendre le temps d’analyser les chiffres de l’équipe, d’élaborer des conditions à remplir, de s’assurer d’un certain retour sur investissement. Les élus gèrent l’argent des contribuables et c’est ce qui semble avoir guidé les élus qui ont voté pour le report. On veut aussi avancer davantage dans les discussions entourant le prochain budget de la Ville pour voir plus clair dans la situation financière et des sommes disponibles pour subventionner les organisations en place.

Cela donnera aussi une belle occasion de réfléchir sur la façon dont la Ville peut appuyer le remplissage de ses équipements. En 2008, le stade du parc de l’Exposition avait fait l’objet de rénovations qui auront coûté plus de 7 millions $. Depuis 2013, ça fait plus de 2 millions $ que la Ville verse aux Aigles. C’est considérable.

Il ne se trouvera certainement pas beaucoup de voix qui vont s’élever pour réclamer qu’on cesse d’injecter des centaines de milliers de dollars chaque année dans cette équipe. Les Aigles donnent une importante visibilité à la Ville, créent une offre de divertissement unique, constituent un produit d’appel touristique et contribuent à favoriser la pratique d’activités sportives chez les plus jeunes.

Le problème n’est pas dans la pertinence d’aider les Aigles. La question qui se pose est de savoir s’il faut investir davantage dans une organisation qui, malgré les efforts considérables qu’elle déploie, n’arrive pas à faire ses frais. Comment diable se fait-il qu’avec tous les efforts de mise en marché et avec une équipe des plus compétitives, on n’arrive pas à attirer un plus grand nombre de spectateurs? Ça reste un mystère.

Il est donc normal que la majorité des conseillers veuillent prendre le temps d’analyser la demande en profondeur. Pas avec un fusil sur la tempe.