Martin Francoeur

Aéroport: largué par le fédéral?

ÉDITORIAL / Le scénario semble classique. Au moment où Trois-Rivières s’apprêtait à aller de l’avant avec un projet structurant, pour lequel le financement semblait attaché, voilà qu’il y a du sable dans l’engrenage. Les libéraux fédéraux vont-ils nous faire le coup de repousser le projet d’aménagement d’une nouvelle aérogare jusqu’aux prochaines élections pour en faire un engagement local fort? Ça commence à ressembler à ça. Et c’est hautement déplorable.

On a beau expliquer que c’est un problème d’adaptabilité ou de renouvellement des programmes qui auraient permis le versement de 4 millions $ par le fédéral, il n’en demeure pas moins que pour les intervenants économiques et la population locale, ça donne l’impression que Trois-Rivières et la région dans son ensemble ont été larguées. Surtout que les atermoiements du fédéral dans ce dossier viennent fragiliser les autres engagements du montage financier totalisant une douzaine de millions de dollars, notamment de Québec et de la Ville de Trois-Rivières.

Le projet de nouvelle aérogare de 12 M$ s’inscrivait dans le plan global de développement de l’aéroport et de la grappe industrielle qui s’y rattache. On souhaite non seulement consolider les quelque 700 emplois existants dans l’industrie aéronautique, mais aussi en créer de nouveaux. On prépare aussi le terrain pour des vols commerciaux et cargos qui pourraient désormais décoller de l’aéroport régional. Bref, le réaménagement de l’aérogare constituait, en quelque sorte, la clé de voûte du positionnement stratégique et renouvelé de Trois-Rivières sur l’échiquier de l’industrie aéronautique.

Selon ce que Le Nouvelliste a pu apprendre, l’enveloppe qui devait contenir les fonds pour permettre le versement à Trois-Rivières aurait dû faire l’objet d’un transfert d’Infrastructure Canada vers Développement économique Canada en 2019, alors que ces fonds apparaissaient dans la mise à jour économique de l’automne 2019. Or, le transfert n’a jamais eu lieu une fois les élections passées, ce qui a compliqué les choses quant à l’accessibilité du programme qui avait été visé.


« C’est suffisamment sérieux pour que la Ville et son bras de développement économique manifestent des inquiétudes quant à la réalisation du projet. »
Martin Francoeur

Le plus frustrant, dans tout ça, c’est que tout le monde semblait tenir pour acquise cette aide du fédéral, y compris le ministre François-Philippe Champagne. Il l’avait d’ailleurs confirmée à quelques jours du déclenchement de campagne électorale.

En août 2019, alors qu’il était justement ministre de l’Infrastructure et des Collectivités, François-Philippe Champagne annonçait comme réglés les dossiers de l’aérogare, de la bande urbaine du port de Trois-Rivières et du réaménagement des terrains du Sanctuaire Notre-Dame-du-Cap. «C’est réglé. Après ça, ce qui compte, c’est que ces choses-là avancent», avait-il insisté alors.

Bien justement, Monsieur le Ministre. Les choses avancent ici. Mais c’est votre gouvernement qui les retarde.

Mince consolation, François-Philippe Champagne réitère sa profession de foi envers l’aéroport de Trois-Rivières et affirme que son gouvernement est en train de «regarder de nouvelles avenues». Mais c’est là que le bât blesse. Parce qu’on n’a aucune idée du délai qu’entraînera cette exploration de nouvelles avenues.

Surtout, on n’a aucune idée de l’impact que pourraient avoir sur le projet trifluvien les nombreuses demandes provenant d’aéroports ailleurs au pays qui voudront se tourner vers le fédéral pour se sortir de la crise exceptionnelle que l’industrie aérienne traverse présentement.

On ne peut toutefois pas s’empêcher de penser que si tout avait été fait correctement et dans des délais normaux, on ne serait pas en train de craindre pour le projet de renouvellement des installations aéroportuaires trifluviennes.