Le ministre du Travail, de l'Emploi et de la Solidarité sociale, Jean Boulet

ABI: le pari de Jean Boulet

Bien conscient de l’impact économique de ce conflit dans notre région, le nouveau député de Trois-Rivières, Jean Boulet, n’a vraiment pas perdu de temps à se pencher sur le dossier du lock-out qui perdure depuis bientôt un an à l’Aluminerie de Bécancour. Fraîchement nommé ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale, il s’est rendu à Pittsburgh début novembre pour rencontrer les hauts dirigeants d’Alcoa et il est parvenu à convaincre les parties de reprendre les négociations qui étaient au point mort depuis plus d’un mois. Bien fait.

Le ministre spécialisé en droit du travail a poussé l’audace jusqu’à imposer une date limite pour en arriver à un projet d’entente, soit le 30 novembre. M. Boulet espérait alors un scénario de rapprochement assez significatif pour permettre à son gouvernement de proposer à cette date une hypothèse finale de règlement. Un pari assez courageux quand on sait qu’un mois plus tôt Lucien Bouchard, médiateur spécial assigné au dossier, avait mis fin aux négociations devant l’immense fossé qui séparait les parties.

Mais voilà, à la demande du Conseil de médiation, le ministre Jean Boulet a annoncé jeudi dernier qu’il repoussait cette date butoir au 21 décembre. Ce report vient une fois de plus démontrer que le syndicat et les instances patronales sont bien loin d’en venir à une entente. On peut même se demander, dans ce contexte, s’il est vraiment pertinent d’imposer une date limite pour mettre fin au conflit alors que les parties ne semblent pas outre mesure «interpellées» par cet ultimatum. En fait, cette date butoir ne vient que donner un espoir fragile à une communauté inquiète et ne met de la pression que sur le gouvernement qui, finalement, n’y pourra pas grand-chose si l’impasse perdure le 21 décembre venu.

On le répète, le ministre Boulet a au moins le mérite d’avoir ramené tout ce beau monde autour de la table de négociations. Or, les signes de rapprochement n’en sont pas plus évidents. Plus le conflit avance, plus la partie patronale semble intransigeante et revendicatrice. Avec une poignée de cadres, la direction de l’ABI parviendrait à maintenir le tiers de la production. Et cela sans avoir à payer la totalité de la facture d’électricité à Hydro-Québec en vertu d’une entente applicable en cas d’«Act of God». La direction ressent-elle une immense pression de devoir en arriver à un règlement dans un tel contexte, surtout que ça lui coûtera des milliers de dollars pour remettre en marche les cuves inactives depuis plusieurs mois? La question est légitime.

Du côté syndical, les demandes de concessions seront difficiles à faire avaler à des membres historiquement intraitables quand il s’agit de leurs acquis. On parle déjà de quelques centaines d’employés en moins. Des points aussi importants que l’ancienneté, le fonds de pension et maintenant l’organisation du travail sont aussi à l’enjeu. Les médiateurs devront faire preuve d’imagination pour en arriver à une entente en apparence gagnante pour tout le monde.

Ajoutez à cela des événements malheureux (poursuite patronale, gestes d’intimidation, possible utilisation de briseurs de grève, etc.) qui ont fait monter la tension entre les parties au cours de la dernière année et vous avez un portrait qui n’est pas vraiment favorable aux cadeaux de Noël et qui laissera assurément des traces dans le futur.

Il reste donc encore pas mal de travail à faire avant de régler ce conflit et il est politiquement audacieux d’y associer une date précise de règlement. Évidemment, toute la région souhaite voir les employés de l’ABI retourner au travail et le ministre Boulet passerait pour un héros si une entente négociée intervenait à l’intérieur de la date butoir qu’il a lui-même établie. Par contre, tous les yeux se tourneront instinctivement vers lui si, au 21 décembre, les parties sont encore à des années-lumière d’une entente. A-t-il un plan B qui lui permettrait alors de forcer les parties en présence de mettre respectivement de l’eau dans leur vin? Espérons-le pour lui parce qu’un éventuel échec pourrait le suivre tout au long de son règne au ministère du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité.