À trop vouloir bien faire...

ÉDITORIAL / La Ville de Trois-Rivières déploie des efforts considérables sur différents fronts en cette période d’état d’urgence sanitaire. Mais depuis une semaine, on a l’impression que le maire Jean Lamarche est le seul maître à bord. À trop vouloir bien faire sur le plan de l’information et de l’action de la Ville, on oublie peut-être un élément important pour la population: les citoyens doivent sentir que leurs élus travaillent ensemble.

Les derniers jours nous ont montré un Jean Lamarche très proactif en matière de communication aux citoyens. Trop, peut-être. Des points de presse quotidiens par le biais de la vidéo semblent devenir la norme. Pour certaines annonces comme celle de mercredi, concernant les efforts déployés par Innovation et développement économique (IDE) Trois-Rivières afin de venir en aide aux entreprises, un communiqué aurait suffi. Le risque, en maintenant une présence aussi soutenue, est de développer une certaine lassitude chez les citoyens qui visionnent ces courtes séances d’information sur le web.

Surtout que depuis peu, le maire apparaît seul lors de ces points de presse diffusés, notamment, sur les réseaux sociaux. Le seul autre politicien qui apparaît seul dans ses points de presse, c’est le premier ministre Justin Trudeau et on ne peut pas dire que ses communications sont un modèle d’efficacité. Sur le plan de la perception, c’est même un fiasco. Rien à voir avec François Legault, qui se présente avec ses ministres, avec le directeur national de la santé publique ou même avec les chefs des partis d’opposition à l’Assemblée nationale.

Le maire Lamarche apparaissait aussi seul mardi soir lors de l’assemblée «publique» du conseil municipal. À ses côtés, on ne voyait que des fonctionnaires: la greffière, la directrice des communications et de la participation citoyenne, la directrice générale, le directeur de l’urbanisme ainsi que la directrice générale adjointe et directrice des services juridiques. Dans la salle du conseil se trouvait aussi – mais en dehors du champ de la caméra – le conseiller Pierre-Luc Fortin.

Le représentant du district des Estacades et vice-président du comité exécutif était le seul conseiller présent physiquement à l’hôtel de ville. Les autres participaient par voie électronique, essentiellement pour proposer ou appuyer des résolutions. C’est une participation bien passive, comme lors de la plupart des séances du conseil. Et par vidéo, ça paraissait pire encore.

Là encore, la volonté de la Ville était certainement de bien faire. De donner l’exemple. De permettre à ses conseillers municipaux de rester chez eux. Il est vrai que la ministre des Affaires municipales et de l’Habitation, Andrée Laforest, a signé un arrêté ministériel qui permet aux villes et aux municipalités de déroger aux règles habituelles et de tenir des séances du conseil à huis clos. De plus, les élus sont autorisés à y participer par tout moyen de communication, comme le téléphone ou la visioconférence.

On ne doit pas toutefois voir une règle stricte dans cette offre d’accommodement. Au contraire, si la population peut percevoir plus de cohérence dans l’action des élus, y compris des conseillers, ce serait sans doute encore plus positif. Tenir une réunion à huis clos ne veut pas dire d’en exclure systématiquement les conseillers. Surtout lorsque des hauts fonctionnaires et une directrice de cabinet y participent déjà. Dans un tel cas, il serait nécessaire de respecter le principe de distanciation sociale souhaité par les autorités sanitaires et au moins on se retrouverait dans un contexte qui favorisant les échanges entre les élus.

La volonté de transparence de la Ville doit être saluée. Les mesures rapidement déployées aussi. Mais sur le plan de la perception, ce sont parfois les détails qui viennent plomber les efforts.

En situation de crise, mieux vaut favoriser la consultation de l’ensemble des élus et projeter l’image d’une équipe qui travaille ensemble et qui abolit les différences idéologiques ou les conflits de personnalités.