La vérificatrice générale de la Ville de Trois-Rivières, Andrée Cossette.

À l'encontre de ses propres règles

Le dernier rapport de la vérificatrice générale, déposé le 18 septembre dernier, continue de faire jaser. Il y a un point, très discret il est vrai, dont on a peu entendu parler et qui pourtant retrouve sa place dans chaque rapport de la vérificatrice ou des vérificateurs qui l'ont précédée. Un point qui constitue, pour la Ville, une violation des règles qu'elle a elle-même édictées.
Andrée Cossette, subtilement, reproche à la Ville de ne pas respecter une résolution qui est toujours en vigueur. En annexe à son rapport, elle dépose la résolution C-2003-721 du conseil municipal qui, il y a presque quinze ans, créait le comité de vérification, formé de trois élus trifluviens. La résolution décrit la composition et le mandat de ce comité qui, espérait-on, allait devenir un outil intéressant pour la Ville.
Or, ce comité est inactif depuis 2009. Plus personne n'y est nommé. Auparavant, il n'avait à peu près jamais siégé. Le maire a déjà dit qu'une telle structure était superflue et inefficace. 
Comment peut-on porter un tel jugement sans même s'être donné le temps nécessaire pour tester une telle instance? Si c'était aussi superflu et inefficace qu'Yves Lévesque le prétend, pourquoi les vérificateurs généraux réitèrent-ils inlassablement cette nécessité?
Pourquoi la conseillère Sylvie Tardif, lorsqu'elle était candidate à la mairie en 2013, avait-elle inclus la remise en fonction de ce comité dans son programme électoral? Pourquoi certains conseillers estiment-ils qu'il serait utile de redonner vie à ce comité peu contraignant et ayant un grand potentiel d'utilité? Pourquoi la Ville de Sherbrooke considère-t-elle son comité de vérification comme étant «un pilier essentiel de gouvernance»?
Quand on veut noyer son chien, on dit qu'il a la rage. 
Le vérificateur général Réjean Giguère avait soulevé l'inertie du comité de vérification dans son rapport pour l'année 2009. Il avait relevé que depuis la création de ce comité, en 2003, celui-ci ne s'était réuni qu'à quatre reprises et que la dernière rencontre avait eu lieu en 2006. 
Le prédécesseur d'Andrée Cossette ajoutait que ce comité devrait, selon lui, se rencontrer au minimum deux fois par année, ne serait-ce que pour analyser le suivi des recommandations faites. Cette recommandation est restée lettre morte. Avant lui, Jean-Yves Martin avait aussi traité du comité de vérification dans son rapport de 2008. Et le sujet est devenu un leitmotiv pour celle qui s'apprête à quitter ses fonctions.
Mieux, Mme Cossette avait non seulement insisté sur l'idée de relancer ce comité, mais de s'assurer que celui-ci puisse avoir une fonction de «comité d'audit», objectif et impartial. Elle voyait bien cette instance composée d'élus municipaux et idéalement de citoyens possédant des connaissances et des compétences de gestion dans différents domaines. Les membres du comité exécutif et les hauts fonctionnaires devraient en être exclus, avait-elle avancé l'an dernier. 
Selon elle, ce comité pourrait également être utile compte tenu de la façon de faire actuelle à la Ville, selon laquelle les dépenses du maire et des principaux directeurs de la Ville ne sont soumises à aucune approbation hiérarchiquement plus élevée. Un tel comité pourrait très facilement jouer ce rôle.
En fait, on peut faire jouer le rôle qu'on veut à un tel comité si on se donnait la peine de le sortir de sa trop longue dormance et si on se donnait la peine, surtout, de faire en sorte que la Ville respecte ses propres règles.