À deux ans du centenaire

Le Nouvelliste célèbre aujourd’hui son quatre-vingt-dix-huitième anniversaire. S’il est encore bien vivant et disposé à poursuivre sa mission d’informer la population de la région, la route sur laquelle il chemine présente toutes sortes d’obstacles.

Les voix qui s’élèvent pour demander une aide gouvernementale pour la presse écrite sont de plus en plus nombreuses. En fait, ce dont les médias écrits comme Le Nouvelliste ont besoin, c’est un soutien pour négocier avec succès ce virage numérique qu’ils ont amorcé tant bien que mal. Les lecteurs ne sont plus seulement devant un journal en papier, mais devant un écran, sur leur téléphone portable ou leur tablette électronique. Il faut maintenant trouver les moyens de rendre l’information intéressante, attrayante et pertinente sur ces plateformes.

Il faut aussi trouver des moyens de compenser l’effritement des revenus publicitaires. Même si le journal demeure toujours un véhicule de promotion efficace, les annonceurs ont maintenant accès à une panoplie de moyens pour faire connaître leurs produits et leurs services. Les géants du web comme Facebook et Google, notamment, viennent gruger d’importants revenus aux médias traditionnels et garnissent leurs coffres sans payer de taxes comme le font toutes les autres entreprises.

Malgré les défis auxquels Le Nouvelliste – comme tous les autres médias écrits – fait face, il y a tout de même un heureux paradoxe: le nombre de lecteurs est en croissance. Un récent rapport d’une firme de mesure de lecture et de consultation des journaux démontre que le journal, dans sa version papier, rejoint encore 136 000 lecteurs différents chaque semaine sur l’ensemble du territoire desservi. Également, l’accès à notre contenu sur les plateformes numériques est en forte croissance, tant et si bien que Le Nouvelliste, en 2018, rejoint un vaste lectorat, qui dépasse les frontières de la région.

Même si l’adaptation du modèle d’affaires est un défi de tous les jours, il y a quelque chose de rassurant dans la consommation de l’information produite par des journaux comme Le Nouvelliste. Et là se trouve d’ailleurs le principal argument justifiant le maintien d’une presse écrite forte. Le contenu est encore et toujours produit par des journalistes professionnels, qui s’assurent de livrer l’information la plus juste, la plus crédible et la plus rigoureuse possible.

Une telle mission est essentielle à l’ère des médias sociaux et de la libre circulation de fausses nouvelles.

Le droit du public à l’information constitue un fondement de notre démocratie. Le premier ministre Justin Trudeau l’a d’ailleurs réitéré, la semaine dernière, alors qu’il réagissait aux événements survenus aux États-Unis. Maintenant, pour être conséquent, il doit entendre le message que lui portent les entreprises de presse et les travailleurs de l’information.

De plus en plus d’élus sont sensibles aux difficultés que rencontrent les médias écrits. Certains reconnaissent même ce rôle essentiel qu’ils jouent dans nos communautés. Le maire de Gatineau, Maxime Pedneaud-Jobin, a joint sa voix la semaine dernière à celle des travailleurs de l’information et a demandé aux gouvernements fédéral et provincial d’intervenir financièrement pour assurer la survie de la presse écrite.

Sa région, l’Outaouais, est frappée de plein fouet par la fermeture de deux hebdomadaires. Pour M. Pedneaud-Jobin, il faut «de vrais journalistes pour faire de vrais reportages, pour s’assurer que les faits soient vérifiés». Il en va, selon lui, de la cohérence de nos communautés et de la vie démocratique.

Si de plus en plus d’élus pouvaient faire ce constat et agir en conséquence, au lieu de faire comme certains et de blâmer les médias pour tous les malheurs du monde, ce serait déjà un pas dans la bonne direction.

En attendant, l’équipe du Nouvelliste continuera de faire ce qu’elle sait faire de mieux depuis quatre-vingt-dix-huit ans: livrer une information de qualité et demeurer un vecteur des aspirations et des enjeux de notre communauté.