Éditorial

Le voyage du Canadien errant

ÉDITORIAL / Il existe deux versions de chaque voyage qu’un premier ministre canadien effectue dans un autre pays: il y a la version du voyage tel que vu par le pays-hôte, et l’autre, tel que perçu par les électeurs canadiens. Et le périple en Inde qu’achève M. Trudeau ces jours-ci est aussi calamiteux dans une version que dans l’autre.

On pourrait peut-être passer outre l’album-photo de la famille Trudeau, en vêtements traditionnels indiens, posant devant les lieux sacrés du pays, si la mission s’était traduite par des accords commerciaux substantiels. Mais il aurait fallu plus que les quelques centaines de millions $ de contrats annoncés pour nous convaincre du succès de l’exercice, compte tenu de l’envergure de nos deux pays. M. Trudeau aurait mieux fait de porter plus d’attention à la modernité de l’Inde.

Opinions

La leçon de prononciation

Hockey Canada devrait s’occuper de hockey et laisser faire les leçons de prononciation.

Dans le cadre du tournoi de hockey masculin des Jeux de PyeongChang, voilà que survient un autre de ces petits inconforts linguistiques qui laissent souvent transpirer un malaise plus grand envers le fait français ou la présence de francophones au Canada. Mercredi, la classe politique québécoise s’est indignée – avec raison – d’une intervention déplacée d’un sbire de Hockey Canada, Bayne Pettinger, auprès de l’annonceur maison des matchs de hockey disputés dans l’amphithéâtre de Gangneung.

Éditorial

Ne pouvait-on pas trouver mieux?

ÉDITORIAL / Rappeler au travail des préposées aux bénéficiaires enceintes qui sont en retrait préventif. Voilà l’idée de génie qu’a eue la direction du Centre intégré universitaire de santé et services sociaux de la Mauricie et du Centre-du-Québec pour pallier le manque criant de préposés aux bénéficiaires dans ses établissements de soins. On est rendu là, il faut croire. On ne peut même plus laisser les préposées enceintes profiter de leur programme de retrait préventif.

Le 9 février dernier, 11 préposées ont été sommées de retourner au travail, dans des fonctions apparemment pas aussi exigeantes physiquement que celles qu’elles exécutent normalement. Vu leur condition, on les fait travailler comme «aides de service». Ces 11 préposées rappelées au travail s’ajoutent à seize autres dans la même situation, ce qui porte à 27 le nombre de préposées enceintes de retour d’un retrait préventif qui œuvrent comme aides de service.

Éditorial

Autre église, autre glas...

ÉDITORIAL / On a parfois l’impression que la liste des églises menacées de fermeture n’en finit plus de s’allonger. Transfert des célébrations dans un autre lieu de culte, mauvais état des bâtiments, incapacité financière de procéder aux rénovations nécessaires, autant de raisons qui se superposent généralement et qui débouchent souvent sur un énième appel à l’aide pour que l’église échappe à la démolition ou à une conversion qui la dénaturerait ou qui lui retirerait toute valeur patrimoniale.

À Shawinigan, l’avenir de l’église Saint-Pierre, qui domine le centre-ville du haut de la butte Hemlock, est bien incertain. Un peu comme l’a été, à un moment ou à un autre au cours des vingt dernières années, celui des églises Saint-Bernard, Christ-Roi, Sainte-Hélène, Sainte-Croix, Saint-François-d’Assise, Saint-Philippe, Sainte-Marie-Madeleine, Sainte-Cécile, Saint-Justin, Sainte-Angèle-de-Prémont ou Marie-Médiatrice, à La Tuque. Pour ne nommer que celles-là.

Opinions

La région derrière Alex

Ce n’est pas arrivé très souvent, disons dans les trente dernières années, que la Mauricie s’est remplie de fierté pour un de ses athlètes aux Jeux olympiques d’hiver. Mais samedi soir, on pourra enfin renouer avec ce plaisir et encourager Alex Bellemare, un gars de Saint-Boniface, qui prendra part aux épreuves de ski acrobatique. En slopestyle, plus exactement.

Depuis 2006, année de la dernière participation du patineur de vitesse sur courte piste Éric Bedard aux Olympiques comme compétiteur, la Mauricie n’avait pas eu de représentants au grand rendez-vous des sports d’hiver. Heureusement, Bédard a laissé une marque impressionnante dans le grand livre d’histoire de la Mauricie olympique, avec quatre médailles au total. Le Thèclois d’origine avait décroché le bronze au 1000 mètres et l’or au relais 5000 mètres à Nagano, l’or au même relais à Salt Lake City et l’argent, toujours au relais masculin, à Turin.

Éditorial

Tuer, pleurer, prier, recommencer

ÉDITORIAL / Il y a eu, aux États-Unis, 22 tueries ayant fait 10 victimes ou plus, et elles sont toutes survenues depuis 1950. On en compte seulement deux pendant les 30 premières années.

Il y en aura six pendant les 20 années suivantes, entre 1980 et 2000. Et de 2000 jusqu’à aujourd’hui, il y en a eu 14, dont 9 depuis 2010 seulement. Les cinq plus meurtrières de cette liste macabre se sont toutes produites au cours des 10 dernières années.

Opinions

Un risque bien calculé

Robert Trudel était tout sourire, mardi. Avec raison. Après plusieurs mois d’attente, il a finalement obtenu l’aide gouvernementale qu’il souhaitait pour que le spectacle Nezha, du Cirque Éloize, puisse être présenté dès cet été à la Cité de l’énergie. Un beau cadeau de 865 000 $ sur un investissement global d’un peu plus de 2 millions $, ça se prend bien. Et ça suscite certainement une envie bien justifiée à quarante kilomètres au sud.

L’aide financière de Québec, qui se décortique en différents montants selon différents programmes, vient certainement soulager le grand patron de la Cité de l’énergie qui avait déjà donné le feu vert aux équipes de conception et de création de Nezha. Même si on avait pris soin d’inclure des mécanismes de protection dans l’entente avec le Cirque Éloize, il n’en demeure pas moins qu’il s’agissait là d’un risque considérable.

Éditorial

Un peu d’amour pour la presse écrite

ÉDITORIAL / C’est la Saint-Valentin. La fête de l’amour dont le sens s’est effrité, comme celui d’autres fêtes tout au long de l’année, sous l’effet de la commercialisation à outrance. Mais bon, puisque l’amour est à l’honneur, il apparaît pertinent de souligner cette initiative par laquelle les travailleurs et travailleuses de la presse écrite iront à la rencontre de la population pour expliquer les enjeux de la crise que leur secteur d’activité traverse présentement. Une occasion, en quelque sorte, de témoigner un peu d’amour envers la presse écrite.

Cette activité s’inscrit dans le cadre de la campagne «Presse écrite en danger», orchestrée par la Fédération nationale des communications, la composante de la CSN qui regroupe un bon nombre de travailleurs de l’information. En ce mercredi, des journalistes de partout au Québec seront présents dans différents endroits publics pour sensibiliser la population à la crise et aux conséquences de l’affaiblissement de la presse écrite dans notre système démocratique.

Pierre Jury

Boussole déréglée chez les libéraux

ÉDITORIAL / Le gouvernement de Philippe Couillard ne s’illustre pas toujours par son sens politique. Il a atteint un creux, hier, en annonçant un « rattrapage » salarial de 480 millions $ aux 10 000 médecins spécialistes du Québec. Au même moment, le ministre de la Santé cherche à alléger l’épuisement d’infirmières au bout du rouleau tandis que l’Outaouais, tout particulièrement, rêve toujours d’un réseau raisonnablement fonctionnel, 15 ans après l’historique « Nous sommes prêts ! » de Jean Charest.

Si les libéraux se sentaient d’attaque à gouverner en 2003, ils n’ont offert que des solutions partielles en Outaouais. Le statut particulier que M. Couillard a mis en place en 2007, lorsqu’il était lui-même ministre de la Santé, n’a pas fourni tous les bienfaits escomptés pour ramener la région au niveau du reste du Québec. L’exode d’infirmières et d’autres travailleurs de la santé vers l’Ontario semble avoir été endigué, mais la pénurie de médecins, elle, se fait toujours sentir. Des chirurgies sont retardées et des « morts évitables » surviennent — triste néologisme s’il en est un !

Éditorial

De Louis Riel à Colten Boushie

ÉDITORIAL / Si le procès qui a blanchi Gerald Stanley, pour la mort de Colten Boushie, suscite autant de colère et d’indignation à travers le pays, c’est parce qu’il n’est que la suite logique d’une longue histoire marquée au fer rouge par le colonialisme et le racisme.

Ce procès ne s’est pas déroulé dans un vacuum. Les racines du système nous ramènent à la ratification du traité 6, un des sept traités signés à la fin du XIXe siècle, quand les communautés autochtones étaient rongées par la maladie et les troupeaux de bisons décimés pour la traite de fourrures. Ces ententes ont dépossédé des peuples de leurs terres pour permettre aux colons blancs de prendre leur place.

Le procès nous ramène à la rébellion, et l’exécution, de Louis Riel qui a incité le gouvernement à mettre en place le système des «passes», qui interdisaient aux membres des Premières Nations de sortir des réserves sans l’autorisation d’un agent du gouvernement. Ce système, qui a duré jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, limitait les déplacements et les rapports des Autochtones avec les Blancs, et nuisait au commerce hors réserve, là encore contrôlé par le gouvernement.

Alors quand les membres de la famille Boushie ont vu la défense écarter systématiquement tous les candidats autochtones du jury, sans autre justification que leur race, il ne s’agissait pas pour eux d’une exception, mais d’une règle qui régit leur vie depuis des générations.

Ils avaient tiré la même conclusion quand les policiers ont procédé à la fouille de la maison de la victime, comme si celui-ci était l’accusé, sans aucune considération pour la mère qui venait d’apprendre la mort de son fils. 

Ils ont pensé la même chose quand la GRC s’est débarrassé de la voiture où il a été tué, au lieu de la préserver à titre de pièce à conviction, sans même analyser les éclaboussures de sang.

Et comment un jury, entièrement blanc, pouvait-il décoder les déclarations des témoins autochtones, situer leurs propos dans une réalité qui se confond avec leurs préjugés?

Le problème est beaucoup plus profond que la seule sélection des jurés, mais c’est une question à laquelle il faut néanmoins s’attaquer. Il est inconcevable qu’encore aujourd’hui, le système permette à des avocats de la défense d’écarter des candidats en fonction de leur race. La «récusation péremptoire» de candidats, qui permet aux avocats d’écarter quelqu’un sans justification, a été abandonnée aux États-Unis et en Grande-Bretagne; elle aurait dû l’être au Canada aussi, et depuis longtemps. Ce système ne fait que perpétuer l’exclusion des communautés autochtones du système judiciaire.

On a reproché au premier ministre Trudeau et à la ministre de la Justice, Jody Wilson-Raybould, leurs déclarations à la suite du jugement. Ils auraient sans doute eu intérêt à peser leurs mots davantage, mais ils devaient néanmoins reconnaître l’importance du problème. Il s’agit d’une cause qui marquera l’histoire, et pour que cette marque, en bout de ligne, ne soit pas que négative, il faut commencer par admettre le problème. 

Coulten Boushie a été tué d’une balle dans la tête, tirée à bout portant. L’accusé s’en est tiré en invoquant une prétendue défaillance de son revolver, que l’analyse de l’arme n’a pas démontrée. Il ne sera peut-être pas possible de renverser ce jugement, rendu par un jury. Alors rendons justice à sa mémoire d’une autre façon.