Éditorial

Souhaitons que ça dure

Si les quelque soixante-dix assemblées publiques du conseil municipal de Trois-Rivières se déroulent dans une ambiance semblable à celle qui régnait à l’hôtel de ville lundi dernier, alors on pourra dire que la dynamique est bel et bien en train de changer au conseil. Tout repose sur l’ouverture dont fera preuve le maire Yves Lévesque, lui qui en aura vu de toutes les couleurs au cours des dernières années.

Pour amorcer ce nouveau mandat, le maire s’est montré bon joueur, notamment après la réunion informelle que les conseillers et conseillères ont organisée pour mesurer les intérêts de chacun en prévision de la formation des comités, des groupes de travail et de la désignation de représentants de la Ville auprès de différents organismes.

Le maire a plutôt bien réagi à cette initiative. Cela peut sembler banal, mais il démontre ainsi qu’il est sensible à la nouveauté, qu’il est disposé à écouter son conseil municipal. Cette impression, on ne l’a pas eue souvent au cours des dernières années.

Il faut dire que le maire n’aura sans doute pas le choix d’être à l’écoute de ceux qui l’entourent à la table du conseil. Plus que jamais auparavant, les conseillers ont insisté sur leur indépendance et sur le fait qu’ils ne souhaitaient pas s’aligner systématiquement d’un côté ou de l’autre. Il faudra certainement les surveiller eux aussi quant à ces déclarations.

Chose certaine, le mandat 2017-2021 semble commencer du bon pied. Les mandats confiés aux quatorze conseillers sont considérables, eux qui doivent déjà représenter un plus grand nombre de citoyens à la suite du redécoupage de la carte électorale.

Il faudra, éventuellement, se questionner sur cette charge de travail qui incombe aux conseillers. Certains cumulent cinq, six ou sept comités qui siègent à intervalles variables. Ajoutons à cela les représentations publiques lors d’événements de toutes sortes, plus les dossiers du conseil en tant que tel, plus le traitement des dossiers ou des demandes émanant de leur district et ça donne un horaire passablement chargé. 

Les élus d’aujourd’hui ne sont plus exclusivement des retraités qui avaient beaucoup de temps à consacrer aux affaires municipales. Ce sont aussi des travailleurs, des jeunes mamans ou de jeunes papas qui doivent concilier travail, famille et politique municipale. Bien sûr, s’ils ont choisi de briguer les suffrages, c’est qu’ils estimaient avoir la disponibilité pour remplir la fonction, mais il faut aussi leur faciliter la tâche.

Avec la défaite, le 4 novembre dernier, de quelques conseillers de longue date, il a soufflé sur le conseil un vent de jeunesse et de renouveau. À part Ginette Bellemare, qui hérite de la fonction de mairesse suppléante sans grande surprise, tous les conseillers autour de la table en sont à un premier ou un deuxième mandat. Ça donne un conseil qui compense le manque d’expérience par une volonté ferme de changer certaines façons de faire et une disposition à relever les défis.

Il fallait, pour commencer, nommer des habitués au comité exécutif. On ne sait pas si c’est un hasard, mais ce sont finalement quatre conseillers provenant de districts situés à l’est de la rivière Saint-Maurice qui le composent. Quant aux autres comités, on a tenu compte des affinités et des intérêts des conseillers, ce qui augure plutôt bien.

Il faudra voir si tout le monde navigue à l’aise dans cet univers, nouveau pour plusieurs. Mais s’il y en a un qui a l’expérience de la navigation, parfois même en eaux troubles, il faut reconnaître que c’est bien Yves Lévesque. Aurait-il déjà saisi le message que la population lui a envoyé lors de la dernière élection, en lui confiant un cinquième mandat mais en rebrassant vigoureusement les cartes parmi les conseillers?

Jusqu’à maintenant, on dirait que c’est le cas. Souhaitons que cette bonne volonté, cette ouverture et cette écoute durent le plus longtemps possible.

Éditorial

Pas le fruit du hasard

ÉDITORIAL / «Le contexte favorable dans lequel nous nous trouvons n’est pas le fruit du hasard». Carlos Leitaõ, le ministre de Finances ne peut mieux dire. Lorsque qu’un gouvernement qui a compressé les dépenses en santé et en éducation pendant des années est prêt à distribuer 100 $ non imposable pour chaque enfant d’âge scolaire qu’importe que ses parents gagnent 17,000 $, 45 000 $ ou 200 000 $ par année, on ne peut en effet, à un an des élections, parler de hasard. La marge de manœuvre budgétaire est devenue une marge de manœuvre électorale.

Bien sûr, personne ne rechignera à payer un peu moins d’impôt ou à recevoir un chèque pour diminuer la facture de la rentrée scolaire. Les augmentations salariales touchées ces dernières années sont si minces que le moindre ajout est bienvenu pour plusieurs.

Est-ce que le gouvernement libéral de Philippe Couillard augmentera sa cote de popularité de cette façon? Ce n’est pas garanti. L’indice de confiance des consommateurs peut être en hausse et les indicateurs économiques positifs, l’indice de confiance à l’égard du gouvernement peut continuer sa descente. C’est fort parfois, le besoin de changement des électeurs. 

Le ministre des Finances avait certes mardi de bonnes nouvelles à annoncer aux Québécois. Mais, lorsqu’il affirme qu’il ne regrette rien, il ne comble pas le déficit de sensibilité qui colle à son gouvernement.

Quand un Protecteur du citoyen a déjà fait le constat que les plus vulnérables de la société ont écopé de la rigueur budgétaire, et ce pendant que les médecins voyaient bonifier largement leur rémunération, l’absence de regret choque.

Les surplus accumulés et la redistribution qu’en fait le gouvernement Couillard laissent en effet un goût amer, un sentiment que l’atteinte du déficit zéro, certes souhaitable, a été précipitée pour permettre aux libéraux d’avoir les mains pleines et de distribuer des cadeaux électoraux dès 2017. 

Oubliez les chiffres sur l’assainissement des finances publiques, la bonne tenue de l’économie québécoise, le faible taux de chômage, la croissance, pour plusieurs, «l’austérité» continuera d’expliquer la baisse d’impôt et les réinvestissements annoncés mardi par Québec. Et il ne faut pas compter sur l’opposition pour dire le contraire. Le péquiste Nicolas Marceau parle de 4 milliards $ de souffrances. Rien de moins.

Si le ministre des Finances peut présenter un tel mini-budget avec rétroactivité, c’est parce que des citoyens n’ont pas eu — et n’auront pas — les services publics qu’exige leur état. Oui, Québec réinvestit 1,1 milliard $ sur six ans en santé, en éducation et en enseignement supérieur. 

Mais, étant donné les besoins criants dans certains domaines- qu’on pense notamment aux soins à domicile et le soutien aux enfants en difficultés d’apprentissage- et la faible croissance des dépenses imposées depuis 2014, on peine à croire que la qualité de vie des malades, des personnes âgées et des tout-petits sera améliorée et que les universités vont disposer des ressources nécessaires pour demeurer compétitives. 

Évidemment, le ministre des Finances assure que son cadre financier est robuste, qu’il est basé sur des prévisions économiques conservatrices. Peut-on parler pour autant d’un assainissement durable des finances publiques?

Le rendez-vous électoral est l’automne prochain, mais les libéraux se positionnent déjà pour couper l’herbe sous le pied des caquistes de François Legault en annonçant dès maintenant des baisses d’impôt aux particuliers et 110 millions $ pour la rentrée scolaire. Les entreprises réclameront aussi des mesures fortes dans le prochain budget. Certaines auraient d’ailleurs besoin d’un coup de pouce pour accroître leur productivité. 

La surenchère électorale risque donc de créer une pression sur les finances publiques. Encore une fois.

Éditorial

Un pas dans la bonne direction

Intéressante, cette idée d’avoir choisi la Mauricie pour faire l’annonce des projets retenus et des investissements qui seront ainsi réalisés dans le cadre du programme Québec branché. Il était temps qu’on s’attaque avec sérieux aux lacunes en matière d’accès à Internet haute vitesse. L’enjeu est à ce point important qu’on peut presque comparer l’exercice à une nouvelle électrification rurale.

La collaboration entre Québec et Ottawa semble exemplaire en cette matière et mérite certainement d’être soulignée. Quelque 80 projets ont été retenus dans 14 régions du Québec. Ces projets représentent des investissements de 293,3 millions $. Là-dessus, Québec et Ottawa injecteront 105,9 millions $ chacun, finançant ainsi plus des deux tiers des investissements nécessaires.

Les critères des programmes Québec branché, du Gouvernement du Québec, et de Branché pour innover, du gouvernement fédéral, ont été arrimés. Les deux ordres de gouvernement ont travaillé en collaboration tout au long du processus.

Cette collaboration est essentielle pour s’attaquer efficacement au problème de desserte Internet.

Pourquoi? Parce que faciliter l’accès à la haute vitesse ne peut pas se faire par le biais d’un programme traditionnel. L’étude des dossiers soumis doit se faire au cas par cas.

Dans bien des cas, les subventions fédérale et provinciale viennent combler le manque à gagner d’une desserte trop coûteuse pour qu’un fournisseur de service l’assume par lui-même. Dans les régions rurales, le volume de clientèle est plus restreint, les infrastructures sont plus coûteuses parce que les résidences sont éloignées les unes des autres ou parce qu’il y a des contraintes géographiques. On comprend que les fournisseurs de service Internet ne peuvent trouver de rentabilité dans l’expansion de leurs réseaux vers ces régions.

Il y a presque un an, le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) annonçait son intention de reconnaître l’accès à Internet comme étant un service essentiel et d’adapter sa réglementation en fonction de cette réalité. L’annonce venait avec une enveloppe initiale de 100 millions $, pour un total de 750 millions $ sur cinq ans. 

Québec avait annoncé ses couleurs quelques mois plus tôt, lors du discours sur le budget de mars 2016. La mise en place du programme Québec branché devait, espérait-on, donner un outil intéressant pour réduire le nombre de foyers québécois qui n’ont pas accès à Internet ou dont la connexion est médiocre. L’an passé, on estimait à 340 000 le nombre de foyers où c’est le cas. 

À l’heure où les municipalités cherchent à attirer ou à garder sur leur territoire de nouvelles entreprises ou de nouveaux arrivants, la connexion à Internet est un facteur qui influence considérablement cette capacité d’attraction ou la capacité de rétention des jeunes travailleurs. À ce propos, les projets annoncés lundi constituent d’excellentes nouvelles pour les milieux concernés.

Puisqu’il semble que les programmes s’arriment efficacement, il faudra s’assurer de regarnir les enveloppes quand ce sera nécessaire. Il faudra aussi ne pas laisser de côté les projets visant à améliorer les réseaux de téléphonie cellulaire. Enfin, il faudra éviter de faire de l’improvisation dans le déploiement tous azimuts de la fibre optique.

Il était grand temps qu’on sorte les régions rurales d’un grand désavantage dont elles étaient malgré elles victimes.

Éditorial

À contrecœur, mais bien fait

La ministre déléguée à la Santé publique, Lucie Charlebois, a réussi un tour de force, jeudi. Entourée de ses collègues de la Sécurité publique et des Transports, elle a présenté les grandes lignes du projet de loi 157 encadrant la légalisation du cannabis. Même si la ministre aurait souhaité avoir plus de temps et même si elle n’est personnellement pas favorable à la légalisation, on peut dire qu’elle a fait un travail exemplaire dans les circonstances.

Le gouvernement libéral de Philippe Couillard, comme tous les gouvernements provinciaux et territoriaux, a hérité d’une patate chaude lancée par le gouvernement fédéral. Le défi était de présenter un cadre adéquat pour la consommation et la distribution du cannabis et on peut dire que l’exercice – qui consiste principalement à serrer la vis assez fort dès le départ – est réussi, même s’il reste évidemment des points de discussion et des règlements à peaufiner. 

L’idée de créer une filiale de la Société des alcools du Québec pour prendre en charge l’achat, l’entreposage, la distribution et la vente du cannabis était la voie à suivre. Économiquement, c’est ce qui était le plus intéressant. Et sur le plan de la sécurité publique, il s’agit certainement du modèle de distribution le plus rigoureux et le plus facilement exonérable de toute forme de publicité ou d’incitation à la consommation. La plupart des experts consultés avaient déjà abondé en ce sens.

D’ailleurs, sur plusieurs autres points du projet de loi, l’avis des experts a été largement pris en compte. Cela a pour effet de créer un consensus assez large sur l’encadrement de ce produit, et ce quelle que soit l’opinion qu’on peut avoir quant à la légalisation elle-même. 

Le recours à des fournisseurs autorisés et accrédités, l’interdiction de produire à domicile, les restrictions concernant la consommation, la tolérance zéro en matière de conduite automobile, notamment, sont autant de mesures qui s’imposaient et que la ministre a déployées. Dans le cas de la tolérance zéro au volant, le défi de l’application reste entier. On peut même parler de mystère. Par ailleurs, en interdisant la production de cannabis à domicile, Québec va même à l’encontre d’une proposition du fédéral qui voulait autoriser la culture d’un maximum de quatre plants pour ces fins.

La ministre Charlebois – qui avait été maintenue en place lors du dernier remaniement spécifiquement pour poursuivre le travail amorcé dans le dossier de la légalisation du cannabis – a réussi à faire la synthèse de la plupart des recommandations qui lui avaient été formulées. L’objectif de rendre sécuritaires la distribution et la consommation semble en voie d’être atteint. Il restera à voir si on pourra aussi cocher comme une réussite l’autre objectif, celui de rassurer la population face à ce changement radical sur le plan social.

Jusqu’à maintenant, Québec s’applique à envoyer le message selon lequel les mesures déployées concernant la vente ne visent pas à favoriser ou à augmenter la consommation mais à déplacer les consommateurs d’un marché illicite à un marché licite. 

Enfin, il est rassurant de savoir que les profits générés par cette nouvelle activité commerciale seront entièrement versés au nouveau Fonds des revenus provenant de la vente de cannabis, pour ensuite être transférés au Fonds de prévention et de recherche en matière de cannabis. 

Tout ce nouveau cadre législatif et réglementaire devra être testé. Mais déjà, on peut dire qu’il s’agit d’un boulot bien fait, même s’il a été fait à contrecœur.

Éditorial

Avec un peu de bonne volonté...

Il n’aura pas fallu attendre trop longtemps avant de voir le maire de Trois-Rivières, Yves Lévesque, poser un geste symbolique fort à la suite de l’élection du 5 novembre.

Mercredi, il confirmait sa volonté de voir Trois-Rivières réintégrer les rangs de l’Union des municipalités du Québec. Depuis le temps que des voix s’élèvent pour que la ville unisse sa voix à celles de ses semblables, il faut saluer cette décision.

Il aura fallu une rencontre, autour d’un petit déjeuner, pour que le maire Lévesque démontre à son homologue de Drummondville, Alexandre Cusson, qu’il était disposé à faire en sorte que la ville retourne dans le giron de l’UMQ.

Les raisons sont nombreuses mais la nécessité pour le monde municipal de parler d’une voix forte et unanime dans le contexte des élections provinciales, qui approchent à grands pas, y est pour beaucoup. Les municipalités auront leur liste d’épicerie et il ne faudrait pas s’étonner d’y retrouver des revendications concernant la fiscalité ou les transferts gouvernementaux.

On se souvient que le maire Lévesque avait quitté les rangs de l’UMQ en juin 2015 après les négociations houleuses entourant le second pacte fiscal entre le gouvernement et les municipalités. Il y faisait le constat qu’il n’y avait aucun gain pour Trois-Rivières et espérait probablement entraîner derrière lui certains de ses collègues mécontents. Ça ne s’est pas produit. Et Trois-Rivières aura boudé l’UMQ pendant plus de deux ans.

La sortie fracassante du maire Lévesque, à l’époque, était peut-être justifiée. Un bon coup de gueule, de temps en temps, ça fait du bien. Peut-être que le maire avait en partie raison. 

Trois-Rivières n’a peut-être pas reçu d’avantages directs et individuels de son adhésion à l’organisme, mais de façon plus globale, il y a assurément des gains collectifs à faire partie de l’UMQ: des occasions de faire valoir une position, des échanges nécessaires sur des pratiques en gestion municipale ou sur des enjeux majeurs. Le pouvoir, surtout, de faire changer les choses.

Après les missions économiques manquées, le non-accès aux informations sur l’accueil des réfugiés syriens, l’absence aux forums sur des enjeux majeurs comme celui des aéroports municipaux et régionaux, la non-participation aux assises annuelles, aux formations, aux ateliers, voilà que le maire fait preuve d’ouverture et de lucidité. 

On a pu s’étonner du fait qu’il donne ainsi un accord de principe au président de l’UMQ autour d’un ordre de toasts ou d’un bol de gruau, sans avoir préalablement consulté le conseil municipal. Mais c’est sa prérogative. Et il entend obtenir l’aval du conseil par résolution d’ici un mois, notamment dans le cadre des discussions sur le budget 2018 de la Ville.

Yves Lévesque sait pertinemment que de toute façon, les membres du conseil municipal l’auraient probablement pressé de faire en sorte que Trois-Rivières réintègre les rangs de l’UMQ. C’était dans l’air.

Un autre facteur a pu jouer et c’est celui de la politique, particulièrement avec le départ ou la défaite de plusieurs maires de villes qui font partie du caucus des grandes villes de l’UMQ. Quand d’un seul coup arrivent des nouvelles figures à Montréal, Sherbrooke, Longueuil, Saguenay et Terrebonne, un maire d’expérience comme Yves Lévesque peut être appelé à jouer un rôle important au sein de ce groupe.

Au fond, quand on y pense, l’ouverture dont a fait preuve Yves Lévesque provoque une situation où tout le monde est gagnant. Le maire lui-même paraît bien et manifeste clairement la volonté de prendre part aux discussions sur les enjeux à venir. 

Le nouveau président de l’UMQ paraît bien parce qu’il aura réussi, en moins d’une semaine et demie à la tête de l’organisme, à convaincre Trois-Rivières de revenir au sein de l’organisation. Et on peut dire aussi, de façon plus générale, que la population de Trois-Rivières en sortira gagnante. Et même que l’UMQ gagne une voix forte. 

Si le conseil approuve le principe d’adhésion et le paiement de la cotisation d’environ 100 000 $, on pourra dire que Trois-Rivières retourne à l’UMQ par la grande porte. Et il était grand temps.

Éditorial

Laissez travailler les journalistes

La campagne électorale municipale est maintenant chose du passé et a laissé derrière elle son lot de victoires et de défaites.

Dans plusieurs villes et municipalités de la région, le conseil municipal a changé, en tout ou en partie. Et parce que la majorité des nouveaux élus ne recevront aucune formation sur le rôle des médias, voici quelques lignes de réflexion, sans prétention.

La seule indication que certains nouveaux venus dans les conseils municipaux se feront donner, ce sera de ne pas parler aux médias. Ou de transférer au maire toute demande d’entrevue. Ou de ne pas commenter une décision du conseil. Les médias et les journalistes ont la vie dure par les temps qui courent.

À preuve, cet étrange épisode survenu à Sherbrooke, la semaine dernière. Le maire défait, Bernard Sévigny, rencontrait le nouveau maire Steve Lussier pour la passation des dossiers. À leur sortie de cette rencontre, les journalistes qui les attendaient ont demandé à M. Sévigny quel était le premier conseil qu’il a donné à son successeur. Sa réponse: «Se méfier des journalistes». 

Peut-être que c’était une mauvaise blague. Mais venant de celui qui était jusqu’alors président de l’Union des municipalités du Québec, c’est méprisant et déplacé.

Le ministre Luc Fortin, qui représente la circonscription de Sherbrooke à l’Assemblée nationale, a rapidement fait part de sa désapprobation sur Twitter: «Franchement... Les journalistes ont leur travail à faire et ils le font de manière professionnelle, particulièrement chez nous en Estrie. Je n’ai rien à redire sur le travail des médias depuis mon élection en 2014».

Voilà. Tout est dit. Les journalistes ont leur travail à faire.

Il faudrait aussi le rappeler au conseiller shawiniganais défait dans le district de la Cité, Alain Lord. Il n’a rien trouvé de mieux, pour commenter sa défaite, que de s’en prendre aux journalistes.

La semaine dernière, alors que Le Nouvelliste interpellait certains conseillers défaits, aussi bien à Trois-Rivières qu’à Shawinigan, M. Lord a refusé de parler au collègue Guy Veillette. Le conseiller élu sans interruption depuis 1994 n’a pas digéré le verdict populaire et encore moins la sortie publique de personnalités d’affaires du centre-ville de Shawinigan qui appuyaient celle qui l’a devancé au fil d’arrivée.

Après plusieurs tentatives, il a finalement été joint mardi matin, simplement pour dire avec humeur qu’il ne donnerait pas d’entrevue. «Même si j’en donnais une, tu vas l’écrire à ta manière. Tu m’excuseras, mais il n’y aura pas de réponse. C’est trop tard. Quand tu te couches le soir, te sens-tu bien? À ta place, je me sentirais mal. Tu prends plus pour ceux qui ne sont pas en poste que pour nous autres», a-t-il vociféré au journaliste qui, rappelons-le, ne faisait que son travail.

Quand la nouvelle touche quelqu’un directement et que cette nouvelle n’est pas favorable, les journalistes deviennent toujours une cible idéale. Ce n’est pas d’hier. La Fédération professionnelle des journalistes du Québec intervient régulièrement sur le sujet, notamment pour rappeler à l’ordre des élus municipaux. Certains maires bloquent l’accès aux conseils municipaux. D’autres refusent de répondre aux questions des médias. 

La réalité, comme le soulignait récemment le président de la FPJQ, Stéphane Giroux, c’est qu’il n’est pas rare de tomber sur des conseils municipaux qui continuent à avoir une mentalité de «on ne veut pas de médias. Ça existe encore trop et ça reste des obstacles au droit du public à l’information.»

Dans une démocratie, le rôle des contre-pouvoirs est essentiel. Le problème, dans le monde municipal, c’est que les journalistes sont perçus comme étant des metteurs de bâtons dans les roues. 

Et si, en ce début de nouveau mandat au municipal, on formulait un souhait? Si on demandait aux élus, quels qu’ils soient, de respecter le travail des journalistes, à condition que ces derniers respectent les règles déontologiques auxquelles ils souscrivent. Ce serait un bon début. Et c’est le public qui en serait gagnant.

Éditorial

Le Trou a-t-il vendu son âme au diable?

La nouvelle a surpris pas mal tout le monde. Et elle est venue égratigner le sentiment de fierté que beaucoup éprouvent envers ce fleuron régional, qui a fait connaître et rayonner Shawinigan au cours des douze dernières années. La microbrasserie Le Trou du Diable passe aux mains de Molson Coors et se retrouve dans le giron de Six Pints, la division de produits spécialisés de la multinationale.

D’un point de vue strictement orienté sur les affaires, c’est une bonne nouvelle. Pour les propriétaires du Trou du Diable, pour les employés, pour la pérennité de la marque, pour le maintien d’activités à Shawinigan et pour la conquête de nouveaux marchés.

Mais d’un point de vue émotif ou gustatif, la nouvelle passe pour mauvaise. Certains y voient même une catastrophe et anticipent déjà avec effroi déjà que certaines de leurs marques favorites goûtent la Coors d’ici quelques années.

Certains zythophiles (amateurs de bière) vous le diront: ils ont l’impression que certaines bières de microbrasseries achetées par Molson Coors via Six Pints ont été dénaturées. L’aspect artisanal et la science brassicole se fondent dans un processus de fabrication et de distribution à grande échelle.

Mais ce n’est probablement qu’une impression. Parce que les gars du Trou du Diable ne sont pas des idiots, ils ont pris une décision d’affaires en obtenant de l’acquéreur certaines garanties, notamment le maintien d’opérations à la shop du Trou du Diable de la rue de la Station. Une centaine d’employés y travaillent et à court terme, on ne semble pas inquiet pour eux.

Les propriétaires du Trou du Diable ont accepté de rester en poste comme gestionnaires et comme maître brasseur. Ils superviseront notamment la fabrication, la vente et la distribution des produits pour une période indéterminée. 

Victimes de leur succès avec, notamment, une liste interminable de prix remportés à l’échelle internationale par les bières du TDD, Isaac Tremblay, Luc Bellerive, André Trudel et Franck Chaumanet étaient arrivés à la croisée des chemins. La croissance soutenue engendrée par l’agrandissement de la brasserie et l’aménagement de l’usine de l’avenue de la Station, en 2013, était devenue difficile à gérer. 

Au cours des quatre dernières années, la production a triplé – on devrait atteindre 17 000 hectolitres cette année – et les gars ont voulu trouver le soutien nécessaire pour avancer et pour soutenir la demande pour leurs produits. Quand des entrepreneurs constatent avec lucidité que leur fleuron arrive au bout de sa capacité de production et de sa capacité de distribution, qu’ils réalisent que les investissements nécessaires pour surmonter de tels défis sont trop considérables, il faut saluer leur décision.

Molson Coors semblait tout désigné pour aller de l’avant. Qu’on ne s’y méprenne pas: le géant brassicole y trouve aussi son compte. Les grands brasseurs doivent s’adapter aux tendances du marché, aux goûts des consommateurs. La popularité grandissante des microbrasseries est une de ces réalités. En mettant la main sur certains des joueurs les plus en vue sur le marché des micros, Molson Coors tente d’aller chercher une clientèle qui lui échappait.

Avec cette association, Le Trou du Diable pourra voir ses bières prendre d’assaut de nouveaux marchés et être distribuées là où Molson règne en maître. 

Quand on y pense, même si la transaction vient écorcher le sentiment d’appartenance très fort que la microbrasserie a su développer, elle constitue aussi un bel exemple de réussite made in Shawinigan.

Il faudra maintenant voir ce qui restera de cette «saveur locale» après l’intégration dans les activités de Six Pints. Le Trou du Diable a toujours été un modèle de créativité, une image de marque, une fierté pour la région. Molson et Six Pints ont été rassurants à ce propos.

Non, il n’y a pas lieu de croire que l’entreprise a vendu son âme à celui dont elle honore le trou.

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Démonstration de savoir-faire

Le gouvernement du Québec, par la voix de son ministre des Finances, a confirmé son intention d’imposer la taxe de vente au géant américain de la diffusion en ligne, Netflix. C’est une position beaucoup plus sage et beaucoup plus équitable que celle adoptée par le gouvernement fédéral à la fin septembre.

Carlos Leitão a envoyé une lettre à son homologue fédéral, Bill Morneau, pour l’informer de cette intention ferme d’assujettir Netflix et les autres gros joueurs du commerce ou du divertissement en ligne aux règles fiscales en vigueur au Québec. Le ministre Leitão estime que le statu quo est intenable.

En fait, ce qui est intenable, c’est la position absurde du gouvernement fédéral et le traitement de faveur qu’il accorde à cette multinationale en l’exemptant de payer des taxes et des impôts et en concluant plutôt avec elle une entente particulière. En vertu de cette entente, Netflix «compensera» ce non-assujettissement par un engagement d’investir 500 millions $ sur cinq ans dans des productions originales au Canada.

Cette mesure a été décriée avec force – et avec raison – depuis que la ministre fédérale du Patrimoine canadien, Mélanie Joly, en avait fait l’annonce, en l’enrobant dans une sorte de politique culturelle où il n’était à peu près pas question de culture.

L’Assemblée nationale, tous partis confondus, faisait partie de ces voix qui se sont élevées contre ce qu’on peut appeler le «passe-droit Netflix». Ce n’est donc pas une surprise que le gouvernement libéral décide de passer aux actes et de taxer Netflix. Le ministre Leitão a parfaitement raison de plaider la nécessité, pour les taxes de vente, de s’adapter aux réalités du 21e siècle. Mais surtout, il prononce des mots très forts en insistant sur l’équité et la légitimité de nos régimes fiscaux.

Il est là, le problème de l’entente fédérale. Elle vient créer une concurrence déloyale pour les fournisseurs de services existants basés au Canada. 

Le pire, c’est que la ministre Joly et les membres du gouvernement continuent de justifier le geste posé envers Netflix en rappelant qu’ils avaient promis de ne pas augmenter le fardeau fiscal des Canadiens. C’est une rhétorique qui ne tient pas.

 Appliquer une taxe de vente existante à un produit de consommation, fût-il un produit de divertissement disponible électroniquement, n’équivaut pas à ajouter au fardeau fiscal des Canadiens. Ce n’est pas une nouvelle taxe. La personne qui ne consomme pas de séries ou de films disponibles sur des plateformes électroniques ne verra pas son niveau de taxation augmenter.

Il y a quelques semaines, on apprenait que la ministre Joly avait d’ailleurs fait fi de cet argumentaire. Dans une note de service détaillée, le sous-ministre Graham Flack, qui la conseillait sur la taxation de biens et services offerts en ligne, rappelait les exemples de l’Australie, du Japon, de la Nouvelle-Zélande, de l’Afrique du Sud, de la Corée du Sud et de l’Union européenne. 

Il expliquait que ces modèles n’introduisaient pas une nouvelle taxe sur les biens et services numériques, mais ne faisaient qu’étendre leur régime de taxe de vente aux fournisseurs numériques, peu importe où ils sont situés géographiquement.

Et la belle affaire, dans tout ça, c’est que Netflix se montre généralement bon joueur. La compagnie a réitéré qu’elle paiera les taxes là où la loi l’exige.

Le gouvernement du Québec semble l’avoir compris. Le fédéral, pendant ce temps, continue de jouer à l’élastique avec ses principes.

Éditorial

Des appels qui ont été entendus

Les ministres Julie Boulet et Stéphanie Vallée avaient de bonnes nouvelles, lundi, pour la haute Mauricie. Les récriminations et les demandes du milieu judiciaire de La Tuque et de la région ont été entendues, si bien que l’administration de la justice pourra se faire dans un lieu approprié et adapté aux impératifs de sécurité et de confidentialité.

Au cours des dernières années, de nombreuses représentations ont été faites par les intervenants locaux, particulièrement par des avocats qui y pratiquent et par le Barreau de la Mauricie. 

Et le moins que l’on puisse dire, c’est que ce qu’ils réclamaient était loin d’être du luxe; ils souhaitaient simplement pouvoir exercer leur travail dans un milieu approprié.

Les locaux actuels du Carrefour La Tuque étaient désuets et insuffisants. Des avocats devaient consulter leurs clients dans les toilettes ou dans les escaliers, faire signer des papiers sans avoir de table ou de bureau. Les juges côtoyaient les accusés et les proches de ceux-ci dans les corridors. C’était un non-sens.

Québec, finalement, accepte d’investir un peu plus de 5 millions $ pour aménager de nouveaux locaux, toujours au Carrefour La Tuque, conformes aux normes élémentaires de sécurité. Ce qui est intéressant, c’est qu’au cours des derniers mois, des rencontres ont eu lieu entre des responsables du ministère de la Justice, de la Société québécoise des infrastructures et des représentants du milieu judiciaire. 

De cette façon, on s’est assuré de faire en sorte que le projet qui était sur la planche à dessin puisse répondre adéquatement aux besoins des utilisateurs. 

Il faudra environ un an pour transformer une ancienne salle de quilles en palais de justice. La superficie sera doublée par rapport aux locaux actuels. Des locaux comme la salle d’audience et le quartier cellulaire seront agrandis. 

On a prévu des cages d’escalier et des couloirs distincts pour assurer la sécurité des membres de la magistrature et les équipes du Directeur des poursuites criminelles et pénales. On ajoutera des locaux pour les avocats et les victimes. On a même pris soin de consulter la communauté autochtone et de prévoir des aménagements spécifiques. Bref, on ne semble pas avoir lésiné sur grand-chose.

Mais tout cela a un coût. Il y a quelques mois, on parlait d’un projet de 1,3 million $ pour la rénovation du palais de justice de La Tuque. Celui-ci avait été inscrit au Plan québécois des infrastructures 2016-2026. Le coût du projet annoncé lundi est quatre fois plus élevé. 

On dirait bien qu’il n’y avait pas de prix pour assurer la sécurité des travailleurs et des «utilisateurs» du palais de justice et pour offrir au personnel judiciaire un milieu de travail approprié. Pour la ministre Julie Boulet, cet investissement était attendu et justifié.

C’est peut-être une chance que des élections aient lieu dans moins d’un an au Québec. Mais soyons bons joueurs et voyons plutôt dans l’annonce de lundi une réelle volonté de régler un problème criant. 

Il n’y avait aucune raison que ceux et celles qui œuvrent à l’administration de la justice à La Tuque soient moins bien protégés que leurs collègues d’ailleurs au Québec. Il n’y a pas de raison que leurs propos ou ceux des prévenus soient moins confidentiels que dans d’autres palais de justice.

Ça faisait vingt ans qu’on parlait de la nécessité de rénover le palais de justice. Ça fera du bien d’entendre enfin les marteaux et les perceuses. Et c’est tout à l’honneur de ceux et celles qui n’ont jamais lâché le morceau et qui ont déploré les conditions de pratique du droit à La Tuque.

Éditorial

Chapeau, mesdames!

Montréal peut bien célébrer, avec raison, l’élection de sa première mairesse. Il s’agit certainement d’un modèle fort et inspirant pour l’engagement des femmes dans la vie politique.

Mais la représentation féminine, dans la région, se porte plutôt bien à l’issue des élections municipales de dimanche. Soixante-treize pour cent des femmes qui briguaient les suffrages à un poste de mairesse ou de conseillère ont remporté leur pari. C’est très significatif et très réjouissant.

Il y a un mois à peine, lors de la fin de la période des mises en candidature, on remarquait la timide progression du nombre de femmes candidates par rapport aux dernières élections, en 2013. 

Pour l’ensemble du territoire desservi par Le Nouvelliste, qui correspond à la totalité du territoire de la Mauricie et aux MRC de Bécancour et de Nicolet-Yamaska, soit 70 villes ou municipalités au total, ce sont 205 femmes qui sont candidates à un poste de mairesse ou de conseillère municipale, comparativement à 507 hommes. Cela donnait un ratio de 28,8 %.

Au lendemain de l’élection, près des trois quarts des femmes candidates ont été élues, avec ou sans opposition. 

En Mauricie, on compte 107 élues dont cinq mairesses sur les 148 femmes qui ont posé leur candidature. Dans la portion septentrionale du Centre-du-Québec, on compte 43 élues, dont quatre mairesses, sur les 57 femmes qui briguaient les suffrages.

Au total, pour la Mauricie et le Centre-du-Québec, on se retrouve avec une proportion de 29,6 % d’élues, ce qui est légèrement supérieur au ratio de candidates. 

Il faut saluer chacune de ces progressions, même s’il y a encore du chemin à faire pour que les femmes se sentent davantage interpellées et qu’elles prennent la place qui leur revient. Les femmes constituent la moitié de la population québécoise, ne l’oublions pas. 

Elles doivent prendre part, au même titre que les hommes, aux décisions. Une plus grande présence des femmes au sein des instances permet une meilleure prise en compte des réalités et des besoins diversifiés de la population.

Heureusement, la multiplication des modèles pourrait faire avancer les choses de façon significative. Déjà, le fait que la métropole soit maintenant dirigée par une femme constitue une extraordinaire avancée. Au Québec, des villes d’importance comme Brossard, Longueuil, Saguenay, Rouyn-Noranda et Sainte-Julie sont maintenant dirigées par des femmes. 

Chez nous, il est intéressant de constater que les femmes sont majoritaires au conseil municipal de Sainte-Angèle-de-Prémont, de Saint-Tite, de Sainte-Anne-de-la-Pérade, de Sainte-Ursule, de Saint-Élie-de-Caxton, de Saint-Justin et de Trois-Rives. 

À Shawinigan, les femmes représentent maintenant pour 50 % du conseil municipal. À Trois-Rivières, trois des sept nouvelles figures au conseil sont des femmes, ce qui porte le total à cinq sur quatorze membres du conseil. Ici, on s’est éloigné de la parité qu’on avait atteinte en 2009.

Ça fait beaucoup de chiffres, tout ça. Beaucoup de statistiques. Mais pourquoi encore insister sur la nécessité de voir plus de femmes en politique? Parce qu’au-delà de la représentation plus fidèle au portrait démographique du Québec et de ses communautés, il y a une différence entre l’approche féminine en politique et la façon de faire de leurs collègues masculins. 

Plusieurs femmes en politique ont souvent déclaré qu’elles avaient l’impression de faire de la politique différemment, avec plus de sensibilité, plus de respect, plus d’humanité et en étant davantage portées sur la concertation plutôt que sur la confrontation.

Ça, c’est un modèle intéressant si on souhaite deux choses: combattre le cynisme de la population envers la politique et augmenter la participation électorale.

Fait intéressant à noter: on vient aussi de faire, en plusieurs endroits, une place intéressante aux jeunes dans le monde municipal. Vraiment, il se passe quelque chose. Lentement, mais il se passe quelque chose.