Opinions

Désagréments de l’agrément

ÉDITORIAL / Décidément, les institutions culturelles qui vivent – ou survivent – sous la coupole du Séminaire ne l’ont pas facile cette année. Avec les Archives qui ne recevront plus de financement public à partir de 2020, voilà que le Musée Pierre-Boucher perd son statut d’institution agréée et n’aura plus accès, à moins que quelque chose bouge prochainement, au financement gouvernemental. Il semble bien qu’une sorte de «bureaucratite» aiguë touche le monde muséal et archivistique au Québec. Et la région en écope lourdement.

Le Musée Pierre-Boucher n’a pas passé le test des nouvelles normes d’agrément du ministère de la Culture et des Communications. L’agrément, semble-t-il, «garantit à la population l’accès à un établissement d’intérêt public de qualité» et est attribué en fonction de la performance de l’institution muséale en question. Il «s’inscrit dans le respect de normes reconnues internationalement en matière de pratiques muséologiques, et de planification, de protection et de mise en valeur du patrimoine», peut-on lire dans les documents du ministère qui expliquent le processus d’agrément.

Opinions

Une belle occasion pour Sonia LeBel

ÉDITORIAL / La ministre de la Justice et ministre responsable des Relations canadiennes et de la Francophonie canadienne, Sonia LeBel, a une belle occasion de rappeler à ses électeurs qu’elle est avant tout députée de Champlain. Le dossier de l’Observatoire du Cégep de Trois-Rivières est mûr pour une intervention rapide, efficace et qui redonnera à ce lieu ses lettres de noblesse.

Après avoir vécu des années d’incertitude en raison de la précarité financière, voilà que c’est le poids des années – et de la neige – qui a raison de la saison estivale de l’Observatoire. Le lieu, qui est à la fois un espace d’apprentissage, un attrait touristique et un équipement scientifique, mérite qu’on le ramène dans le 21e siècle.

Opinions

Vingt-cinq hommes blancs...

ÉDITORIAL / Ce qui vient de se passer en Alabama est un spectaculaire bond en arrière pour les droits des femmes. Et le processus qui a débouché sur l’adoption de la loi la plus répressive des États-Unis concernant l’avortement a quelque chose de hautement surréaliste. L’offensive de la droite religieuse contre l’interruption volontaire de grossesse, déjà bien amorcée, risque fort de meubler l’actualité et les campagnes électorales à venir chez nos voisins du sud.

Mardi, le Sénat de l’État de l’Alabama a adopté le projet de loi le plus restrictif des États-Unis sur l’avortement. La Chambre des représentants de ce même État avait déjà adopté le projet de loi en question le 30 avril dernier. Il ne reste plus qu’à obtenir la sanction de la lieutenante-gouverneure de l’État pour que la loi entre en vigueur. Ce ne devrait être qu’une formalité.

Opinions

Une industrie vulnérable

ÉDITORIAL / Les problèmes de main-d’œuvre qui touchent l’industrie touristique pourraient bien freiner la croissance soutenue de ce secteur d’activité au cours des prochaines années. Plus de 20 000 emplois seraient présentement disponibles dans l’industrie québécoise du tourisme, dont plus d’un millier pour les seules régions de la Mauricie et du Centre-du-Québec. De quoi menacer la qualité des services et des produits offerts.

Plusieurs secteurs du tourisme comme la restauration, l’hôtellerie, l’événementiel et l’institutionnel dépendent beaucoup de l’appréciation de la qualité. Il suffit souvent de quelques défaillances pour que la réputation en soit affectée et que l’achalandage se retrouve fragilisé. Bref, la croissance que l’on observe depuis quelques années pourrait ne tenir qu’à un fil.

Opinions

L’arc-en-ciel est de retour

ÉDITORIAL / Les couleurs de l’arc-en-ciel sont revenues au centre-ville de Trois-Rivières. En prévision de l’événement «Ensemble contre l’homophobie et la transphobie», qui a lieu du 16 au 19 mai, les traverses piétonnières de l’intersection des rues des Forges et du Fleuve ont été peintes aux couleurs de l’arc-en-ciel, symbole du mouvement LGBT+, de sa diversité et de sa fierté.

Les activités entourant la Journée mondiale contre l’homophobie et la transphobie prennent de plus en plus d’ampleur à Trois-Rivières. Et l’événement lui-même gagne en visibilité. D’autres villes de la région souligneront cette journée mais c’est à Trois-Rivières que sont concentrées des activités comme une table ronde littéraire, une conférence sur les personnes trans et la diversité sexuelle, ainsi qu’une projection de film suivie d’une discussion.

Pierre Jury

Des excuses sont de mise

ÉDITORIAL / La nouvelle concernant le vice-amiral Mark Norman a secoué le Canada anglais tout entier, tout en laissant le Canada français de glace. L’histoire n’est pas dénuée d’intérêt malgré tout. Se mêlent là-dedans l’armée canadienne, un important contrat d’approvisionnement impliquant le chantier maritime Davie et les plus hautes administrations canadiennes.

La victime dans tout cela, c’est M. Norman. Accusé d’abus de confiance, il ne sera blanchi que cette semaine. Pendant deux ans et trois mois, son sort a penché dans la balance... jusqu’à ce que le Service des poursuites pénales annonce, mardi, qu’il ne procéderait pas avec la mise en accusation. Du même coup, il retire une grosse épine du pied du gouvernement de Justin Trudeau, car le procès devait débuter en août et se poursuivre une partie d’un automne chaud, caractérisé par une élection fédérale. 

Rappel : le vice-amiral Norman est le numéro deux des Forces armées canadiennes. En 2015, il conseille le gouvernement pour conclure un marché de gré à gré, sans appel d’offres donc, avec la Davie, à Québec, pour la conversion d’un navire français en navire ravitailleur canadien. 

Tout cela se passe sous le gouvernement de Stephen Harper. En octobre, élection des libéraux de Justin Trudeau. Ils revoient le contrat, sans doute encouragés par la compagnie Irving, compétiteur de la Davie. Le message a été livré par Scott Brison, nouvellement nommé président du Conseil du Trésor du gouvernement.

M. Norman, aurait avisé la Davie du retard dans le processus. 

Quinze mois plus tard, il est suspendu. En mars 2018, il est finalement accusé d’abus de confiance au terme d’une longue enquête de la Gendarmerie royale du Canada. 

La réputation de M. Norman, militaire au-dessus de tout soupçon, est souillée de façon permanente. L’interminable enquête a fait peser les pires ragots à son sujet, puisqu’on racontait des histoires de trahison. Dans les étapes préparatoires du procès, l’avocate Mary Henein — une redoutable adversaire, déjà reconnue pour avoir défendu avec succès le ministre de la Justice de l’Ontario Michael Bryant et l’animateur de radio Jian Ghomeshi — s’est plainte de la difficulté d’obtenir des informations du gouvernement. 

M. Trudeau avait deux énormes soucis en début d’année. D’abord l’affaire de SNC-Lavalin, qui s’est (temporairement du moins) réglée avec l’expulsion des ministres Jody Wilson-Raybould et Jane Philpott. Puis, l’affaire du vice-amiral Norman, aujourd’hui réglée avec le retrait de l’accusation. 

Mais si ces sujets sont réglés pour la forme, elles soulèvent leur lot de questions sur le fond. Dans les deux cas, il y a lieu de se demander si le gouvernement a agi correctement. Dans le premier, est-ce que Mme Wilson-Raybould a subi des pressions indues malgré sa fonction ? Dans le second, a-t-on dépassé les bornes en accusant M. Norman, en retenant de l’information sensible puis en retirant cette même accusation après deux ans ? Le gouvernement a-t-il joué un rôle dans ce retrait, qui doit se faire dans le respect total de la séparation des pouvoirs entre politique et judiciaire ?  

On le voit, il y a plusieurs zones d’ombre dans l’affaire du vice-amiral Norman. La première chose à faire pour Justin Trudeau serait de s’excuser publiquement pour la manière dont l’accusé a été traité. Il l’a fait de nombreuses fois depuis son élection en 2015, pour des causes importantes, mais souvent oubliées depuis longtemps. Dans ce cas, peut-il s’excuser pour le traitement récent que son gouvernement a fait subir à Mark Norman ?

Opinions

Le dérapage de l’ex-sénatrice

ÉDITORIAL / L’ex-sénatrice Céline Hervieux-Payette est venue faire déraper de façon magistrale, jeudi, les audiences de la commission parlementaire sur le projet de loi 21 portant sur la laïcité. En établissant un lien douteux entre le voile, l’excision et le mariage forcé, l’ancienne sénatrice était non seulement à côté du contenu et de l’objet du projet de loi, mais s’aventurait aussi sur un terrain glissant sur lequel, heureusement, les parlementaires n’ont pas voulu aller.

Ancienne députée au fédéral, puis sénatrice pendant plus de vingt ans, Mme Hervieux-Payette a en fait cité, lors de son passage devant la commission parlementaire, l’auteure d’origine somalienne Ayaan Hirsi Ali, qui croit que le voile, «c’est un détail» qui cache «l’excision et le mariage forcé à 14-15 ans».

Opinions

Des jeunes qui se font entendre

ÉDITORIAL / Il y a quelque chose de rassurant dans le fait que des jeunes du secondaire se lèvent, prennent la parole, marchent dans les rues, invitent à l’action et posent eux-mêmes des gestes concrets pour l’environnement. Cette génération, qui assimile déjà plusieurs comportements écoresponsables et qui comprend mieux que la plupart de leurs aînés l’urgence d’agir en matière de réchauffement climatique, semble plus que jamais déterminée à se faire entendre et à rappeler les élus à l’ordre. C’est assurément une voix forte, qui doit être entendue.

L’indignation de plusieurs étudiants de cinquième secondaire, la semaine dernière, face à la formulation d’une question sur les changements climatiques posée par le ministère de l’Éducation dans le cadre de l’épreuve de français, en dit long sur leur degré de sensibilité. Au lieu d’aborder l’enjeu de la lutte contre le réchauffement climatique, cette question demandait aux élèves d’expliquer s’il est possible de s’adapter aux impacts de ces changements. La formulation déçoit et le timing d’une telle question est mauvais: cela fait plusieurs mois que des jeunes de partout au Québec – et d’ailleurs dans le monde – se mobilisent pour réclamer des actions climatiques plus ambitieuses de la part des gouvernements.

Opinions

La spectaculaire volte-face

ÉDITORIAL / S’il y avait des notes comme en patinage artistique ou en gymnastique pour les pirouettes les plus spectaculaires en politique, François Legault mériterait certainement dix sur dix pour ses positions dans le dossier du lock-out à l’Aluminerie de Bécancour. Après avoir pris le parti des syndiqués en campagne électorale, voilà que huit mois plus tard, il a fait une spectaculaire volte-face en devenant le haut-parleur de la partie patronale.

Les interventions répétées du premier ministre demandant aux syndiqués d’être raisonnables, ramenant sur la table la question des salaires, ont de quoi irriter les syndiqués qui y voient clairement – et avec raison – de l’ingérence dans un processus de négociation. Les salaires, rappelons-le, ne font pas partie des enjeux qui ont conduit au lock-out qui dure depuis bientôt seize mois. Et l’ironie, dans tout ça, c’est que François Legault lui-même insiste, depuis qu’il est en fonction, sur la nécessité d’augmenter les salaires.

Opinions

L’enjeu de la participation

ÉDITORIAL / On dit cela à chaque élection, mais on va le redire. L’élection partielle à la mairie de Trois-Rivières doit absolument provoquer une réflexion quant au taux de participation des électeurs. Il n’est pas normal que dans une communauté, à Trois-Rivières ou ailleurs, environ un électeur sur trois seulement prenne part à l’élection de celui ou celle qui dirigera la Ville.

Dimanche soir, Jean Lamarche a recueilli 54,9 % des voix. Une performance qui ne fait absolument aucun doute par rapport aux autres candidats. Mais quand on place ce résultat dans le contexte de la participation électorale, on se rend compte que le nouveau maire a été élu par 21 % des électeurs trifluviens.