Du pur babélisme

Alors que René Beaudoin, qui est historien, cherche preneur pour une réplique, un faux du vieux Moulin à vent de la Commune, au nom de la sauvegarde de notre patrimoine québécois, nous avons d'autre part Bernard Drainville, ministre responsable des Institutions démocratiques et de la Participation citoyenne, campé dans sa décision de nous faire mettre le voile sur nos valeurs ancestrales et patrimoniales qui ont pourtant porté notre culture au niveau actuel.
Qui sont les vrais pionniers de notre culture au Québec? Des religieux et religieuses catholiques et d'autres confessions furent les tout premiers artisans de notre éducation et de notre culture, dans les écoles des petites communautés autant qu'au niveau de l'enseignement supérieur. Et je ne parle pas uniquement d'éducation religieuse. Qui s'est battu corps et âme pour faire construire des écoles, des dispensaires et des hôpitaux? Qui faisait office de médecins et d'infirmières à l'époque de la colonisation et encore jusqu'à la moitié du dernier siècle?
Notre culture est notre héritage, tous et chacun y vouons respect et le proclamons haut et fort. Pourtant, en cachant nos signes religieux, et je dis quelle que soit notre allégeance culturelle, c'est renoncer à nos valeurs, à notre propre culture. L'histoire de notre peuple, de nos ancêtres, de nos origines doit demeurer bien présente dans nos lieux si on veut en perpétuer le souvenir dans les générations à venir.
Nous sommes un peu plus de huit millions de citoyens au Québec, nous représentons près du quart (23 %) de la population du Canada, nous ne sommes sûrement pas la seule région du pays où des cultures différentes se côtoient. Nous sommes des Québécois qui veulent s'afficher distinctement sur la planète, mais nous sommes pourtant déjà prêts au premier tournant à renier nos valeurs culturelles, notre héritage culturel.
Quel sera le prochain pas? Revoir le calendrier grégorien parce que le nom est issu du pape Grégoire XIII qui avait alors réformé le calendrier julien en 1582 en fonction des choix religieux? Devrions-nous changer le nom des mois tirés de noms de dieux des mythologies anciennes? Faudra-t-il y enlever les repères des fêtes religieuses? Est-ce qu'un jour il sera interdit aux élites sportives de certains pays d'entonner leur hymne national dans l'arène sans que ce soit considéré ostentatoire simplement parce qu'il y a un ou deux mots à sens religieux dans les paroles? Est-ce qu'un jour on montera aux barricades pour boycotter le dollar américain parce qu'il affiche le In God we trust? Est-ce qu'un jour les églises et cathédrales devront dissimuler les vitraux de fenêtres? Devrons-nous épurer le contenu de tous les livres scolaires? Si on ne le fait pas, à quoi donc aura servi la rédaction d'une charte qui parviendra à peine à effleurer le sujet et ne créera que davantage de confusion et de mécontentement? Ce projet de Charte de la laïcité ne sera qu'un jargon incompréhensible, que pur babélisme.
Monsieur le ministre, à moins que depuis le début vous n'ayez aucunement eu l'intention de considérer les opinions qui allaient différer des vôtres dans les mémoires déposés lors des audiences, il est encore temps de démontrer que vous servez les intérêts de toute la population québécoise avant tout et pas seulement ceux de quelques dissidents. Nos valeurs n'ont pas à être compromises parce qu'une minorité de personnes ne s'y sent pas à l'aise; on détourne les yeux un instant et on passe outre, ils n'ont qu'à faire de même. Les choses se placent dans l'ordre d'elles-mêmes avec le temps.
Les religieuses ne portent plus le voile, les prêtres la soutane, on a sorti l'enseignement religieux des écoles et cédé la place aux éducateurs laïques, les hôpitaux sont tenus par des laïques, les instances des différentes religions se font plus discrètes, le calendrier grégorien a traversé deux millénaires et des éditions sont émises sans référence aux fêtes religieuses. Il ne suffit parfois que de quelques petits amendements aux coutumes et aux lois actuelles ainsi qu'une réelle intention des autorités pour maintenir un respect.
Luc Bureau
Trois-Rivières