La rétrogradation de la Dre Janique Dion, après que celle-ci eut publiquement critiqué la conversion de l’urgence du centre Cloutier-du Rivage, soulève des questions préoccupantes

Dre Dion et l’intérêt public

ÉDITORIAL / La rétrogradation de la Dre Janique Dion, après que celle-ci eut publiquement critiqué la conversion de l’urgence du centre Cloutier-du Rivage, soulève des questions préoccupantes en ce qui a trait à la liberté d’expression, au devoir de réserve, au secret professionnel et à la protection des lanceurs d’alerte. Même s’il y a beaucoup de zones grises dans l’analyse de cette triste situation, le fait d’avoir démis Dre Dion de ses fonctions d’adjointe au chef de département de médecine d’urgence pour le Centre-de-la-Mauricie semble démesuré.

Il y a quelques mois, Dre Janique Dion avait fait quelques sorties publiques sur les conséquences de la fermeture précipitée de l’urgence ambulatoire de Cloutier-du Rivage et l’inquiétude que celle-ci entraînait alors.

La principale intéressée estimait que la proposition d’implanter une clinique de proximité était «une excellente idée, pourvu qu’elle s’installe progressivement afin de permettre à la région entière de s’y adapter».

Mais au CIUSSS de la Mauricie et du Centre-du-Québec, on n’a pas apprécié les sorties médiatiques de cette médecin respectée. Elle a reçu des lettres de rappel à l’ordre, avant de finalement se voir retirer ses fonctions d’adjointe au chef du département de médecine d’urgence, le 17 décembre dernier.

Dans cette affaire, on pourrait comprendre la décision de l’employeur d’avoir voulu sanctionner une faute de loyauté. La Dre Dion, dit-on du côté du CIUSSS, a refusé de se rallier à la position de l’établissement et a transmis aux médias une correspondance confidentielle. Cela était suffisant pour que le lien de confiance soit rompu.

Il est normal qu’une équipe de gestionnaires vise une certaine solidarité. Mais quand l’institution est publique comme l’est un centre de santé et de services sociaux et que son financement provient exclusivement du gouvernement, le niveau de loyauté ou de discrétion doit-il forcément être le même que dans des entreprises privées?

La Dre Dion elle-même avait exprimé, l’automne dernier, sa conviction selon laquelle «le patient doit primer devant les décisions administratives». Cela était suffisant, selon elle, pour justifier son intervention publique.

La ligne est assurément très mince entre, d’une part, le devoir de réserve et la loyauté à une institution et, d’autre part, l’intérêt du public.

Cela ne fait pas de doute, la Dre Janique Dion a agi, ici, en lanceuse d’alerte. Et en vertu d’une loi adoptée en décembre 2016, elle devrait normalement bénéficier d’une certaine protection. Mais même si cette loi vise à faciliter la divulgation d’actes répréhensibles à l’égard des organismes publics et à établir un régime de protection contre les représailles, son fonctionnement n’est pas aussi limpide. Il suffit de voir quel sort on avait réservé à l’agronome Louis Robert, congédié par le MAPAQ il y a un an...

La Dre Dion soulevait des questions pertinentes sur la qualité des services et des soins offerts au centre Cloutier-du Rivage. Elle a agi de bonne foi, dans l’intérêt du public. Ce qui devient difficile à cerner, ici, c’est la notion d’«actes répréhensibles» normalement identifiés par des dénonciateurs et qui peuvent inclure les cas graves de mauvaise gestion. Mais dans le cas présent, c’est plutôt une opinion personnelle – quoique largement partagée – que la Dre Dion faisait valoir.

Le temps semble d’ailleurs lui donner raison, quoi qu’en pense la ministre de la Santé aux lunettes roses, Danielle McCann. Les commentaires sur le manque de personnel, la diminution des services, les plages horaires non couvertes ou les fréquents renvois au CHAUR, se multiplient depuis quelques mois.

Avec de tels constats et malgré l’interprétation très large que fait la ministre McCann d’un sondage quelque peu tordu, la rétrogradation de la Dre Janique Dion est certainement abusive. Il est difficile de croire qu’elle aurait pu être animée par des objectifs autres que celui de servir l’intérêt du public.