Les artisans de l'industrie du doublage ont lancé une campagne pour sensibiliser la population à l'importance de doubler au Québec les films qui y sont diffusés.

«Doublé au Québec»: protégeons nos artisans!

L'auteur, Charles Olivier, est président régional des jeunes du Parti québécois de la Mauricie.
Récemment, l'association du Parti Québécois de la Mauricie tenait son congrès régional au Collège Shawinigan. Des dix propositions à être acheminées au congrès national de septembre prochain (sur un éventail de 44 propositions originaires), les délégués des cinq circonscriptions ont particulièrement retenu la nécessité de «moderniser la Loi sur le cinéma afin d'y introduire de nouvelles dispositions visant à fortifier le doublage d'oeuvres cinématographiques au Québec». Cela s'ajoute à la plus récente campagne de sensibilisation menée par l'Association nationale des doubleurs professionnels (ANDP) en collaboration avec l'Union des artistes (UDA). 
En somme, il s'agit de soutenir l'emblème «Doublé au Québec» qui sera inséré dans des émissions de télévision pour lesquelles le doublage synchrone ou la surimpression vocale sont faits au Québec. D'ailleurs, quelques capsules humoristiques ont été rendues disponibles sur la plateforme web YouTube et celles-ci connaissent beaucoup de succès. La valorisation du travail accompli par les artisans-doubleurs demeure essentielle à la vitalité de la culture québécoise et nous souhaitons donner suite politiquement à ces démarches pour plusieurs raisons.
La modification législative proposée exigerait des distributeurs que les films étrangers (autres que ceux tournés en langue française) destinés au marché québécois soient doublés au Québec. À juste titre, les données recueillies par l'UDA montrent que l'industrie du doublage québécois préserve l'emploi d'environ 700 personnes et produit annuellement des recettes estimées à 20 millions $.
Souvent méconnues du public, les circonstances laissent présager un risque réel de voir plusieurs voix québécoises s'éteindre au grand écran si la situation actuelle persiste. En effet, les artisans-doubleurs du Québec font les frais d'un décret protectionniste français forçant les distributeurs de films à faire doubler leurs oeuvres en sol français s'ils désirent obtenir un visa d'exploitation. Par cette mesure, le gouvernement français affiche une volonté claire d'écarter de ses salles de cinéma toutes productions dont le doublage a été produit à l'extérieur du cadre européen. 
Revendiqué par les associations artistiques de chaque côté des rives de l'Atlantique, le droit au travail pour cette catégorie a vraisemblablement reçu davantage d'écoute des politiciens français puisque toute demande d'assouplissement de ce décret par le Québec est demeurée lettre morte. Le syndicat des acteurs français a un impact considérable sur les politiques culturelles françaises. En revanche, la répartition d'un seul et unique marché caractérisé par le doublage en langue française de films étrangers (américains pour la plupart) devrait nous préoccuper tout autant. 
S'il est vrai d'affirmer que la population du Québec affiche à 75% une préférence pour le doublage québécois d'oeuvres cinématographiques selon un sondage réalisé par la firme Léger-Marketing, les studios de cinéma n'y perçoivent qu'un vulgaire calcul comptable. De leur perspective, le doublage québécois est associé à des coûts supplémentaires et leur apparaît trop souvent comme une reprise du passage obligatoire imposé par la France. Par conséquent, l'iniquité qui se dessine de côté-ci de l'océan est probante. Partant de ce fait, il est désormais grand temps de réactualiser les propos tenus par l'ex-ministre libérale Liza Frulla lorsqu'elle instaurait en date du 19 juin 1991 dans le projet de loi 117 l'obligation pour les distributeurs d'offrir une version française de leur film si l'exploitation se fait au-delà de 45 jours: «plus de français sur nos écrans, plus rapidement, tout en préservant l'accès des consommateurs aux films en version originale». Certains auront remarqué que le «nationalisme» véhiculé par le Parti libéral du Québec s'est littéralement effrité depuis. Toujours est-il que la loi ne précise pas si le film doit être doublé en France ou au Québec et elle épargne tous les produits cinématographiques entrant sur notre territoire de contenir une version doublée en langue française. 
C'est pourquoi j'estime qu'il est de notre devoir de joindre notre voix à celles des acteurs du doublage, qui nous accompagnent dans nos soirées cinémas. Que cela découle d'une action politique partisane ou encore de citoyens cinéphiles soucieux de la présence québécoise sur nos écrans de cinéma, ensemble, faisons en sorte que l'industrie locale du doublage perdure pour des générations à venir.