Dieu: un mal nécessaire?

En réponse à la lettre de Gérard Marier intitulée «Quel avenir pour les athées du Québec?», publiée dans notre édition du mardi 10 janvier dernier.
Il y a de ces hommes de fort calibre qui étonnent parfois. Le pasteur de Victoriaville écrit en somme qu'il faut croire en Dieu et garder notre tradition religieuse parce qu'on n'a pas de solution de rechange.
Pourtant, la foi ne doit pas découler d'un calcul stratégique. Pas plus d'ailleurs que la pratique des bondieuseries. Après leurs propres analyses et remises en question, les uns concluent que le Créateur du ciel et de la terre n'est en fait qu'une invention de l'homme.
Pour d'autres, l'existence confortable de Dieu est incontestable. Il y a aussi les agnostiques - j'en suis - qui se sont libérés d'un certain lavage de cerveau et qui continuent de s'interroger.
À tout le moins, on peut concevoir, comme le rappelait récemment dans ces pages Réjean Martin, que les conditions millénaires qui ont permis à l'humanité de naître sont complexes.
On ne peut nier que la terre est une infime partie de l'immensité, telle une goutte d'eau dans l'océan. Alors, on croit, on ne croit pas ou on ne sait trop. Mais il serait faible de se laisser influencer dans notre réflexion par la peur. Soit le non-savoir de ce qui pourrait remplacer le Sauveur dans nos vies futures.
Jusqu'au milieu du siècle dernier et un peu plus, il fallait croire pour éviter le feu de l'enfer; maintenant il faudrait croire pour éviter le vide inquiétant de demain.
Coudonc, l'Être suprême d'en haut serait-il devenu un mal nécessaire? Cette imperfection expliquerait peut-être pourquoi, dans sa supposée grande bonté, il a permis le séisme en Haïti qui a fait 225 000 morts. Une terrible tragédie monsieur Marier, qui n'est pas la conséquence de la montée de l'athéisme. Ça s'est passé dans un pauvre pays très catholique, vivant pourtant en harmonie avec la supposée protection du Seigneur!
Roger Matteau
Shawinigan