Des refuges de prestige...

Comment ne pas se réjouir de cet accomplissement hors du commun: les nouveaux locaux d'un concessionnaire automobile de notre ville répondent à la norme «Red Cube»!
On ne peut que féliciter, encenser la lucidité des propriétaires qui ne boudent pas l'innovation et vont même jusqu'à la devancer, ici même à Trois-Rivières.
Chaque soir, nos villes s'allument des feux de ces salles de montre orgueilleuses, généreusement chauffées en hiver, climatisées en été. Sans compter les salles d'attente feutrées, garnies de moquette et munies de téléviseurs. On a envie d'un café? On n'a qu'à se servir. Tout y est propre, astiqué à souhait. On s'y sent comme dans un sanctuaire. Les officiants sont vêtus de façon impeccable et parlent le langage étudié de la courtoisie.
Mais au-delà de cette mise en scène, peut-on se permettre de réfléchir un peu?
Premièrement, je pense au coût écologique de ces salons qui nous incitent à nous procurer prestige et puissance tout en gaspillant notre environnement. Bien sûr, il faut être de son époque, et participer au culte de l'auto entraîne bien quelques désagréments...
Deuxièmement, et c'est ce qui motive surtout ma réflexion, je pense à tous ceux qui vivent dans l'inconfort de logis dégradés et mal chauffés, qui seraient en droit d'envier ces bêtes de métal, dorlotées dans le luxe de leurs palaces. Si j'étais sans-abri, je souhaiterais être cette berline que l'on admire, ce VUS que l'on chérit. J'irais même jusqu'à espérer passer une nuit au chaud dans un de ces refuges de prestige. Comment y serais-je accueilli?
Denyse Décarie
Trois-Rivières