S’il y a quelque chose qu’Yves Lévesque n’aura pas, pour les quatre prochaines années, c’est les coudées franches. Il se retrouve à la tête d’un conseil municipal rajeuni, où des figures qui semblaient éternelles se sont fait montrer la porte.

Des messages à saisir

Il s’est produit quelque chose, dimanche, à Trois-Rivières. Le maire sortant de Trois-Rivières, Yves Lévesque, a obtenu le cinquième mandat qu’il sollicitait mais les électeurs semblent lui avoir envoyé un message de deux façons: en lui donnant une avance beaucoup plus mince que celle qu’on anticipait et en faisant souffler un puissant vent de jeunesse sur le conseil municipal.

S’il y a quelque chose qu’Yves Lévesque n’aura pas, pour les quatre prochaines années, c’est les coudées franches. Il se retrouve à la tête d’un conseil municipal rajeuni, où des figures qui semblaient éternelles se sont fait montrer la porte. 

Dans certains districts de Trois-Rivières, des monuments de la politique municipale sont tombés. Pierre A. Dupont, André Noël et Yves Landry, conseillers municipaux depuis plus de vingt ans, ont été défaits. Joan Lefebvre, Jeannot Lemieux et Marie-Claude Camirand doivent aussi céder leur siège.

Un rapide survol des élus trifluviens permet de constater que le maire n’a plus cette majorité de conseillers qui lui sont généralement favorables. Même s’il est le premier à dire qu’il n’est pas à la tête d’un parti politique, Yves Lévesque pouvait toujours, dans ses mandats précédents, compter sur l’appui d’une majorité de conseillers. Cette fois, il aura du travail à faire.

Il faut reconnaître qu’Yves Lévesque, avec cette nouvelle victoire, vient récolter les fruits de plusieurs de ses projets et de ses initiatives. Il avait demandé à la population de le juger sur son bilan et les électeurs ont reconnu que ce bilan était positif. L’amphithéâtre y est pour beaucoup. L’impact sur le tourisme et sur l’économie est considérable et les électeurs étaient disposés à attribuer une bonne part de ce succès au maire sortant, qui a toujours défendu le projet bec et ongles.

Jean-François Aubin, pour sa part, aura mené une chaude lutte au maire sortant. Sa récolte de 45 % des suffrages est impressionnante, surtout après avoir vu Yves Lévesque obtenir un taux de satisfaction de 79,7 % dans un sondage Segma mené pour Le Nouvelliste et pour Cogeco 106,9 FM. 

Sur le plan des intentions de vote, ce même sondage donnait 64,9 % des voix à Yves Lévesque, contre 31,3 % à Jean-François Aubin. Les trois dernières semaines de campagne auront permis à l’ancien conseiller du district de Marie-de-l’Incarnation de rétrécir à 7 points de pourcentage l’écart de 31 points qui le séparait du maire sortant. Ce n’est pas rien.

Le maire réélu devra tenir compte de ces 24 557 électeurs – en incluant les votes recueillis par André Bertrand – qui se sont déplacés et qui n’ont pas voté pour lui. 

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Ailleurs dans la région aussi des messages ont été envoyés et le «délogisme» a aussi fait son oeuvre en certains endroits. À Shawinigan, où la réélection de Michel Angers n’avait jamais vraiment fait de doute, des piliers de la politique municipale comme Serge Aubry et Alain Lord perdent leur siège à la table du conseil. Conseil qui atteint d’ailleurs la parité hommes-femmes pour la première fois.

À Saint-Tite, une première femme accède à la mairie et déloge André Léveillé, qui avait annoncé son retrait de la politique, avant de finalement tenter un retour. Grand moment pour la politique municipale au féminin, puisque non seulement Annie Pronovost devient mairesse, mais quatre femmes se retrouvent à la table du conseil avec elle.

À Bécancour, la victoire de Jean-Guy Dubois est sans équivoque, tout comme celle, plus étonnante, d’Yvon Deshaies à Louiseville. Du côté de La Tuque, la population a choisi Pierre-David Tremblay, qui devance des candidats «de la place», dont un ancien membre du conseil.

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La grande perdante de la journée de dimanche demeure la démocratie elle-même. Des taux de participation sous la barre des 50 % – dont 47,4 % à Trois-Rivières – demeurent extrêmement décevants.