Des impacts sous-estimés

Lettre adressée au premier ministre du Canada, Justin Trudeau.

La légalisation de quatre plants de cannabis pour fins récréatives aux maisons est de nature, estimez-vous, à aider l’État de façon significative à combattre le marché noir. Malgré l’opposition formelle du Québec et du Manitoba, vous maintenez cette orientation.

Les plants qui pousseront dans une multitude de familles seront, selon vous, autant de munitions offertes à l’État dans sa lutte contre le crime organisé. La légalisation de la culture du cannabis à domicile prend donc l’allure d’une mobilisation. Le message que vous adressez alors aux familles est celui-ci: ne vous demandez pas pour quelle raison vous cultiveriez du cannabis chez vous, demandez-vous plutôt pour quelle raison vous ne le feriez pas.

Monsieur Trudeau, avez-vous bien évalué l’impact de la culture de cette plante au sein des familles? La vie familiale sera-t-elle plus heureuse? C’est la question essentielle à se poser. Qui peut répondre? Mais la vie sera certainement plus compliquée. Ne l’est-elle pas déjà assez?

Légaliser la culture du cannabis jusque dans les familles est une décision politique extrêmement sérieuse. Vous ne l’avez sûrement pas prise à la légère; vous avez sans doute consulté beaucoup d’experts en cette matière. Baudelaire a été l’un de ceux-là, je l’espère, car son expertise dans le cannabis est reconnue mondialement pour sa qualité.

J’ai relu de larges extraits de son ouvrage Les paradis artificiels avant de vous écrire. Or, il porte un jugement accablant sur cette drogue. «Je montrerai, a-t-il écrit, les inconvénients du haschich, dont le moindre […] est d’être antisocial.» Car c’est une drogue «qui fait enfler le moi, qui le rend hyperbolique», écrit-il encore. Ce moi provoque alors le délitement du lien social et donne des joies qui sont «des joies solitaires», conclut-il.

Le témoignage de plusieurs ex-consommateurs que j’ai interrogés avant de vous écrire cette lettre sur l’effet du cannabis a confirmé largement son constat. Ils m’ont tous dit que, lorsqu’ils en consommaient, ils entraient dans une bulle, devenant étrangers aux autres.

Antisocial, le cannabis fera mal au maillage familial. Déjà les parents peinent à assumer le vivre ensemble de la famille, à la protéger contre sa désunion. Si le cannabis est une arme contre le crime organisé, elle se retournera contre la famille elle-même.

Monsieur le premier ministre, ou bien vous n’avez pas lu Baudelaire et interrogé d’ex-consommateurs, et alors vous n’aimez pas la vérité; ou bien vous l’avez fait et alors vous n’aimez pas la famille. Mais je serais très heureux si vous pouviez me prouver que c’est là un faux dilemme.

Gérard Marier, prêtre

Victoriaville