Selon l’auteure de cette analyse, l’équipe de François Legault qui a été élue en octobre 2018 aura de nombreux défis à court et moyen terme.

Des changements qui ne laissent pas indifférent

L’auteure, Julie Boulet, a été députée de Laviolette à l’Assemblée nationale de 2001 à 2018. Elle a également occupé plusieurs fonctions ministérielles, notamment au Tourisme, aux Transports, à l’Emploi et à la Solidarité sociale.

L’année 2018 vient de se terminer, avec sa pléiade de surprises, de situations particulières et de changements importants qui nous touchent tous, soit de près ou de loin. Une chose est certaine, c’est que l’on ne peut rester indifférent.

Après 15 années de gouverne presque ininterrompue du Parti libéral et après plusieurs décennies d’alternance PQ et PLQ, l’arrivée du gouvernement caquiste s’avère un événement marquant et significatif pour le Québec. Il s’agit d’un changement majeur dans la société québécoise.

La grande force des gouvernements libéraux qui se sont succédé au cours des dernières décennies est, sans contredit, l’économie et, à mon humble avis, tous en conviennent. L’économie se portant plutôt bien, la population a choisi de faire confiance à un nouveau gouvernement en tournant fermement le dos au Parti libéral. Un nouveau chapitre de l’histoire du Québec est en voie de se vivre et de s’écrire. Le PLQ, ayant subi la pire défaite de son histoire, se retrouve dans une situation précaire. Ses dirigeants et ses membres devront entreprendre une introspection approfondie et se redéfinir afin de se relancer pour la suite des choses. Une communication plus efficace combinée à une meilleure compréhension des réalités et des enjeux régionaux sont un passage obligé. Les facteurs causant cette humiliante défaite s’expliquent, entre autres, par l’austérité économique imposée aux Québécois, les salaires consentis aux médecins spécialistes, le dossier de l’immigration qui a provoqué une scission avec le Québec des régions et, bien entendu, l’usure du pouvoir.

La légalisation du cannabis au Québec est un autre grand changement qui a marqué 2018, et qui ne laisse personne indifférent,selon Julie Boulet.

Constituée d’un nombre impressionnant de nouveaux élus sans expérience parlementaire, issus de toutes allégeances et ayant, pour la plupart, un parcours professionnel intéressant, l’équipe de Monsieur Legault aura de nombreux défis à court et à moyen terme. Que ce soit l’apprentissage de la vie parlementaire, la cohésion et la solidarité du caucus, particulièrement essentielle lors des périodes de turbulence, nul doute que le premier ministre et sa garde rapprochée auront du pain sur la planche afin de bien encadrer tout ce beau monde et répondre aux attentes très élevées de l’ensemble des citoyens du Québec à l’égard de ses multiples promesses électorales notamment.

Au cours de la dernière année, le populisme a pris racine au Canada. À ce titre, les gouvernements de M. Legault et de M. Ford en Ontario rejoignent ceux du président Macron et du président Trump pour ne nommer que ceux qui nous sont plus familiers. Ce mouvement est de plus en plus répandu à l’échelle planétaire. Il se caractérise principalement par l’appui massif des travailleurs à salaire moyen qui souhaitent que les élus aillent au-delà du discours et qu’ils agissent véritablement sur la protection de leurs emplois, de leur pouvoir d’achat et de leur qualité de vie. La confiance à l’égard de ceux qui nous gouvernent est sérieusement mise à l’épreuve. Le récent mouvement des gilets jaunes, en France, en est un parfait exemple.

La dernière année nous a également permis de constater que l’écart entre les riches et les pauvres ne fait que s’accentuer. La classe moyenne est une espèce en voie d’extinction. Bien que la fiscalité québécoise permette d’équilibrer la richesse par le biais des impôts, l’effet pernicieux du système réside dans les taxes à la consommation qui ne cessent de se multiplier et de croître à une vitesse plus grande que les augmentations salariales consenties à l’ensemble des travailleurs qui peinent de plus en plus à joindre les deux bouts. Le gouvernement Legault a promis de remédier à cette situation. La prochaine année nous permettra de vérifier si les bonnes intentions feront place à des actions concrètes.

À ce ras-le-bol de plus en plus généralisé, s’ajoute l’intervention des gouvernements en soutien aux multinationales qui profitent de généreuses subventions, tout en continuant à verser des primes scandaleuses à leurs dirigeants qui n’ont aucun scrupule à congédier des milliers de travailleurs au nom de la restructuration.

Du côté fédéral, l’année 2018 aura été marquante par des décisions politiques douteuses ou à tout le moins très discutables. Procéder, à coût de milliards de dollars pris dans les poches des contribuables, à l’acquisition d’un pipeline que l’on ne peut construire, constitue un très grand risque politique. À une époque où l’environnement est sur les lèvres de tous les politiciens, en particulier sur celles de Monsieur Trudeau, cette décision sera très certainement sur la table des débats lors des prochaines élections fédérales. Le dossier du pétrole sale versus l’électricité propre sera, sans nul doute, diviseur et polarisant.

La légalisation du cannabis ne laisse personne indifférent. Même s’il s’agit d’une promesse phare du Parti libéral du Canada, sa mise en œuvre a engendré des discussions tumultueuses avec les provinces et territoires. Son déploiement chaotique et la gestion des approvisionnements qui fait cruellement défaut en font un dossier mal préparé, précipité et surtout très controversé. Parions que cette promesse de M. Trudeau lui coûtera très certainement plusieurs votes lors des prochaines élections fédérales.

Finalement, M. Trudeau devra sûrement s’expliquer pour les déficits générés à chacune des années de son premier mandat, à une époque où l’économie canadienne était bien portante. En plus d’alourdir le passif qu’il lègue aux générations futures, on peut s’interroger sérieusement sur la marge de manœuvre dont il pourra bénéficier en cas de stagnation ou de récession économique. L’électorat aura bientôt la possibilité de se prononcer sur le bilan libéral. Le NPD étant affaibli par le peu d’engouement de la population à l’égard de son chef, la bataille devrait se faire entre conservateurs et libéraux. À suivre...