L'auteur de cette lettre propose des solutions pour la gestion des déchets nucléaires.

Dépotoir de déchets nucléaires: Hydro-Québec a la mémoire courte

L'auteur, Jacques Dagenais, est intervenant privé à Gentilly depuis 1999 et membre aviseur du Mouvement Sortons le Québec du nucléaire. 
Dans un article de Brigitte Trahan dans Le Nouvelliste du 21 avril dernier, la porte-parole d'Hydro-Québec, Véronique Trépanier, indique qu'«Hydro-Québec n'a aucune entente avec les organisations qui visent présentement l'aménagement de sites d'entreposage de déchets nucléaires de faible et moyenne intensité».
Elle réagissait aux propos de Philippe Giroul, porte-parole du MSQN, qui indiquait ses craintes de voir les déchets de Gentilly-1 et Gentilly-2 se retrouver dans ce site en bordure de la rivière des Outaouais à la frontière du Québec et de l'Ontario.
Or, dans l'annexe 4 du rapport d'Hydro-Québec sur la fermeture de Gentilly-2 du 2 octobre 2012, il est clairement dit que certains déchets de faible et moyenne intensité pourraient être entreposés dans un stockage en surface et que la construction d'un site commun à EACL, Énergie Nouveau-Brunswick et Hydro-Québec est une des possibilités envisageables.
Les 10 % du site sur les rives de la rivière des Outaouais prévus par EACL pour des déchets autres que ceux d'EACL, soit 10 000 mètres cubes sur un million total, représentent une capacité correspondant parfaitement aux besoins de stockage de ce type de déchets provenant de Gentilly-1 et 2 et de Point Lepreau au Nouveau-Brunswick.
En plus des dangers liés à l'opération de ce site de déchets nucléaires, les centaines de transports requis sur de longues distances de telles matières dangereuses représentent des risques inacceptables. Les populations menacées par de tels transports ont manifesté fortement leur opposition à ce type de transfert ces dernières années.
Seules les populations des environs des centrales, déjà menacées par la présence de ces déchets, sont susceptibles d'accepter une solution de gestion permanente près de chez eux qui diminuera leur niveau de risque actuel.
Hydro-Québec a la pleine responsabilité de la construction d'un dispositif pour les déchets de moyenne activité de Gentilly-2 qui nécessitent une évacuation en profondeur. Il apparaît plus opportun de construire un site multifonctionnel pour inclure les déchets de faible intensité qui nécessitent un traitement particulier à l'ensemble des déchets de moyenne intensité et si possible, même le combustible irradié. L'opération devrait se faire en partenariat avec le gouvernement fédéral et inclure les déchets de Gentilly-1.
La position de Gentilly-1 et Gentilly-2 sur le bord du fleuve élimine le site même de la centrale comme lieu d'enfouissement permanent.
Cependant les environs immédiats de Gentilly et de Trois-Rivières offrent de nombreux sites avec des formations de granite propices à la construction d'un site d'évacuation géologique en profondeur suffisamment loin des populations, du fleuve et autres cours d'eau pour être sécuritaires et assez proches pour que les transports requis soient acceptables aux populations.
Tout comme pour le déclassement des deux centrales de Gentilly, il n'y a aucune raison qui justifie de reporter à quarante ans les travaux de construction d'un centre de gestion des déchets qui y sont stockés.
Des milliards de dollars sont déjà provisionnés chez EACL et chez Hydro-Québec pour ces déclassements qui pourraient commencer immédiatement et créer dans la région des centaines d'emplois de haut niveau, et ce, pour un horizon de dix ans.
Aucune des raisons indiquées par les gens de la centrale pour reporter le déclassement ne tient la route. Les principales opérations de déclassement sont maintenant robotisées et rendent parfaitement inutile une mise en dormance pour quarante ans. En fait, les premières phases de démolition des tubes de force du réacteur sont identiques à celles prévues pour la réfection, elles sont déjà toutes planifiées et autorisées par la Commission canadienne de sureté nucléaire.
De plus, la réalisation du site canadien de gestion du combustible irradié dans le nord de l'Ontario qui nécessiterait plus de 700 transports sur 15 ans à travers le Québec pour le combustible de Gentilly-1 et 2 et le double pour celui de Point Lepreau est totalement utopique. Une solution locale de remplacement devrait être étudiée et à défaut une bunkerisation devrait être envisagée.
Lors d'un reportage récent, le personnel de la centrale a affirmé que la décision d'un déclassement différé à 40 ans était celle d'Hydro-Québec et que le gouvernement n'a pas été consulté.
Il est donc important que les gouvernements tant provincial pour Gentilly-2 que fédéral pour Gentilly-1 soient interpellés par les élus locaux de la région pour que le déclassement de Gentilly-1 et 2 commence immédiatement tout comme la construction d'un centre de gestion des déchets nucléaires incluant ou non le combustible irradié.
Ce projet a le potentiel de devenir un des plus grands chantiers du Québec, les fonds sont déjà en grande partie provisionnés. Une coentreprise fédérale-provinciale devrait en assurer la réalisation immédiatement.