Les prochaines élections: l'occasion d'exercer notre mémoire et notre jugement.

Démocratiquement infecte

C'est cette remarque de René Lévesque qui me vient à l'esprit lorsque je pense aux faits suivants.
3 octobre 2016. C'était la date prévue par la loi (Loi sur les élections à date fixe) pour la prochaine élection au Québec. Voici ce qu'avait dit le ministre des Institutions démocratiques en déposant son projet de loi : «Ce ne sera plus l'intérêt partisan, ni la conjoncture politique, ni le calcul stratégique qui va déterminer la date des élections».
Quel est ce ministre? Bernard Drainville du Parti québécois. D'après vous, il y a combien de mois que cette loi fut adoptée? Réponse: 8 mois (juin 2013). Voici le message sur le site Internet du ministre:
«Québec, le 14 juin 2013. - Le temps où la date des élections était fixée en fonction des intérêts du parti au pouvoir est maintenant chose du passé; le projet de loi sur les élections à date fixe a finalement été adopté aujourd'hui, à l'unanimité, par les députés de l'Assemblée nationale. Ce sont des mesures d'intégrité démocratique qui contribueront à réparer le lien de confiance entre les électeurs et leurs élus, et qui encourageront une plus grande participation électorale. Le gouvernement du Parti québécois s'était engagé à instituer des élections à date fixe, et une fois de plus, nous livrons la marchandise», a ajouté le ministre.
Huit mois après son adoption, madame Marois jongle avec l'idée de transgresser l'esprit de cette loi. Démocratiquement infecte, dirait sans doute René Lévesque!
Savez-vous que les autres provinces ont adopté ce principe démocratique bien avant nous? Ce fut en 2001, la Colombie-Britannique qui libéra ses électeurs de cette dictature des partis au pouvoir. Douze ans plus tard, dans la Belle Province...
La manipulation du calendrier électoral vise à favoriser le parti au pouvoir comme le rappelle le politicologue Don Dessrud: «... il est donc possible que les gouvernements remportent des élections qu'ils n'auraient autrement pas gagnées...»
Bientôt, le Québec sera plongé dans une élection. C'est peut-être l'occasion d'exercer notre mémoire et notre jugement.
Que doit-on penser des trois faits suivants:
1 - Dernièrement, le gouvernement du Parti québécois annonçait l'implantation d'une cimenterie à Port-Daniel. Cette cimenterie utilisera du coke de pétrole qui émettra une quantité importante de gaz à effet de serre. Pourquoi le gouvernement refuse-t-il de soumettre ce projet au BAPE comme l'exige la loi?
2 - La promesse d'abolir la taxe santé. Voici cette promesse sur le site du Parti québécois au début de 2012 en vue des élections: «Un gouvernement du Parti québécois abolira la taxe santé et redonnera aux familles québécoises les 400 dollars que leur ont pris les libéraux de Jean Charest qui ont surtaxé la classe moyenne au cours des neuf dernières années.»
Cette promesse ne fut pas tenue. Cependant, elle a procuré son potentiel de votes. Voici ce qu'a dit le journaliste Michel Hébert à ce sujet: «...Après avoir entendu Pauline Marois à la télé, un père de famille lui dira: Bon ben, j'pense que je vais voter pour le PQ. Si je calcule bien, moi pis ma blonde, on va mettre 400 $ dans nos poches. Et comme faut en gagner 800 $ pour en avoir 400 $, bon ben, mon idée est faite... J'étais indécis, mais je viens de voir la lumière''»...
Cher lecteur, vous rappelez-vous ce qu'il est advenu de cette promesse? «Le gouvernement Marois fait marche arrière sur un de ses engagements: la taxe santé de 200 $ par contribuable, tant décriée par les péquistes, s'appliquera finalement pour l'année fiscale 2012.»(Le Devoir 10 octobre 2012)
Je rappelle que pour 2013, la promesse initiale prévoyait que seuls les revenus de 130 000 $ seraient mis à contribution. La réalité sera brutale et ramenée à 42 000 $!
3 - Lors de la campagne électorale de 2012, le Parti québécois s'est engagé à maintenir le gel des tarifs d'électricité du bloc patrimonial au cours de son mandat. Inutile de commenter.
Certains jugeront que l'on prend encore les électeurs québécois pour des valises. D'après moi, les stratèges des partis politiques ont bien évalué l'âme des Québécois et ont bien pris soin de mettre à jour les méthodes à la Duplessis.