La rentrée scolaire qui approche à grands pas donne une belle occasion de réfléchir sur notre système d’éducation, sur les gains qui ont été faits au fil des ans et sur ceux qui restent encore à faire.

Déjà la rentrée!

Sacré Charlemagne! Grâce à lui, l’école transmet le savoir depuis 1200 ans… Au Québec, en 1967, l’enseignement de masse a remplacé les études classiques qui, jadis, jalonnaient le développement du raisonnement, avant l’entrée à l’université. Le latin résumait à lui seul, la pensée, la culture, l’art et la foi, en imposant sa rigueur…

Au XIIe siècle, les universités apparaissent en Europe avec leurs quatre types de facultés: la théologie, le droit, la médecine et les sept arts libéraux. En 1881, l’instruction gratuite, obligatoire et laïque, apparaît en France... Première victoire: l’éducation pour tous!

En 1964, la crise de l’enseignement est universelle. Le rapport Parent marque: 1) la création du ministère de l’Éducation du Québec; 2) la création des maternelles; 3) la création des polyvalentes et des cégeps en remplacement des collèges classiques dirigés par des religieux (début de la laïcité); 4) la formation universitaire des enseignants; 5) l’accès plus facile aux universités en dehors de toute appartenance sociale.

Avant le dépôt de ce rapport, le système d’éducation était peu démocratique, élitiste et sexiste. Maintenant, les femmes, devenues libres de poursuivre des études supérieures, assument leurs choix de vie. Elles sont à la fois reines de beauté, célibataires, épouses, mères (au foyer), aidantes naturelles et carriéristes… tout ça, pendant que les hommes bénéficient d’une seule de ces options… Deuxième victoire: les femmes accèdent au savoir!

La prochaine bataille n’est pas gagnée... Elle déterminera le «droit pour tous les habitants de la Terre à vivre dans un monde dont le futur n’est pas compromis par l’irresponsabilité du présent» (projet en marche, «Déclaration des droits de l’humanité», ONU, 2015). L’éthique du progrès remplacera-t-elle la morale et le raisonnement d’autrefois? Le progrès humain n’est pas tributaire du progrès scientifique et technique. Les gouvernements, à la remorque des multinationales, pourront-ils sauver la démocratie et sanctionner les fautifs?

L’éducation inculque les valeurs humaines. Mais le grand rôle de l’État dans l’instruction publique risque de devenir une mise en marché des nouvelles technologies et orientations, ciblant les futures générations... Pourquoi cet engouement démesuré pour l’intelligence artificielle, le dégenrement, et la gestation pour autrui (GPA) présentée comme un geste altruiste?

La GPA est un marché en pleine expansion, ouvrant la porte à l’eugénisme et au transhumanisme, selon Louise Vandelac, professeure de sociologie à l’UQAM... Cette technique consiste à implanter un embryon manufacturé et génétiquement orphelin, «chez» une femme qui loue son ventre avant de livrer l’enfant aux acheteurs. L’agence «Canadian Fertility Consulting», demande environ 100 000 $ pour ce service de santé, qui occulte les effets nocifs de l’environnement sur la fertilité…

Les futures mères, qui portent leur enfant biologique, ne sont pas rémunérées, et pour cause; la vie se donne, elle ne se vend pas! Le «droit de l’enfant» aura toujours priorité sur le «droit à l’enfant»!

L’éducation, depuis vingt ans, est devenue une marchandise, composée des étudiants, des chercheurs et du savoir lui-même, qu’il faut vendre au plus grand nombre. Les universités «jouent le jeu» et participent à des opérations de relations publiques, en partageant leurs connaissances avec les lobbys.

Alain Deneault, philosophe canadien et auteur de La médiocratie, écrivait en 2015: «Face à un ordre qui met en péril 80 % des écosystèmes, qui permet à 1 % des plus riches de détenir 50 % des actifs mondiaux, qui détruit sous nos yeux l’état social, on ne peut pas se permettre de continuer à jouer le jeu»… Il faut donc résister, en évitant la facilité, et savoir que nous sommes nombreux à espérer le retour de balancier. Les injustices engendrées par cette médiocratie nous conduisent au bord de la révolte.

«Si la bêtise ne ressemblait pas, à s’y méprendre, au progrès, au talent, à l’espoir ou au perfectionnement, personne ne voudrait être bête», écrivait Robert Musil, en 1932. Les temps ont changé, les médiocres ont pris le pouvoir, et les universités ne sont plus des écoles de pensée, mais des usines à diplômés. Les professeurs, bien malgré eux, sont les otages d’un système qui les empêche de parfaire leur enseignement. La fierté du travail bien fait s’est transformée en illusion du résultat.

Revisitons nos classiques, pour conjuguer ensemble, la nature, l’amour, la vie et la liberté, garants d’un avenir heureux, qu’on appelle le progrès humain. Diplômés ou non, nous sommes tous dotés d’une intelligence naturelle et unique! «Nullius in verba», «ne croire personne sur parole»…

Bon succès!

Denyse St-Onge

Trois-Rivières