Débarrassons-nous de tous les partis fédéralistes

Je connais peu de nations qui refusent de s'autogouverner elles-mêmes. Rien de plus normal que de voir à ses propres affaires et de prendre ses propres décisions quant à la conduite de son destin, surtout qu'un peuple comme celui du Québec - il l'a déjà prouvé à maintes reprises par plusieurs de ses réalisations - a tous les outils et des atouts exceptionnels pour non seulement accéder, mais aussi pour briller au sein du concert des nations.
Quand je lis des inepties telles que celles dont nous a abreuvés Malik Hammadouche dans le Carrefour des lecteurs de votre quotidien le jeudi 6 août, des propos qui frôlent la québécophobie et qui plongent dans le déni de toute l'histoire du peuple québécois, son peuple soit dit en passant, je me désespère de constater tant de mépris et tant d'ignorance à l'égard de ce que nous sommes, nous les Québécois, dans ce coin d'Amérique et à l'égard d'une histoire qui nous a valu bien des malheurs, notamment celui d'avoir vu mener à l'échafaud plusieurs de nos frères lors des rébellions de 1837-1838, tout simplement parce qu'ils réclamaient la justice sociale, le suffrage universel, l'égalité des droits et la démocratie.
Il y aurait tant à dire ici sur les perversités du conquérant qui se sont perpétuées au-delà de l'acte confédératif imposé de 1867 et même au-delà du rapatriement de 1982 d'une Constitution qu'on a voulu nous enfoncer dans la gorge mais que, heureusement, tous partis confondus à l'Assemblée nationale, nous avons refusé de signer. Il y a des limites à vivre à genoux.
Donc, nous ferions «de sacrés fous de nous», nous, hommes et femmes du Québec, parce que nous oserions voter pour le Bloc québécois le 19 octobre prochain et dire non à ce Canada des Harper, Mulcair et Trudeau qui n'a rien à nous offrir, qui a les politiques de ses intérêts (ce qui est normal) et qui est mené majoritairement (qu'on le veuille ou non) par une nation voisine de la nôtre, majoritaire, et qui gruge plus de la moitié de nos impôts à des priorités qui ne sont pas les nôtres. Non monsieur, nous ne sommes pas Canadiens. Et quand bien même vous vous appuieriez sur le discours légaliste, nous le sommes ni dans l'âme ni dans le coeur.
Que cela vous contrarie n'a aucune importance dans cette lutte que nous poursuivons et que nous poursuivrons pour accéder à notre pleine indépendance. Comme tous les peuples de la Terre, nous avons droit à cet épanouissement et à cette plénitude. Nous ne sommes pas des sous-hommes. Il n'y a aucune raison pour que nous acceptions de vivre sous l'autorité (bienveillante ou malveillante, la question n'est pas là) d'une autre nation d'autant plus que sans elle - sans ses politiques axées autour de l'économie pétrolière dévastatrice pour le Québec - nous aurions une des meilleures économies du monde, une économie qui en termes de PIB se situe déjà parmi les trente premières puissances du monde.
Je ne peux comprendre cette absurdité du discours qui veut que nous nous débarrassions de Harper en votant pour un autre parti fédéraliste; c'est ce que les Québécois ont fait en 2011 et Stephen Harper est quand même devenu premier ministre. Il est temps que les Québécois comprennent que tant que le gouvernement fédéral - tous partis politiques fédéralistes confondus - détiendra la grammaire générative du politique, nous ne pourrons posséder la maîtrise de notre destinée.
En somme, opter pour le NPD, le PLC ou le PCC c'est voter pour notre impuissance politique, c'est nous renier nous-mêmes, c'est nous piéger politiquement. Le suicide collectif n'est pas une alternative. Voter pour le Bloc québécois, c'est nous préparer à décider nous-mêmes de notre aventure dans le monde.
Gilles Toupin
Journaliste et écrivain
Trois-Rivières