De l’utilité des archives, qui s’en soucie?

L’auteure, Suzanne Girard, est archiviste à la retraite et habite Trois-Rivières.

En 2017, il y a 39 services d’archives privées qui affichent fièrement un «certificat d’agrément» les plaçant, tous, dans la catégorie des partenaires privilégiés de Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ). 

Présents dans 33 circonscriptions électorales du Québec, ces institutions ont pignon sur rue tant dans les grands centres urbains qu’en région. Leur mission est la sauvegarde et la mise en valeur des archives rappelant la carrière d’individus, l’histoire de familles, d’organismes ou d’entreprises privées. Ensemble, ces organismes préservent, classent et rendent accessibles, aux chercheurs de toute provenance, plusieurs kilomètres de documents de toute sorte, du XVIIe siècle à nos jours! 

De l’utilité des archives, parlons-en. Qui d’entre nous n’a pas déjà visité une exposition où l’on y présentait de vieux documents un peu jaunis? Qui n’apprécie pas un bon documentaire relatant la vie d’une personnalité ou une page d’histoire? Qui n’aimerait pas pouvoir retracer et lire des lettres écrites par son ancêtre? Pour permettre ce type de projets, il nous faut les archives. Pour qu’elles soient disponibles, il faut des professionnels qui les sélectionnent, les décrivent et les diffusent. 

Le nerf de la guerre, c’est l’argent. Ces derniers mois, le ministère de la Culture et des Communications du Québec (MCCQ) a encore réduit les budgets aux institutions culturelles et patrimoniales, dont celui de BAnQ. Par ricochet, le programme d’agrément, géré par BAnQ, subit, malheureusement, des modifications qui diminueront drastiquement le soutien au fonctionnement d’organisations déjà en manque de ressources. Cette réforme n’est pas sans déclencher insatisfaction et inquiétude. 

De l’utilité des archives, qui s’en soucie? D’abord, ceux et celles qui les utilisent. Ceux et celles qui les ont produites ne sont souvent plus là pour les défendre. Bien sûr, plusieurs associations et regroupements ont fait entendre leur voix, principalement à Montréal. Mais qu’en est-il en région, alors que le problème est tout aussi inquiétant sinon plus menaçant.

Pourtant, le premier ministre Philippe Couillard a déjà affirmé: «Notre culture nous définit et nous en ferons la promotion partout. Pour qu’elle soit disponible au plus grand nombre, nous devons soutenir les milieux culturels de manière structurée et concertée pour nous assurer de la présence des œuvres et des produits culturels québécois, d’abord chez nous, et ailleurs dans le monde». De plus, il faut savoir qu’il y a deux services d’archives agréés dans la circonscription électorale de Roberval, fief du premier ministre Couillard.

Certes, l’éducation et la santé sont des domaines qui retiennent plus facilement l’intérêt du public mais le milieu de la culture, de toutes les disciplines, écope, ces dernières années particulièrement, des coupes du gouvernement. BAnQ, les «agréés» et les utilisateurs d’archives privées ont raison d’appréhender la suite des choses. 

De l’utilité des services d’archives «agréés», alors là, qui s’en soucie? Je me permets d’espérer que madame Julie Boulet, députée de Laviolette et ministre responsable de la région de la Mauricie, monsieur Jean-Denis Girard, député de Trois-Rivières et vice-président de la Commission de l’administration publique, ainsi que monsieur Donald Martel, député de la CAQ de Nicolet-Bécancour, soient au nombre des élus qui s’en soucient, puisque les Archives du Séminaire de Trois-Rivières et le Centre régional d’archives du Séminaire de Nicolet ont été «agréés» dès les premières années du programme d’agrément (1990, 1991).

Quant au ministre responsable de la région de l’Estrie et député de Sherbrooke, où trois services d’archives sont des «agréés», monsieur Luc Fortin, qui est également ministre de la Culture et des Communications, on attend toujours de sa part des gestes concrets prouvant qu’il s’en soucie.