De l'utilité de la dette en campagne électorale

La dette du Québec est devenue l'épouvantail de service. Pourtant «l'histoire nous fournit de nombreux exemples de pays qui, malgré une dette publique beaucoup plus élevée que la dette du Canada, ont fait progresser leur économie. Par exemple, des nations aussi riches que les États-Unis, le Royaume-Uni et le Japon ont toutes eu, à une époque ou à une autre, un ratio de la dette au PIB supérieur à 100 %», nous rappelle l'Association des comptables généraux accrédités du Canada.
Et Pierre Fortin calcule que nous sommes moins endettés que les Japonais, les Américains, les Belges, les Français et les Britanniques.
Pourquoi sommes-nous endettés? La réponse est simple: nos recettes sont inférieures à nos dépenses. Comment améliorer notre situation? La réponse est tout aussi simple: augmenter nos recettes ou diminuer nos dépenses.
Couper dans les dépenses
Là où la situation devient plus ambiguë, c'est lorsqu'on se rend compte que nos ténors autoproclamés de l'économie ne voient que la seconde solution et oublient la première. On n'en finit plus de couper dans les services publics, année après année, budget après budget. Notre situation s'est-elle améliorée? Pas du tout! Mais nos services ne cessent de se dégrader.
Voici d'ailleurs l'opinion de Paul Krugman sur l'effet réel d'une telle solution en période de récession: «Couper 100 milliards de dollars dans les dépenses alors qu'on se trouve dans une trappe à liquidité provoquera une baisse du PIB, à la fois directement à travers la réduction des achats de l'État et indirectement parce qu'une économie affaiblie entraîne des coupes dans le privé. Beaucoup d'études empiriques ont été conduites sur ces effets depuis le début de la crise, et elles laissent entrevoir une baisse finale du PIB avoisinant 150 milliards de dollars, voire plus.»
Augmenter les recettes
En 2012, selon l'OCDE, le taux d'imposition des sociétés au Japon étaient de 39,5 %, de 39,1 % aux États-Unis, de 34,4 % en France, de 30,2 % en Allemagne, de 30 % en Australie et de 26,1 % au Canada. N'y aurait-il pas là un début de solution?
La situation devient tout à fait loufoque lorsqu'on constate que nos grands gestionnaires oublient non seulement d'augmenter nos recettes, mais s'acharnent même à les diminuer. Voici ce qu'écrivait Jean-Robert Sansfaçon dans Le Devoir en 2011: «De 19,5 % qu'il était en 2008, depuis 2000, la part de l'impôt des entreprises dans les recettes fédérales a chuté de 14,5 % à 11 %. En théorie, cela devait les inciter à investir davantage pour améliorer leur productivité. Dans la pratique, les chiffres nous apprennent qu'entre 2000 et 2010, les investissements ont chuté de 7,7 % à 5,5 % en proportion du PIB... Où est allé l'argent? Dans le compte de banque puisque, depuis 2008 seulement, les sociétés canadiennes ont accru leur encaisse de 90 milliards.»
Parallèlement, le Canada signe des ententes sur la double imposition avec de nombreux pays, incluant tous les paradis fiscaux bien connus. Selon les calculs d'Alain Deneault, en 2012, 155 milliards $ reposaient dans des paradis fiscaux, bien à l'abri de l'impôt canadien. Évaluation conforme à ce que nous apprenait André Lareau, professeur de droit fiscal à l'Université Laval: entre 2003 et 2008, les investissements canadiens directs dans les paradis fiscaux sont passés à 146 milliards de dollars.
Et ce n'est pas fini
En 2010, on apprend «que le Québec est le champion canadien de l'aide aux entreprises: l'État consacre en moyenne 3,6 G$ par an pour soutenir les entreprises de la province. Le double de la somme versée par Queen's Park en Ontario.»
Et il s'en trouve encore, en pleine campagne électorale, pour promettre d'éliminer les commissions scolaires, d'abolir les agences de santé et de services sociaux, de privatiser la Société des alcools, de geler les budgets de tous les ministères pendant cinq ans, de ne remplacer qu'un départ à la retraite sur deux et de diminuer les recettes de l'État en promettant des baisses d'impôts. Malhonnêteté ou ignorance?
Jean-Yves Proulx
Trois-Rivières