Certains événements tout féminins, comme «Une fille qui court», ont comme but très louable de permettre aux femmes de se fixer un objectif réalisable, de s'investir dans l'atteinte de ce but et de se rassembler dans une activité célébrant leurs efforts. Mais la ségrégation des sexes dans des activités de toutes sortes est-elle un phénomène qui regagne du terrain?

De l'homme de Cro-Magnon à la femme de crocs mignons...

Ce matin, en préambule à la mise en ondes d'une station radiophonique locale, on présentait une série de six messages publicitaires. La diffusion consécutive de quatre de ces informations transmises au consommateur comportait une similitude: toutes concernaient la participation féminine à des activités sociales.
La première publicité invitait les femmes à une activité qui aura lieu lors d'un «week-end 100 % filles». La deuxième information consistait en une invitation à participer à un événement organisé par le Regroupement des femmes de carrière. Le troisième message s'adressait aux femmes souhaitant s'inscrire à l'événement annuel du défi de course «Une fille qui court». Le dernier message publicitaire invitait les femmes à un «souper hebdomadaire à rabais pour les dames».
Mon attention a été spontanément attirée par ces invitations successives qui s'adressaient particulièrement aux femmes. 
Mon présent clin d'oeil ne consiste pas à raviver la polémique de discrimination envers les sexes. Je ne souhaite pas non plus éveiller les stéréotypes, qu'ils soient d'iniquité, d'inégalité ou de soumission, envers les femmes d'hier; mon commentaire n'est qu'une simple constatation d'une tendance sociale qui me semble en contradiction avec l'action des valeureux instigateurs et défenseurs du traitement égalitaire des parts et des droits envers les deux sexes.
Je souhaite, dans le respect le plus absolu, tout simplement m'exprimer sur les conséquences des changements de valeurs sociales depuis quelques années. Ici, je me questionne sur les orientations sociales privilégiées par nos «enfants-parents» d'aujourd'hui. Mon propos n'est donc pas une critique négative mais bien une simple préoccupation suite à une réflexion spontanée; une photographie commentée du moment!
Depuis le début des temps, de «l'homme des cavernes à l'homme des tavernes», la virilité masculine dominait la planète et... la femme. 
Ma génération des 60 ans se souvient des: «Papa va travailler pendant que maman reste à la maison»; comme si maman, elle, ne faisait rien pour les 6, 7 ou 8 enfants à la maison! Je me rappelle des: «Papa lit le journal pendant que maman prépare le souper»; comme si papa pouvait, lui seul, se reposer de sa journée de dur labeur! Quelle sombre époque! Quelle honte je ressens aujourd'hui de constater l'inégalité, l'iniquité et la soumission imposées à nos dévouées et vaillantes mères.
Mais qu'en est-il aujourd'hui avec la génération des 25-35 ans?
N'assistons-nous pas à des: «Papa et maman vont travailler pendant que bébé est à la garderie»? Ne voyons-nous pas des: «Maman va travailler pendant que papa reste à la maison»? N'entendons-nous pas des: «Maman clavarde sur les réseaux sociaux pendant que papa va chercher le souper au restaurant»? 
Ce constat, quoique caricaturé, ne reflète-t-il pas une attitude sociale qui correspond à une certaine réalité du quotidien de nos successeurs? 
Je ne porte aucun jugement sur le «modèle d'élevage» de nos petits-enfants; l'avenir se chargera bien lui-même de nous présenter les résultats du «choix de famille» de nos enfants! 
Là, cependant, où je me questionne, c'est lorsque je constate l'intégration insidieuse de la ségrégation homme-femme dans les activités sociales. 
Ces manières de ne pas considérer d'emblée la participation masculine contribuent inconsciemment à provoquer ces divisions discriminatoires entre les sexes. Je cite, par exemple, des événements sociaux actuels auxquels sont invitées «particulièrement» les femmes: une activité physique populaire de filles, une fin de semaine de filles, une soirée de «bar à gloss, bar à bijoux, bar à maquillage», la projection d'un «film de filles», une croisière de filles, une randonnée de filles, un souper à rabais pour les dames, une journée de ski de filles, etc.
Je me réjouis de ces initiatives populaires que démontre la solidarité féminine; je ne peux qu'applaudir les initiateurs de ces événements. Mais... «prendre sa place» ne devrait pas signifier «prendre sa place en séparant les sexes»!
Au moment où nous devrions, hommes et femmes, démontrer que nous avons compris les effets néfastes de la division des sexes et les conséquences négatives de la discrimination, je crois qu'il serait approprié dans les circonstances de ne plus considérer le sexe comme un critère de sélection.
Imaginons une «réplique au masculin», qui proposerait un événement où serait suggérée l'unique présence de l'homme! Pis encore, supposons l'organisation de 10, 15 ou 25 événements où l'homme seul serait invité... La taverne va-t-elle renaître de ses cendres et le golf, comme à son origine, redeviendra-t-il exclusivement réservé aux hommes?
Assisterons-nous à un «retour-inversé» des stéréotypes sociaux de «l'homme de Cro-Magnon» vers ceux de la «femme de crocs mignons»?
Jean Paquette
Trois-Rivières