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Couvre-feu: agir en donnant un grand coup

Carrefour des lecteurs
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Le Nouvelliste
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OPINIONS / De mémoire d’homme, la dernière fois que le Québec a été soumis à un couvre-feu remonte aux événements d’octobre 1970. 

J’étais enfant, mais je m’en souviens très bien. Car un couvre-feu qui se tient à l’échelle d’une nation, c’est effectivement rarissime. Mes parents ont connu les couvre-feux de la Seconde Guerre mondiale, bien qu’ils étaient enfants eux aussi à l’époque.

Je me souviens qu’en 1970, moi et mon frère on jouait à se cacher sous la table de la cuisine à l’heure précise où le couvre-feu commençait et on attendait que le pire se produise. Mais nous restions sur notre faim. Car après tout, nous n’étions pas sous le joug d’une guerre de l’ampleur de celle de 1939-1945. On évoquait tout au plus qu’une possible guerre civile pouvait se produire. Mais on parlait plus d’une occupation de l’armée canadienne dans différentes villes du Québec. Surtout Montréal.

Voilà que dès samedi 20 h, le Québec sera soumis à nouveau à un couvre-feu. Ne sommes-nous pas en guerre à vrai dire? Et ce contre un virus qui ne lâche pas prise. La situation en lien avec la COVID-19 a atteint un point critique.

Le gouvernement Legault a décidé d’agir en donnant un grand coup. On s’attendait pour la plupart d’entre nous à un autre confinement complet, sans surprise. Voilà en prime qu’on sera soumis à un couvre-feu du 9 janvier au 8 février, et ce, de 20 h à 5 h chaque jour. Le fameux «restez chez-vous» de François Legault vient de prendre une plus-value. Et voilà que ce couvre-feu annoncé sème l’émoi dans la population.

J’anticipe déjà certains Québécois qui manifesteront leur désaccord. On lira sûrement sur des affiches: trop c’est trop. Voilà que nos complotistes voudront à nouveau se faire entendre dans les rues. Mais ils devront le faire avant 20 h en journée et avec le port du masque.

Il me semble que la majorité d’entre nous salue le couvre-feu en se disant qu’il faut mettre toutes les chances de notre côté si on veut un jour passer au travers de cette crise sanitaire. Le couvre-feu est une mesure exceptionnelle, certes, mais nécessaire dans les circonstances. La France et d’autres pays ont recours au couvre-feu pour contenir la COVID. Le Québec aujourd’hui emboîte le pas.

J’ai agi à titre de gardien de nuit à l’Auberge de jeunesse de Baie-Saint-Paul du temps où elle était encore ouverte. Ma tâche principale était de faire respecter un couvre-feu – et c’est le cas de le dire – aux clients qui faisaient la fête autour d’un feu de joie. Alors plus de bruit, plus de musique après 23 h question de respecter ceux et celles qui dormaient à cette heure dans de petits chalets ou dans leurs tentes. Mais il y avait toujours de la résistance de la part de deux ou trois fêtards qui semaient la pagaille pendant que 150 clients de l’auberge étaient susceptibles d’être réveillés. Ils me trouvaient trop sévère.

Voilà encore une minorité qui se plaignait pendant qu’une majorité faisait montre de savoir-vivre et de respect. Il est à souhaiter que le couvre-feu qui débutera samedi, et que la majorité des Québécois respectera, ne subira pas les foudres d’une minorité de contrevenants.

Yvan Giguère
Saguenay