L'adoption du projet de loi 106 ouvre notamment la porte à l'implantation de pipelines, alors que les deux tiers des Québécois s'affirment contre le développement des énergies fossiles.

Contraste insupportable

À la sortie du merveilleux film-documentaire Le goût d'un pays, de Francis Legault, où messieurs Vigneault et Pellerin mettent en lumière notre ancestrale richesse naturelle qu'est le sirop d'érable, je reconnaissais cet attachement profond aux temps des sucres et des retrouvailles. Encore transportée par l'effet précieux d'une fierté, j'écoutais les sourires se rendre jusqu'aux souvenirs ancrés dans ce «Chez nous aussi...». Une solidarité? Une franche appartenance partagée par les racines et l'eau! Aussi unique qu'un bonbon à l'érable, je savourais l'assurance d'une perpétuité!
Lentement en route vers la maison, une nouvelle me propulsa dans un contraste rapidement devenu insupportable. D'abord emportée par une beauté identitaire préservée par le printemps, j'étais maintenant empêtrée d'un sentiment de trahison doublée d'une colère en grondement. On nous annonçait que le projet de loi 106 concernant notre transition énergétique et les hydrocarbures allait être adopté sous le bâillon! Comment un gouvernement peut-il nous enfoncer une loi sans même prendre en considération les deux tiers des Québécois s'affirmant contre le développement des énergies fossiles? Et pourquoi donc un bâillon et non un possible moratoire ou une scission de la loi pour nous permettre d'amorcer notre transition énergétique? Les intérêts m'échappent encore face à cet empressement-acharnement à renier les liens directs, et planétairement démontrés, entre les émissions de gaz à effet de serre (GES) et leurs impacts sur le réchauffement climatique?
Devenue inquiète, je me suis mise à fouiller pour trouver une information apaisante. Rien de rassurant!
Que ce soit sur le droit et l'encadrement des permis-licences accordées aux pétrolières-gazières ou sur les procédés d'exploration-production utilisés par facturation hydraulique ou encore sur le transport du pétrole des sables bitumineux, la loi semble fracturer elle-même l'entendement de notre communauté!
Exemple? On sait maintenant que le projet d'oléoduc Énergie Est de TransCanada, d'une grosseur de 42 pouces et transportant 1,1 million de barils de pétrole brut par jour, doit traverser 860 cours d'eau. Selon TransCanada, les oléoducs sont sécuritaires à 99,6 %. Il subsiste donc un risque de 0,4 %. Ce pourcentage peut paraître négligeable, mais à bien y penser, sur un volume de 175 millions de litres transportés par jour, il équivaut à une fuite possible de 700 000 litres... par jour! Or, une étude réalisée pour la MRC de D'Autray souligne que les systèmes de surveillance prévus par TransCanada ne peuvent détecter une fuite dont le débit serait de moins de 1,5 % du débit total de l'oléoduc, ce qui représenterait 2,6 millions de litres par jour. Quand on sait qu'un seul litre de pétrole peut contaminer 2 millions de litres d'eau, le risque est considérable voire incommensurable si on pense à notre eau d'érable!
En cas de fuite, 1,15 million de litres de pétrole pourraient s'écouler en 13 minutes, ce qui correspond au temps de réponse nécessaire à TransCanada pour stopper le flux de pétrole. Comme les sources d'eau peuvent être contaminées dans un rayon de 60 kilomètres autour d'une fuite, il est estimé que les sources d'eau potable de 3,2 millions de Québécois seraient mises en danger par Énergie Est.
Côté climat, Alexandre Shields écrivait dans Le Devoir que, selon une analyse de l'Institut Pembina, «la production de pétrole nécessaire pour alimenter ce pipeline générera à elle seule 30 millions de tonnes (Mt) de CO2 par année. Ces GES dépasseront les émissions de toutes les automobiles, camions légers et camions lourds en circulation au Québec (27,4 Mt).» N'a-t-on pas pris récemment des engagements en termes de réduction des GES à Paris? Belle crédibilité internationale!
Comment un gouvernement peut-il prétendre protéger nos terres et notre eau alors qu'il précipite l'adoption d'une loi plus noire que verte, embrouillant l'acceptabilité sociale par une multitude de règlements indéfinis, et offrant ainsi notre territoire à TransCanada et à son pipeline Énergie-Est?  
Non, je ne comprends toujours pas comment ce gouvernement peut arriver à nous faire croire que l'on avance!
Après avoir écrit et signé plusieurs pétitions, faudra-il se lever tous pour redire haut et fort: nous ne voulons pas d'exploitation des hydrocarbures au Québec! 
France Guimond 
Trois-Rivières