Justin Trudeau

Conflit d’intérêts apparent: la justice pour les «grands»

OPINIONS / En page 8 du journal Le Nouvelliste du 15 août 2019, Justin Trudeau dit accepter le rapport du commissaire aux conflits d’intérêts et à l’éthique, mais refuse de reconnaître que tout contact avec l’ex-ministre de la Justice, Jody Wilson-Raybould, était nécessairement inapproprié: peu importe la portée des interventions du premier ministre, il lui fallait, dit-il, sauver les emplois chez SNC-Lavalin!

Que cette entreprise ait été malhonnête ou non, là n’était pas l’important pour le premier ministre canadien: Justin Trudeau se plaçait lui aussi au-dessus des lois du pays. Mais il refuse de le reconnaître, car des «intérêts supérieurs» commandaient une action que le commissaire Mario Dion qualifie de «manœuvres troublantes»! Des «manœuvres troublantes», on appelle ça un euphémisme, ou encore «user de la langue de bois» (très prisée en politique), car la réalité aurait été d’écrire noir sur blanc que le premier ministre s’est permis de se placer au-dessus des lois du pays, d’en faire fies et d’être ainsi hors la loi.

Qui donc a écrit le rapport du commissaire Dion?

L’«apparence de conflit d’intérêts» ne fait pas loi; rien ne sert d’aller plus loin, les électeurs choisiront bientôt de condamner ou non le premier ministre qui a tous les pouvoirs d’actions. La justice des «grands» est la seule qui vaut… jusqu’à l’effondrement des manigances.

Mais pour les signes religieux ostentatoires portés par des employés dans l’exercice de leur travail pour l’État du Québec, l’apparent conflit est ici une faute grave et condamnée sans autre preuve incriminante; nul besoin d’actions pernicieuses pour être coupable: vous portez un signe religieux ostentatoire, ça vous fera perdre votre emploi si vous êtes en autorité dans un poste d’État du Québec! (Loi 21) Et vlan!

Des fois, l’apparence de conflit d’intérêts d’une personne fait foi de tout; d’autres fois, il n’y a rien là. N’est-ce pas par des faits accablants que nous devons juger une personne en société et la condamner? «Deux poids, deux mesures» diraient certains dans l’application de la justice; et l’on sauve du temps pour que le petit peuple oublie et que les tenants du pouvoir règnent en maître...

S’il est vrai qu’il n’y a pas de fumée sans feu, il n’en demeure pas moins nécessaire qu’il faut prouver ces faits; quand ceux-ci s’avèrent réels, l’accusé n’a plus qu’à répondre de ses actes fautifs.

Tout le monde peut se tromper même si nul n’est tenu d’ignorer la loi (encore moins le premier ministre); le problème demeure de le reconnaître. Les lois doivent être écrites en ne condamnant pas d’avance les personnes parce qu’elles exercent leurs libertés fondamentales: élémentaire!

Humains, nous sommes très puissants pour «faire semblant». Dommage: l’hypocrisie ne sert jamais la majorité.

François Champoux

Trois-Rivières