Confiance, méfiance et défiance: la venue du chaos

Carrefour des lecteurs
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Le Nouvelliste
OPINIONS / L’auteur, René Villemure, est éthicien. Originaire de la Mauricie, il est également auteur, stratège et consultant.

Même si certains sondages disent autrement, au fil des dernières années, la confiance envers nos gouvernements et envers l’autorité en général s’est effritée. Au rythme où vont les choses, cet effritement deviendra bientôt érosion qui minera la possibilité de vivre ensemble en harmonie.

La vie en société est fondée sur la confiance, c’est-à-dire sur la possibilité de se fier à quelqu’un d’autre sans avoir besoin de constamment contrôler; le rôle de la confiance est de simplifier la vie entre les individus. Lorsque la confiance s’endommage, celle-ci se transforme en méfiance; avec cette dernière, on soupçonne que l’on est manipulé par l’autorité ou que gouvernement ment de manière active à ses citoyens. Dans ce dernier cas, la méfiance entraîne la défiance, c’est-à-dire remise en question ou la désobéissance à l’autorité.

L’actuel mouvement anti-masques est l’expression d’une défiance.

Cette défiance survient habituellement lors d’une crise. En réponse à une parole jugée non crédible par certains ou par cynisme envers l’autorité, le défiant choisit d’aller à l’encontre des directives énoncées; il préfère se faire «sa propre opinion» en consultant sites web et médias sociaux et obéir à ce qu’il croit vrai. La personne défiante est animée de convictions qui n’ont, habituellement, que peu d’égards pour les faits réels ou les conséquences prévisibles de ces convictions.

Le mouvement anti-masque survient alors que nous sommes bien engagés dans une crise sanitaire, une crise dans laquelle certains sont persuadés que le masque est inutile ou représente une entrave à leurs libertés, sans porter égard à la sécurité sanitaire du reste de la population. Cet acte de défiance n’est pourtant que le premier d’une crise qui sera plus longue que l’on ne l’imagine. Il est prudent de prévoir que cette crise sanitaire sera probablement suivie d’une crise économique et d’une crise sociale. En effet, qu’arrivera-t-il lorsque les aides gouvernementales auront pris fin ou lorsque les gens devront payer de l’impôt sur les sommes reçues? Qu’arrivera-t-il de la détresse prévisible qui suivra les mises à pied, les divorces, les faillites, les dépressions et même les suicides? Si la crise sanitaire a généré la défiance sous la forme du mouvement anti-masques, quelles seront les formes de défiance face aux crises économique et sociale?

Faire comme si un événement n’existait pas ne le fait pas disparaître.

Il est urgent que les autorités et gouvernement permettent aux défiants de revenir vers la confiance car, sinon, c’est le chaos qui s’installera.