Le cinéma Le Tapis Rouge, rue Bellefeuille, un plus pour les cinéphiles.

Ciné-Campus contre Tapis Rouge?

Quel est présentement le sujet de conversation des amateurs de cinéma de Trois-Rivières et des environs? On s'inquiète de la pérennité du Tapis rouge en raison de son achalandage qui a semblé parfois être anémique. Car combien sommes-nous heureux de l'arrivée de ce complexe cinématographique! Le Tapis rouge fait en sorte que les gens d'ici n'ont plus à aller à Québec ou à Montréal pour voir des primeurs.
De même, on apprécie diverses de ses caractéristiques: une large plage horaire pour voir les films quand bon nous semble; un stationnement immense; un coin café; des salles de toilettes confortables, etc.
Maintenant, quelle est l'attitude à avoir face à Ciné-Campus au Séminaire? Ne pas l'abandonner pour autant! Je serais bien mal placé de dire le contraire étant membre de son conseil d'administration depuis dix ans (mais je ne parle pas ici en son nom). On y voit des reprises? Pas toujours.
Et certains des films qu'on y programme ne nous ont peut-être pas intéressés suffisamment pour qu'on soit allés les voir en salles commerciales en payant le gros prix. Et moi, quand j'ai le plaisir de revoir un bon film, je pense toujours à cette affirmation de Borges au sujet des livres: «L'important n'est pas de lire mais de relire»...
J'ai croisé un gars qui, parlant du Tapis rouge, m'a lancé ceci: «Moi, j'encourage Ciné-Campus!» Eh bien j'aurais dû lui répondre qu'il ne s'agit pas d'encourager l'un ou l'autre; Ciné-Campus contre Tapis rouge. On n'est pas entrés en religion avec Ciné-Campus. Ni avec le Tapis rouge.
Il faut plutôt constater que l'un et l'autre sont tout simplement au service du cinéma. Ciné-Campus a toujours été un excellent serviteur du cinéma. Combien de chefs-d'oeuvre y avons-nous vus? Pensons à son fondateur-apôtre Léo Cloutier qui nous a expliqué des films, mais aussi apprécions son programme-papier qui livre chaque saison des données sur les films de même que son bulletin mensuel Focus ainsi que les commentaires d'introduction vocaux d'Yvon Leblanc avant chaque représentation.
Moi qui ai élaboré une série de dix rencontres de cinéma que j'ai animées au Pavillon St-Arnaud et au Centre des arts de Shawinigan au cours des dernières années, je me sens en bonne partie redevable de ce que m'a permis de goûter Ciné-Campus dédié depuis toujours à la présentation de films marquants. Le cinéma constitue cet un art contemporain, primordial, qui permet à ses créateurs et au public d'expliquer, de comprendre le monde. Le cinéma foisonne aux quatre coins du globe et nous voulons en être témoins.
Le Tapis rouge est une salle commerciale, une entreprise privée? Est-ce qu'on reproche à un restaurant «commercial» de servir des mets santé? Vous savez ce que disait Malraux au sujet du cinéma ? «Cet art qui est aussi une industrie»...
Bien entendu, depuis l'arrivée du Tapis rouge, la dépense cinéma d'une personne comme moi a augmenté. Mais mon plaisir, mon confort, de vivre ici est rehaussé formidablement avec le Tapis rouge. Combien je suis heureux, par exemple, le samedi après-midi d'y aller voir un film! Cela me rappelle entre autres mon enfance où, à bicyclette, nous montions de Mont-Carmel à Shawinigan-Sud pour frissonner, au Capitol, devant La Petite Aurore l'enfant martyre...
Réjean Martin
Trois-Rivières