C'est de l'acharnement

En réplique à l'Alliance deschrétiens en droit.
Tel que rapporté dans Le Nouvelliste, les arguments que vous avancez en opposition à la contestation, par Ginette Leblanc, de la constitutionalité de la loi canadienne concernant l'euthanasie librement demandée, ont de quoi étonner d'un groupe qui s'intéresse au droit.
Tout un chacun sait qu'un jugement de la Cour suprême aussi serré que cinq contre quatre, tel que prononcé dans la cause Sue Rodriguez, n'a évidemment rien réglé. D'autant plus qu'il fut critiqué aussitôt par des experts, éthiciens et juristes de renom (les professeurs Kluge et Dickens, pour n'en nommer que deux). S'y sont ajoutés depuis, entre autres, le Collège des médecins, le Barreau et la Chambre des notaires du Québec. Même l'Association des personnes handicapées s'est prononcée en faveur d'un choix face aux fins de vie intolérables. Et pour finir, tout récemment, la Société royale du Canada.
Vous rappelez «qu'un des principes qui sous-tend le droit canadien est le respect de la vie humaine», ce que personne ne conteste. Vous oubliez que trop insister sur la lettre de la loi en tue l'esprit... Justement, quand on est habité par une saine compassion, on comprend sans difficulté que certaines fins de vie sont précisément inhumaines et que simplement «être en vie» ne suffit pas.
Dans Setting Limits, l'éthicien émérite Daniel Callahan écrit: «Le caractère sacré de la vie doit être compris comme le caractère sacré de la personne et ne peut se limiter à la possession d'un corps» (ma traduction). Faut-il se surprendre que le Juge Cory, dissident dans la cause Rodriguez, ait parlé de: «... mort atroce qui constituerait une insulte à la dignité humaine»?
Vous êtes, de plus, mal renseignés: les études abondent qui montrent que les personnes dites vulnérables ne sont pas à risque d'euthanasie imposée. En juin 2009, l'Honorable J.L. Baudouin déclarait à la fin d'un congrès de juristes: «Les études belges et néerlandaises montrent que le système de contrôle mis en place pour éviter les erreurs fonctionne bien et que, s'ils existent, les cas de bavures sont rares ou inexistants.» Et il ajoutait: «Le premier devoir du médecin n'est plus de sauver la vie à tout prix, mais de respecter la liberté de choix de son patient». Depuis lors, les études d'auteurs très renommés (Rietjens, Bauer, Bernheim, etc.) ont réaffirmé la véracité des propos de l'honorable Baudouin.
À la fin, ce qui surprend le plus d'un mouvement qui se dit chrétien, c'est cet acharnement à vouloir faire de ses croyances la loi des autres. Seuls les opposants à l'euthanasie affichent une telle insolence digne des pires fondamentalistes.
On tire toujours quelque profit de réfléchir aux pensées de Nietszche: «Une croyance forte ne prouve que sa force, pas que ce qu'on croit est vrai».
Marcel Boisvert
Médecin en soins palliatifs (retraité)
Université McGill