La qualité exceptionnelle du documentaire «Cédrika» fait dire à l'auteur de ce texte qu'il est nécessaire de tenir à nos médias régionaux.

«Cédrika»: un documentaire d'une grande sensibilité

L'auteur, Donald Martel, est député de Nicolet-Bécancour à l'Assemblée nationale.
Il est difficile d'écrire sur ce sujet sans risquer de tomber, ou d'être soupçonné de tomber, dans une forme ou une autre de récupération. Mais, au-delà des émotions très intenses qui m'ont assailli en regardant le reportage sur le drame de Cédrika Provencher diffusé sur le réseau RDI lundi soir dernier, des enseignements précieux se sont imposés à moi, des leçons riches de vérité qui peuvent s'avérer pertinentes pour l'ensemble de la collectivité. J'ai donc pensé qu'il était de mon devoir de les partager avec vous. Toutefois, il me faut d'abord remercier très sincèrement les proches de Cédrika qui, malgré toute la douleur que ces souvenirs peuvent provoquer chez eux, ont accepté de partager et leurs états d'âme avec autant d'authenticité, de simplicité et de générosité.
La première leçon, je la tire en constatant l'immense générosité des voisins, mais aussi de toute une population régionale qui ne demandait qu'à aider et à appuyer la famille éplorée. Il était frappant de constater la quantité de gens prêts à donner du temps et à offrir leur disponibilité pour aider à retrouver Cédrika. Les gens l'ont fait dans un remarquable élan de spontanéité. Il y a bien eu quelques écarts de conduite, mais la vaste majorité de la population a fait preuve d'un comportement irréprochable. Le drame de Cédrika Provencher aura ainsi servi à ce que se manifeste une démonstration de solidarité comme on n'en avait peut-être pas encore vu jusque-là au Québec. Nous devons nous en souvenir pour l'avenir et considérer cela comme l'une de nos grandes forces, en tant que société.
L'excellent reportage nous permet également de comprendre que, si c'était à refaire, les choses se feraient différemment. On ne s'y prendrait pas de la même manière pour organiser les recherches et mener l'enquête. Ce drame nous a donné l'occasion de mieux nous outiller pour faire face à ce genre de crise. Nous avons collectivement développé de nouveaux réflexes et acquis des connaissances qui nous permettent aujourd'hui de faire face avec plus d'efficacité à une disparition de cette nature. Dans le reportage, ce constat est fait en toute simplicité sans qu'on cherche à jeter le blâme sur quiconque, comme si nous reconnaissions en toute humilité que c'est la société dans son ensemble qui est interpellée. Le drame de Cédrika Provencher nous aura ainsi rendus meilleurs à plus d'un égard.
Le dernier enseignement que je tire concerne la qualité du reportage effectuée par l'équipe de ICI Radio-Canada Mauricie-Centre-du-Québec, au centre de laquelle on retrouve le journaliste Pierre Marceau et le réalisateur Guylain Côté. La qualité exceptionnelle de cette émission me permet d'affirmer que nous devons plus que jamais tenir à nos médias régionaux. C'est en effet la sensibilité du journaliste et sa connaissance du milieu, appuyées par une équipe de production talentueuse, qui ont permis que ce drame soit raconté avec autant de justesse, de vérité et d'émotions. En outre, la presse régionale a été présente tout au long de ces dix longues années de recherches qui ont finalement mené à la découverte de la dépouille de Cédrika. Sans la présence d'une presse régionale forte, le drame de Cédrika serait peut-être tombé dans l'oubli. 
Le reportage se termine par le témoignage touchant d'un des grands-papas qui remercie sa «Dri-Dri» d'avoir été présente dans sa vie pendant dix ans. Je me permettrai, en votre nom, de remercier Cédrika. Son passage parmi nous aura contribué à faire en sorte que nous devenions meilleurs, individuellement et collectivement.
Enfin, à l'auteur de ce crime, je me permettrai de dire ceci: «Vous avez provoqué assez de souffrances. Il est temps pour vous de vous rendre à la justice».