Yves Levesque en compagnie du chef Conservateur Andrew Scheer.

Yves, lève-toi et marche...

OPINIONS / Dans un éditorial récent, Stéphan Frappier du Nouvelliste écrit que c’est s’aventurer sur un terrain glissant que de s’interroger sur la maladie de l’ex-maire Lévesque. Quelques jours plus tard, une lectrice pense que oui nous avons le droit de savoir. Au fond, qui est véritablement au courant de l’état de santé et de la gravité d’une maladie le cas échéant? Le patient lui-même et son médecin traitant.

La glace semble donc très mince, mais je m’y risque... Il convient d’abord d’établir une distinction entre le cas d’un salarié dont le dossier ne concerne que lui-même, son employeur, une compagnie d’assurance, et qui ne retire aucun bénéfice tangible de sa maladie. Mais ici, on a affaire à un homme public, occupant une fonction publique, qui est rémunéré à partir des revenus de taxation des contribuables et qui vient de profiter d’un avantage important que lui a procuré sa maladie, soit un montant d’un quart de million provenant d’argent public. Là, on sort du «privé»...

Si l’on refait l’historique de ce dossier, il faut reconnaître que l’intérêt de l’ex-maire Lévesque pour poser sa candidature au Fédéral ne date pas d’hier. Même après sa dernière élection, il avait réitéré cet intérêt au point de se dire en réflexion. Il précisait toutefois qu’une telle décision entraînerait une perte pour lui de près de 250 000 $ étant donné qu’il devrait démissionner comme maire avant la fin de son mandat. Rappelons qu’un élu municipal qui abandonne ses fonctions en cours de mandat ne peut toucher ses primes de départ et de transition qu’en cas de force majeure comme la maladie.

Un peu plus tard, Yves Lévesque tombe malade et démissionne de ses fonctions de maire. Pendant ce temps-là, le Parti Conservateur s’affaire à désigner ses candidats un peu partout au Québec... sauf à Trois-Rivières. L’ancien maire de Victoriaville et député conservateur, Alain Reyes, garde la place bien au chaud pour son ami Lévesque... au cas où ce dernier retrouverait la santé... Entre-temps, un médecin et un avocat vont représenter leur client auprès de la Commission municipale qui doit déterminer si oui ou non le maire démissionnaire a droit aux fameuses allocations. Cette Commission «honorifique» ne va jamais très loin; elle endosse les yeux fermés le chèque de 250 000 $...

Par ailleurs, fort préoccupé de l’état de santé du candidat qu’il veut pour Trois-Rivières, le chef du Parti conservateur vient voir son homme. Et, à l’image de Jésus, qui a su ressusciter Lazare de Béthanie, Andrew Sheer implore les cieux: «Yves, lève-toi et marche!». Le miracle s’est alors accompli; Yves s’est subitement levé d’un bond, a saisi l’étendard conservateur pour se précipiter à la conquête de la terra trifluviana et à l’assaut de la colline parlementaire fédérale.

Si j’admets que Yves Lévesque était vraiment très malade, au point d’abandonner un travail qui le passionnait, je reste étonné de cette guérison qui le rend apte, non pas à occuper une fonction plutôt tranquille afin de retrouver et protéger sa santé, mais à se lancer dans une course électorale intense, qui l’amènera à fouiller au plus profond de ses ressources.

M. Frappier rappelle par ailleurs que Yves Lévesque «a promis qu’il allait rembourser cette indemnité s’il était élu le 21 octobre». Ne comptez pas sur le respect de cette promesse. Quelque temps après, l’ex-maire a précisé qu’il allait rembourser la partie de la prime pour la période à compter de laquelle il serait élu. De janvier à octobre: dix mois en caisse... Il ne resterait plus qu’autour de 40 000 $ en jeu... Pour ce résidu, il a ajouté qu’il le verserait possiblement à des organismes caritatifs... qui émettent bien sûr des reçus pour déduction d’impôt!

Au final, vous pouvez parier à coup sûr qu’il va garder la quasi totalité de sa prime, quoi qu’il advienne.

Guy Godin

Trois-Rivières