L’artiste Guy Langevin lance un appel à la ministre de la Culture et des Communications, Nathalie Roy (ci-dessus), afin que des actions concrètes soient posées pour venir en aide aux artistes, notamment ceux en arts visuels.
L’artiste Guy Langevin lance un appel à la ministre de la Culture et des Communications, Nathalie Roy (ci-dessus), afin que des actions concrètes soient posées pour venir en aide aux artistes, notamment ceux en arts visuels.

Y a-t-il une ministre à la Culture?

OPINIONS / Le milieu culturel, tous s’entendent à le dire, est l’un des plus touchés par l’obligation de contenir la saleté de virus qui afflige le monde entier. Artistes, diffuseurs, et tous les métiers connexes à la diffusion de l’art sont affectés; des milliers de personnes, des milliers d’emplois, de milliers de travailleurs autonomes. Plusieurs d’entre eux ne trouveront pas, ou si peu, une aide suffisante dans les programmes des différents gouvernements, et ne sont, à ce niveau, pas très différents du reste de la population.

Au cours des dernières semaines, nous avons vu différents ministres s’adresser à la population, à leurs commettants, mais à la culture, rien ni personne! Il y aurait pourtant bien des choses à dire, me semble-t-il. Mais où est donc la ministre?

Toutes les sphères d’activité culturelles ne répondent pas aux mêmes problèmes, aux mêmes données. On comprend bien que les grands évènements qui rassemblent des dizaines de milliers de personnes dans un espace et un temps contigu soient proscrits pour l’instant, mais le spectacle, ça n’est pas la culture au complet!

Les arts visuels, domaine dans lequel j’œuvre, sont eux aussi interdits de présentation. Tous se diront que ça n’a que peu d’incidence, mais combien sont au courant du temps, de l’énergie et de l’investissement qu’exige la création d’une exposition, son organisation, sans compter les dépenses qu’elle occasionne? Actuellement, les artistes visuels ne peuvent qu’espérer que les galeries, les centres d’exposition, les maisons de la culture, musées et autres rouvrent au plus vite. Vous me direz qu’il en va de même pour le spectacle, mais pas tout à fait. Les expositions ne rassemblent généralement pas un millier de personnes en même temps, dans une même salle; elles sont fréquentées, certes, par un certain nombre, mais étalées sur une longue période de temps. On ne s’y pile que rarement sur les pieds et un contrôle des entrées serait aisé à opérer.

Actuellement, les calendriers qu’observent les centres d’exposition sont remplis, généralement pour une ou deux années. Le danger est donc de voir les projets qui auraient dû aboutir ce printemps et cet été se voir relégués aux calendes grecques, plutôt que juste décalés dans le temps. Pour certains, cela équivaut à deux, trois, parfois quatre années de recherche et de travail tout simplement rayé du calendrier. Du temps perdu dans le sens le plus strict du terme.

Ce milieu devrait pouvoir jouir de dispositions différentes, tout comme certains autres évènements qui ne trouvent généralement qu’un public réservé. Mais pour imaginer la chose, il faudrait bien que le ministère de la Culture et des Communications, par l’entremise de sa ministre, se fasse voir, fasse connaître ses actions concrètes, s’il y en a d’envisagées. Il faudrait que nous, les artistes et les travailleurs du milieu culturel, soyons consultés pour imaginer des voies de sortie, des voies de contournement à l’isolement.

Je ne parle pas ici de dépenser quelques milliers (voire quelques millions) de dollars pour pallier des manques de revenus, je parle de trouver des moyens d’accéder à la fréquentation réelle de l’art. Je parle de faire en sorte que le milieu des artistes se sente partie prenante des solutions, pas juste une courroie de transmission des messages alarmistes de quelque palier de gouvernement que ce soit.

Le contact avec l’art, le contact réel avec l’art, est un moyen d’évasion du quotidien, de l’ordinaire, du contraignant.

Je repose donc la question: «Où est la ministre?»

Guy Langevin, artiste

Trois-Rivières