Voter pour soi

Les élections s’en viennent à grands pas et tous les messages que nous entendrons viseront essentiellement à témoigner de la sensibilité de la classe politique aux réels besoins du bon peuple. Pour faciliter la vie des Québécois, «Maintenant», «Sérieusement...» Comme le disait Manon Massé dans son mémoire intitulé «Parler vrai», nous ne voulons pas nous faire élire pour gouverner, mais pour changer les règles du jeu en redonnant le pouvoir au peuple. Or, même si les réflexions de Mme Massé sont alléchantes, il apparait toujours un peu suspicieux de mélanger «parler vrai» et «politique».

Comme société, nous avons tendance à voir l’action politique comme un phénomène normal avec lequel nous devons composer quotidiennement. Les médias nous rapportent chaque jour (voire chaque minute) les moindres faits et gestes des politiciens. Toutefois, très peu de citoyens se questionnent sur la vraie nature de l’action politique. Quelle est-elle et à quoi sert-elle au juste? Or, lorsque nous l’analysons davantage, nous réalisons que l’action politique correspond rarement aux réels besoins des individus. En fait, d’un point de vue psychologique, le jeu politique va plutôt à l’encontre des vrais besoins des personnes.

L’action politique implique généralement des stratégies relationnelles (paroles, comportements, émotions) visant l’atteinte d’objectifs en partie dévoilés. Être «politiquement correct», c’est agir de façon polie alors que nous ne sommes pas tout à fait en accord avec ce qui se passe. Autrement dit, c’est agir de façon non conforme à ce que nous pensons et ressentons réellement. En psychologie, cette non-congruence entre ce qui est dit et ressenti a été beaucoup étudiée, car cette façon d’être est un préalable à l’établissement de certains mécanismes de défense (déni, refoulement, projection, etc.) qui nuisent à la capacité d’adaptation de l’individu.

La politique est partout. Même dans nos relations personnelles (collègues de travail, amis, couple, relation avec les enfants), nous éprouvons souvent de la difficulté à dire et agir conformément à ce que nous pensons et ressentons réellement. Et c’est pourquoi nous acceptons le discours politique de nos dirigeants même si nous le trouvons vide, superficiel et souvent décevant, car nous utilisons nous-mêmes ces mêmes stratégies dans nos propres rapports. Bref, il est difficile de s’opposer fermement à quelque chose que nous reproduisons nous-mêmes.

Tant que nous n’apprendrons pas à être vrais dans nos relations personnelles, nous resterons dans les mêmes «patterns» politiques. Nous tolérerons d’être gouvernés par les politiciens que nous avons pour un certain temps, puis les critiquerons après avoir constaté qu’ils ne sont pas à tout point intègres, et nous nous en libérerons au bout d’un ou deux mandats. Bref, il est toujours plus facile de se libérer des autres que de soi-même.

Soyons donc sensibles à nos besoins personnels d’intégrité, notre besoin profond «d’être soi-même» face à l’autre. Cet état d’intégrité qui nous procure le plus de satisfaction et d’estime de soi. Cela nous prédisposera à discerner la face cachée des politiciens et de choisir enfin quelqu’un qui nous ressemble.

Frankie Bernèche

Professeur de psychologie

Saint-Mathieu-du-Parc