Dans la campagne actuelle, une formation ose lancer des propositions tournées vers les enjeux du XXIe siècle: Québec solidaire.

Voter populiste ou voter populaire?

En politique québécoise, le paysage a beaucoup changé ces vingt-cinq dernières années. Au lendemain du référendum de 1995, la dichotomie péquiste-libérale a cédé le pas à un élargissement des options. La crise constitutionnelle avait faire naître l’ADQ, devenue en 2011, par une étrange mutation, la Coalition avenir Québec (CAQ). Bien qu’elle veuille projeter l’image d’un parti tourné vers l’avenir, la formation de François Legault utilise les mêmes vieilles sornettes pour séduire. On se gargarise de mots comme «pragmatisme», «économie», «efficacité», «intégrité». Et surtout, on veut rompre avec l’épuisant règne des libéraux au pouvoir depuis 15 ans (moins 18 mois).

Pourtant, loin de rompre avec le passé, la CAQ tient les mêmes discours néolibéraux que ses adversaires ont utilisés depuis un quart de siècle, du PQ de Bouchard lors des efforts pour l’atteinte du déficit zéro (1998) au PLQ de Couillard et de son austérité (2014), en passant par le PLQ de Charest et de sa réingénierie de l’État (2003). L’idée est simple – voire simpliste – et suggère que le modèle de l’entreprise privée doit être appliqué dans les écoles, les hôpitaux et les ministères. Parce que l’entreprise privée, c’est nécessairement l’efficacité, le succès et la transparence, croit-on. A contrario, ce qui provient de l’État serait nécessairement suspect. Le discours semble manquer de nuances, mais à quoi bon nuancer, puisqu’il marque des points? Ce qu’il faut, c’est séduire. On est en campagne électorale après tout!

Or, des discours aussi populistes demeurent tournés vers des enjeux et préoccupations de courte vue. Faire de la politique, c’est gérer le quotidien certes, mais c’est aussi préparer l’avenir. Laissera-t-on mourir ce fleuron qu’est le réseau des CPE? Réinvestirons-nous massivement en éducation pour préparer les jeunes aux défis professionnels et civiques de demain? Tournerons-nous notre regard, enfin (il serait à peu près temps!), vers la question environnementale?

Dans la campagne actuelle, une formation ose lancer des propositions tournées vers les enjeux du XXIe siècle: Québec solidaire (QS). Plutôt que de diaboliser le rôle de l’État, QS souhaite doter les Québécois d’un État qui intervient pour améliorer les conditions de vie de ses citoyens. Sans faire un étalement exhaustif de ses propositions, notons quelques faits saillants. QS propose Pharma-Québec pour contrôler le prix des médicaments. Il propose une assurance dentaire pour tous. Il suggère la révision de notre mode de scrutin complètement désuet. Il projette la gratuité scolaire, du CPE à l’université, pour lutter contre la marchandisation de l’éducation. Il souhaite une redéfinition des paliers d’imposition afin d’établir une fiscalité plus équitable. Il planifie la mise en place de politiques environnementales (notamment en transport collectif) pour tourner le Québec vers le monde post-pétrolier. En somme, QS propose de mener le Québec aux changements les plus progressistes depuis le gouvernement Lesage.

Soyons réalistes! me direz-vous. QS ne prendra pas le pouvoir le 1er octobre prochain. D’accord. Mais souhaitons-lui tout de même trois choses. D’abord, que le parti continue de croître (tant en nombre de députés qu’en nombre de votes), comme il l’a fait à chaque élection depuis sa fondation en 2006. Cela serait la démonstration que de plus en plus de Québécois croient en la nécessité d’une réelle option de gauche. Ensuite, souhaitons-lui qu’il se fasse voler. Qu’il se fasse voler quelques-unes de ses idées. C’est un des rôles des partis d’opposition que d’inspirer les décideurs et les influencer à faire certains choix. Les idées doivent rester plus fortes que les partis. Enfin, souhaitons qu’il demeure cette option tournée vers l’avenir et devienne, comme son slogan le suggère, de plus en plus «populaire», pas seulement à Montréal, mais dans toutes les régions du Québec.

Daniel Landry

Trois-Rivières