Vite, vite, on a l’argent: il faut dépenser rapidement!

L’auteure, Lyne Cloutier, est professeure titulaire au département des sciences infirmières de l’UQTR.

Durant le lock-out le conseil d’administration (CA) de l’UQTR votait pour le dégel du programme des infirmières premières assistantes en chirurgie (IPAC). Normalement, ces dossiers sont étudiés à la commission des études (CE) mais la direction voulait accélérer les choses pour dépenser rapidement l’argent reçu et rouvrir le programme.

L’argent et sa provenance seront expliqués mais rappelons d’abord l’origine du dossier. Ce programme a été offert par l’UQTR depuis 1998. Face aux problèmes de ressources en enseignement, d’inscriptions, de déficits répétés et du faible placement des diplômées, ce programme à l’agonie a fermé en 2017. Pour le fermer, plusieurs concessions comme un budget attribué à la recherche et la pédagogie utilisé, sans consulter, pour éponger un déficit. Les qualifications des étudiantes pour certains cours et les contenus ont été revues à la baisse. À l’agonie, on voulait en finir.

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La réponse au département des sciences infirmières est claire: NON! Les doyens insistent, cajolent, promettent et nous disent de dresser une liste des conditions. Menaces voilées que nos liens avec le CIUSSS-MCQ sont menacés. Les professeures cèdent à contrecœur avec une liste de conditions. Entre autres une ressource professorale et de l’équipement pour un laboratoire.

Lors du vote au CA en mai, des voix s’élèvent afin de questionner les coûts et les revenus. Votez d’abord, cela viendra ensuite se sont-ils faits dire. En juin, on avait finalement les informations. Le ministère de la santé débloque un budget de 120 000 $ pour soutenir les chirurgiens dans la préparation des cours. Un montant de 50 000 $ pour la première cohorte de 25 étudiants au laboratoire d’anatomie (rien pour la suite) et un autre 30 000 $ destiné à l’UQTR. Par contre, pas de ressource professorale et sans confirmation que les conditions d’admission soient respectées. C’est inacceptable en sciences infirmières. Des chargés de cours peuvent contribuer par leur expertise mais un professeur, c’est davantage que cela.

Plusieurs questions demeurent. Une infirmière bachelière prépare le matériel pédagogique des chirurgiens? Oui, mais pas le secrétariat car le CIUSSS-MCQ va débloquer des sommes supplémentaires pour cela. Pas technologiques car l’UQTR va débloquer des ressources supplémentaires. Non, nous disent-il, c’est que les chirurgiens ne sont pas des pédagogues. Ils ne savent pas enseigner et ils n’ont pas le temps de préparer des cours. Pardon!? Pas des pédagogues nos chirurgiens? Ils enseignent et collaborent dans plusieurs projets à l’UQTR et ailleurs. Pas le temps? Encore plus frustrant!

Rappelons que c’est une seule cohorte de 25 étudiants et que le programme est déficitaire.

Vite vite, il faut dépenser mais est-ce que nous avons vraiment les moyens de foncer tête baissée? Nous demandons un court moratoire pour discuter avec l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec. Pour recruter une ressource professorale, pour organiser le démarrage du programme. Pour l’instant, grâce à ce passage accéléré au CA et à la commission des études, le programme ouvrirait dans moins de deux mois!

Est-ce vraiment si urgent?

Prenons donc le temps de réfléchir davantage! Au-delà de l’argent, ce sont les ressources du système de santé, du système d’éducation qui sont mises à contribution. Le CA et le recteur viennent de démontrer qu’une décision prise dans l’urgence sans réfléchir peut coûter très cher.

Veut-on vraiment poursuivre dans cette perspective?

Le département des sciences infirmières souhaitent recevoir un engagement écrit de l’acceptation de toutes les conditions. IPAC sans condition, c’est non! En clair donnez-nous les moyens d’assurer la pérennité de ce projet plutôt que de penser à court terme à dépenser l’argent sur la table. Que ce soit la ressource professorale ou l’équipements de laboratoire toutes les conditions sont essentielles. Si le programme est sensé, nous sommes confiantes que l’argent y sera, même après les élections. Cette idée de vite vite il faut dépenser nous fait craindre le pire.

Rappelons finalement que l’assemblée départementale des sciences infirmières du 18 juin a également été l’occasion de présenter et faire accepter à l’unanimité une motion de blâme au conseil d’administration, à la haute direction de l’UQTR et ses mandantes pour la manière dont le lock-out a été instauré et imposé envers les professeurs, nuisant ainsi aux étudiants et déstructurant sévèrement la mission d’enseignement, de recherche et de services à la collectivité de l’UQTR et altérant aussi la relation de confiance entre le corps professoral et la direction de l’UQTR.