L’auteur de cette lettre livre le résultat de ses lectures à propos de l’abaissement de la vitesse dans certains quartiers: aucun changement notable, selon lui.

Vision zéro: zéro changement...

Récemment, j’ai contacté, par courriel, mon conseiller municipal, M. Luc Tremblay, au sujet du projet Vision zéro. Je lui ai mentionné que je croyais que le changement de vitesse à la baisse de 50 à 40 km/h n’aurait aucun effet sur les accidents de la route. Il m’a répondu très rapidement ceci: «Je regrette mais je ne suis pas de votre avis, les études que j’ai lues démontrent que la diminution de la vitesse permet de diminuer les accidents avec blessés graves.»

Je me suis dit: il a certainement bien fait son travail de conseiller municipal avant de voter sur ce projet. Je lui ai donc demandé sur quelles «études» il avait basé son raisonnement… Silence radio de sa part, je n’ai reçu aucune réponse. Comme je n’étais pas de son avis, j’ai pensé: probablement qu’il s’en fout...

J’ai donc fait quelques recherches de mon côté. J’ai trouvé une étude intéressante de la Federal Highway Administration des États-Unis. Un pays où il y a beaucoup plus d’automobiles qu’à Trois-Rivières ou que dans les pays scandinaves, pays qu’on semble tant aimer au Québec. Leurs résultats sont surprenants.

On aurait tendance à croire que lorsque les conducteurs roulent à moins de 40 km/h au lieu de 50 km/h, cela leur laisse beaucoup plus de temps pour éviter les accidents, leur donne plus de temps de réaction et intensifie considérablement l’occasion de sauver des vies. Une différence de 10 km/h conduirait également à des blessures moins graves. À première vue, cela semble être logique.

Cependant, les recherches scientifiques que j’ai lues sur ce sujet ne soutiennent pas cette hypothèse.

Par exemple, une étude réalisée pour le compte de la Federal Highway Administration et publiée il y a près de 20 ans a abouti à des conclusions contraires à ce que l’on pourrait penser.

Lorsque les données avant et après ont été examinées à la suite de modifications de la limitation de vitesse dans des zones de 50 km/h à 40 km/h, les différences de vitesse moyenne étaient inférieures à 3,2 km/h et n’étaient pas en corrélation avec la modification de la limitation de vitesse. Le rapport indique que «l’abaissement de la limitation de vitesse ne signifie pas que le trafic va ralentir».

Une autre conclusion importante de cette étude est la suivante: «La modification des limitations de vitesse affichées, sans application supplémentaire, programmes éducatifs ou autres mesures techniques, n’a qu’un effet mineur sur le comportement du conducteur». Et il est là le véritable problème: le comportement du conducteur.

Toute cette démarche onéreuse de la Ville de Trois-Rivières m’a fait penser au taux d’alcoolémie au volant. Revenons aux pays scandinaves. Une étude, réalisée en Suède, a révélé que sur 188 conducteurs en état d’ébriété tués ou ayant tués des gens dans des accidents de la route, tous avaient un taux d’alcoolémie moyen de 0,172 mg d’alcool par 100 ml de sang. Un taux bien au-dessus de la limite légale de 0,08.

Peu importe la limite, il y aura toujours des gens qui la dépasseront de manière dangereuse sur la route. On appelle ces personnes des chauffards. Aucune limite ne leur fait peur. Aucune limite ne fera en sorte de changer leur comportement.

La nouvelle limite de vitesse proposée par la Ville de Trois-Rivières laisse sans aucun doute aux politiciens et peut-être aussi au public le sentiment de réagir face aux accidents de la route, mais cela n’aura probablement pas de véritable impact. On aura, par contre, dépensé énormément d’argent pour rien. Avant d’avancer dans ce projet de changement de vitesse à Trois-Rivières, une réflexion sérieuse s’impose sur le sujet. Réflexion qui, de toute évidence, n’a pas été faite correctement par certains de nos conseillers municipaux avant d’adopter un projet si mal ficelé.

Claude Trudel

Trois-Rivières