Vision zéro, un impact sur l’émission des GES

Je ne suis pas contre les initiatives qui visent à rendre sécuritaire le quotidien des citoyens mais il existe un principe qui dicte qu’un excès de réglementation n’ajoute en rien à cette sécurité et, même qu’à l’inverse, elle déresponsabilise les individus face à leur propre sécurité. De plus, vouloir faire croire à la possibilité du «zéro» accident sur un territoire, même amenée dans une perspective de vision, fait abstraction aux principes de l’économiste italien Vilfredo Pareto et largement enseignés lorsqu’il est question d’optimisation.

Mais mon propos ne s’attarde pas à cette notion de Pareto même s’il y a matière à développement. Ce qui m’inquiète au-delà des propositions du 40 km/h, et de toutes les mesures actives ou passives de sécurité qui seront avancées lors des prochaines consultations publiques, c’est cette approche aux apparences d’autoritarisme adoptée par les élus municipaux qui laisse présager à de possibles augmentations du fardeau de taxation, à une réglementation alourdie et à des mesures de coercition dont on annonce déjà la possibilité.

Mais revenons sur cette affirmation évoquée par certains conseillers à l’effet qu’à chaque tranche de réduction de la vitesse des voitures, il y a d’autant une réduction de la consommation de carburant. Je reprends l’explication de Claude Villemure qui explique, à juste titre, que la réduction de la vitesse contribue à empirer l’inefficacité d’un véhicule moteur. Pour en faire la démonstration, je me suis livré à un rapide exercice de consommation sur une distance à parcourir de 500 mètres à une vitesse de 40 km/h.

Que ce soit à 40 ou bien 50 km/h, le régime optimal d’un moteur quatre cylindres doit se situer entre 1500 et 2000 tr/min. La manœuvre de conduite à 40 km/h impose que la boîte de transmission soit engagée au 2e et non au 3e rapport pour maintenir ce régime optimal du moteur. Certains diront qu’il suffit de laisser la transmission engagée en troisième pour réduire d’autant le régime moteur mais c’est une illusion. Un moteur qui fonctionne en sous-régime n’est pas plus économique et travaille en dehors de sa plage optimale de couple avec la conséquence de générer une combustion incomplète des gaz. Le même constat est valable pour les transmissions automatiques.

Une voiture qui roule à 50 km/h prend 36 secondes pour parcourir la distance de 500 mètres alors qu’une voiture qui roule à 40 km/h en prend 45. Là-dessus, j’apporte un bémol car je ne tiens pas compte des temps d’accélération et de décélération et base mon calcul sur une vitesse instantanée. Il y a donc un biais d’évaluation qui se chiffre entre 4 et 6 secondes, c’est-à-dire de 2 à 3 secondes en accélération et un autre 2 à 3 secondes en décélération, pour une voiture compacte qui offre des temps d’accélérations moyens et bien pépères de 10 à 12 secondes pour atteindre 100 km/h.

En estimant une consommation moyenne de 7 litres/100 km, une voiture qui roule à 50 km/h sur une distance de 500 mètres nécessitera approximativement 0,07 litre de carburant alors que celle qui roule à 40 km/h en nécessitera 0,09 litre. J’en conviens, ces chiffres ne sont pas absolus et la consommation est tributaire de bien d’autres facteurs que je n’évoque pas dans cette démonstration. Néanmoins, en étant très conservateur avec les chiffres, il n’est pas faux de parler d’une augmentation de 25 % de la consommation de carburant. Sur une si petite distance, la différence d’un peu moins de 20 ml est à peine l’équivalent du fond d’une tasse à mesurer mais, sur un grand nombre de voitures, les chiffres deviennent significatifs et la production de gaz à effets de serre s’en trouve équivalente.

À raison de 2,28 kg de CO2 (Ressources naturelles Canada, 2014) dégagé par litre d’essence consommé (là-dessus je ne parle pas du carburant diésel qui lui rejette 2,67 kg de CO2 par litre consommé), 1000 voitures qui roulent à 40 km/h au lieu de 50 km/h sur une distance de 500 mètres, à un régime moteur se situant entre 1500 et 2000 tr/min, rejetteront près de 40 kg additionnels de CO2 dans l’atmosphère. Tous ces chiffres sont sujets à caution et ne sont appuyés par aucune compilation exhaustive et statistiquement valable. Toutefois, de façon modeste et très en deçà des chiffres que j’avance, il n’est pas faux de croire qu’une telle mesure puisse contribuer à une augmentation même légère des émissions de CO2.

Mais ça, ce ne sont que des explications techniques qui feront s’élever tant les adhérents que les opposants au sein de la population. Au-delà des chiffres toutefois, évoquer une réduction de la consommation de carburant est un leurre visant à obtenir de façon détournée l’acceptabilité sociale à ce projet de Vision zéro. Le cœur du débat est ailleurs et une définition erronée de la problématique de sécurité amène à des solutions tous aussi erronées qui ne répondent en rien aux besoins exprimés par la population. J’en appelle aux élus de reprendre le travail en tout début de processus, celui qui a toutes les apparences d’avoir été escamoté pour des raisons qui apparaissent nébuleuses aux yeux des citoyens, et à ne pas céder à la tentation de croire que la sécurité n’est possible que dans des cadres réglementaires toujours plus rigides, coercitifs et pénalisants.

Guy Bordeleau

Trois-Rivières