L’auteur de cette lettre propose d’adopter un règlement qui punirait l’improvisation au volant plutôt que celui qui réduirait la vitesse dans certains quartiers.

Vision zéro: quelques petits calculs

Mon intervention fait suite à l’adhésion du conseil municipal de Trois-Rivières à la Vision Zéro (Résolution C-2018-1233). Je vise le fondement et la pertinence des conseillers municipaux, qui prévoient de modifier le règlement municipal pour abaisser la vitesse de 50 km/h à 40 km/h dans les rues locales et les rues collectrices.

Selon une conseillère, les chances de survie d’un piéton sont huit fois plus élevées d’un accident à 30 km/h qu’à 50 km/h. Vraiment? Revoyons les faits. Je me réfère donc à un document officiel appelé «Profil des faits et des statistiques touchant les piétons», publié par le gouvernement du Québec (2016), en lisant prudemment les explications. D’abord, les analyses indiquent que les probabilités de décès dû à la vitesse d’impact sont de 30 % à 40 km/h, 50 % à 45 km/h et de 75 % à 50 km/h. Une probabilité de décès n’est pas une proportion de décès.

Maintenant, voyons les observations. La proportion des piétons victimes de blessures causées par une automobile à 50 km/h est de 95 %. Les proportions des lieux d’accident telles que les artères principales et les rues résidentielles sont de 44 % et 27,7 % respectivement. La proportion de 5 % des victimes provient de la vitesse, et 24 % sont de comportements négligents. La proportion impliquant la distraction d’un automobiliste est la pire à 64 %, soit 12 fois plus que la vitesse. Une distraction égale texto, cellulaire, maquillage, etc.

Pour un conducteur attentif, fatigué, ou distrait, on pose respectivement les temps de réaction de 1 seconde, 2 secondes, et 3 secondes ou plus. Pour éviter une collision, la distance totale de sécurité implique le temps de réaction et le temps de freinage. En utilisant les équations de la cinétique, sur l’hypothèse d’un coefficient de friction de 0,8, on estime que les taux de freinage sont environ de 7 m à 40 km/h ou de 12 m à 50 km/h. Pour la distance de réaction seulement, un automobiliste distrait parcourt au total 33 m à 40 km/h ou 42 m à 50 km/h, comparativement à 11 m ou 13 m pour un conducteur attentif.

Pour déterminer le risque, on multiplie deux facteurs: la probabilité de l’événement fois la gravité de son impact. On déduit que la distraction augmente le risque de collision d’au moins trois fois. La différence de vitesse l’augmente de 1,25. Toutefois, même si on réduit la vitesse à 40 km/h, la distraction d’un automobiliste ne réduira pas la probabilité de 30 % d’un piéton de décéder, et ce, même provenant d’un automobiliste attentif.

Assez avec les maths. Logiquement: pas de collision implique qu’il n’y aura pas de décès, aucune blessure, donc survie très élevée. La limite de 40 km/h fera payer les conducteurs prudents et les contribuables, sans adresser les problèmes comportementaux de l’automobiliste, incluant le piéton. Certains conseillers ne recherchent pas adéquatement les faits, et en abaissant la vitesse, ils ne visent pas correctement la problématique, conséquemment, pas le bon besoin.

Visons «Improvisation Zéro».

Claude Villemure

Trois-Rivières