Vision zéro: pour ou contre?

Actuellement, le projet Vision zéro proposé par nos élus municipaux occupe une place prépondérante dans l’actualité trifluvienne. Est-il besoin de rappeler que ce projet consiste, entre autres, à réduire la vitesse de 50 km/h à 40 km/h dans les secteurs résidentiels pour assurer la sécurité des personnes vulnérables? Comme dans toute démocratie, il y a des «pour» et des «contre». Et aussi des personnes qui sont «pour» et d’autres qui sont «contre».

Les «pour» avancent le concept de la santé publique par lequel les villes aménagent leurs infrastructures afin que les piétons et automobilistes vivent en harmonie.

Quant aux «contre», leur opposition repose sur la préservation de leurs acquis, surtout le maintien de la vitesse à 50 km/h en soutenant un manque de consultation, une meilleure surveillance policière à 50 km/h, le coût élevé des nouvelles signalisations à 40 km/h, etc.

Un secteur résidentiel est un milieu que l’on veut paisible où la sécurité doit prévaloir pour nos enfants, personnes âgées et personnes ayant des déficiences physiques ou intellectuelles. En quoi le fait de réduire la vitesse peut-il courroucer les automobilistes vivant dans leur propre quartier? Cet argumentaire me rend plutôt sceptique.

Cela dit, comme citoyen, je m’invite dans ce débat pour apporter mon point de vue. D’abord, je suis malvoyant et malentendant. Il va sans dire que la vision et l’audition sont des sens essentiels pour percevoir notre environnement. Quand je fourre mon nez dehors pour un lieu quelconque, cela comporte des risques élevés de mésaventures cocasses et parfois dangereuses. Marcher sur des trottoirs cahoteux, sprinter aux intersections lumineuses qui clignotent 20 secondes et moins, traverser une rue sous un soleil aveuglant... sont quelques obstacles à ma mobilité et qui causent des chutes. Plus souvent qu’autrement, je marche dans la rue pour éviter les écueils et les pièges des trottoirs mal entretenus. Cela implique que je marche face aux voitures avec un potentiel d’être heurté mais avec l’avantage de me prémunir des chutes.

Est-il possible de croire que les «contre» au projet Vision zéro accident ont le bon sens de reconnaître que 10 km/h de moins fait toute une différence pour moi et mes semblables vulnérables?

Enfin,je déplore grandement le silence des associations représentatives des personnes vulnérables. D’autant plus qu’elles ont la crédibilité pour contribuer à la réalisation du projet Vision zéro. À défaut, j’espère que ma modeste intervention saura combler ce silence.

Yvon Pinet

Trois-Rivières