Avant d’implanter le programme «Vision zéro», l’auteur de cette lettre suggère qu’un plan stratégique soit établi, avec des objectifs, des moyens et des échéanciers, basé sur une problématique réelle et bien cernée.

Vision zéro: où est l’urgence?

OPINION / Plusieurs choses ont été dites, écrites dans les derniers mois au sujet d’une amélioration de la sécurité routière sur le territoire de la ville de Trois-Rivières par le biais de différentes mesures à être définies dans un programme «Vision zéro» accident. Nul n’est besoin de revenir sur la discutable stratégie de communication de ses protagonistes qui a polarisé la population dès le départ sur ladite «Vision».

Comme tout le monde, je suis en faveur de la vertu et, en ce sens, j’aimerais bien voir éliminer tout accident routier impliquant autant les chauffeurs de véhicules moteur (auto, moto, scooter, camion, autobus, etc…), que les piétons, les cyclistes, les personnes à mobilité réduite et j’en passe.

À mon avis, avant de mettre de l’avant tout changement dans la fluidité de la circulation automobile et l’aménagement de nouvelles entraves dans nos rues, il serait nécessaire d’avoir un plan stratégique avec des objectifs, des moyens et des échéanciers, le tout basé sur une problématique réelle et bien cernée.

L’urgence de la mise en place de divers moyens a surpris tout le monde lorsque le conseil municipal a adopté la mise en place de «Vision zéro». De quelle hécatombe parle-t-on au sujet des accidents routiers dans nos quartiers? Combien d’accidents mortels et d’accidents avec blessé(s) ont été répertoriés dans chacun de nos quartiers au cours des 15 dernières années? Quels étaient les endroits précis et les circonstances dans lesquelles se sont produits chacun de ces accidents? Voilà autant de questions qui méritent des réponses exactes et complètes afin de tracer un portrait un tant soit peu fidèle à la réalité. En ce sens, notre corps policier devrait être en mesure de tracer le portrait réel de la situation.

D’autre part, lorsque je questionne des gens de mon entourage au sujet du partage de la route, les réponses sont très confuses;

• Où et quand les piétons ont-ils la priorité pour traverser la rue?

• Lorsque clignote le feu «passage piéton» à une intersection, qui a droit de passage? Piétons? Quadriporteurs? Cyclistes?

• Les cyclistes peuvent-ils circuler sur le trottoir?

• Les limites actuelles de vitesse sont-elles respectées? Sinon pourquoi?

• Par exemple, sur des Chenaux, entre des Bouleaux et Chanoine-Moreau, que signifie tout le lignage au sujet des vélos et où les véhicules moteurs peuvent-ils passer? Où ne doivent-ils pas passer? Et les piétons? Et les cyclistes? C’est loin d’être clair.

• Les cyclistes doivent circuler sur quel côté de la voie?

• Les cyclistes sont-ils tenus ou non de faire les arrêts obligatoires et respecter les feux de circulation ou en sont-ils exempts?

• Où doivent circuler les quadriporteurs? Sur les trottoirs, dans la rue, dans le sens de la circulation?

Une connaissance des devoirs de chaque catégorie d’usagers est primordiale à un partage courtois, prévisible et sécuritaire de nos rues, de nos routes et de leurs usagers.

Ainsi, dans la poursuite d’une amélioration de la sécurité routière pour tous, ne serait-il pas pertinent d’enfin articuler une vaste campagne d’information et de sensibilisation quant aux responsabilités et aux devoirs de chaque catégorie d’usagers de nos rues? Durant la première année de cette campagne, les policiers municipaux (et autres mandataires) pourraient émettre des billets de courtoisie aux contrevenants en leur indiquant les peines possibles pour une telle contravention au code de sécurité routière.

Au cours de cette même année, nos policiers auront eu le temps de colliger les données réelles et complètes sur les accidents au cours des 15 dernières années.

Dans une deuxième année, tout en maintenant la campagne d’informations sur le partage de nos rues, les policiers pourraient commencer à émettre de réels billets d’infraction aux contrevenants. En même temps, la mise en place progressive de mesures, conséquentes du bilan de l’étude, pourrait, le cas échéant, être davantage accueillie consensuellement par la population.

Nul doute que ces deux étapes sont vitales afin d’asseoir solidement les bases d’éventuels changements dans le modus vivendi des concitoyens.

Les décisions de déneiger ou non tel ou tel trottoir ont toujours été prises pour des considérations budgétaires. Le conseil municipal n’a pas besoin de l’assentiment des citoyens pour en déneiger davantage. Idem pour l’aménagement de nouvelles rues. Tout est une question de choix et de la communication de ces mêmes choix.

Enfin, la priorité de «Vision zéro» dit vouloir désormais s’orienter sur la «sécurité des personnes vulnérables», alors qu’auparavant la priorité était mise sur la «fluidité de la circulation des véhicules moteur». À mon sens, il faudrait plutôt faire cohabiter ces deux priorités en adéquation, et ce, sans compromis.

Donc, lorsque nous aurons un portrait réel des lieux, des circonstances, des causes des accidents routiers dans nos quartiers (pourquoi pas tout le territoire); lorsque nous aurons réalisé une vaste campagne soutenue sur les devoirs de chaque catégorie d’usagers, le choix des moyens, et de l’ampleur de ceux-ci, il sera alors beaucoup plus justifiable d’identifier, prioriser et mettre en place des mesures afin de diminuer ou d’éliminer tout accident de la route sur nos rues résidentielles.

Jean Béland

Trois-Rivières