La conseillère municipale Mariannick Mercure

«Vision zéro»: mieux cibler les interventions

Il faudrait arrêter de crier à la désinformation ou encore d’essayer de discréditer les opposants au projet Vision zéro en les qualifiant de «minorité bruyante» sur le simple fait qu’ils ne partagent pas votre vision.

Lettre à la conseillère Mariannick Mercure, porteuse du dossier de la «Vision zéro» à Trois-Rivières.

S’il vous plaît, soyez au moins assez honnête pour reconnaître que votre consultation est «après coup». Une consultation qui se fera une fois le projet et des actions annoncés, ce n’est plus une consultation.

J’adore votre carte, parue il y a quelques jours concernant les accidents répertoriés sur le territoire de la ville. Elle démontre des choses intéressantes, enfin un début de réponses à plusieurs questions que j’ai soulevées à quelques reprises. Par contre, il faut remettre les choses en contexte afin d’éviter la «désinformation» et d’avoir une idée bien réelle et précise de la situation, en fin de compte comparer des pommes avec des pommes, en considération de l’argumentaire des deux visions qui s’opposent actuellement. J’en profite pour souligner que certains conseillers avancent que le facteur responsable des accidents est presque qu’uniquement la vitesse, sans autre donnée; si ceci n’est pas de la désinformation, je me demande bien ce que c’est.

Votre carte recense les accidents avec blessés graves et les décès soit, mais encore. Afin d’informer adéquatement la population il faudrait débuter par retirer tous les accidents (blessés et décès) survenus sur les voies rapides. Trois-Rivières étant traversée par l’autoroute 40 et en partie par la 55, la Vision zéro ne pourrait pas s’y appliquer puisque la Ville n’a aucun pouvoir de législation là dessus. Ensuite il faudrait aussi retirer de votre carte les voies principales comme des Récollets, des Forges, Sainte-Madeleine, Thibeau, etc. puisque les deux principaux éléments que les gens discutent sont à la fois l’absence de consultation (avant coup) et le fait que vous prétendez abaisser la vitesse à 40 km/h dans les quartiers résidentiels et artères collectrices.

Nous cherchons ici à établir des faits et non pas prétendre qu’il n’y a pas d’accidents sur notre territoire, mais il importe de différencier les propos prétendant l’absence d’accident. Bien évidemment des interventions y sont également nécessaires mais réellement plus limitées à moins de vouloir paralyser la ville au complet.

Comme nous parlons principalement de protéger les «vulnérables», il faudrait aussi retirer de votre carte les accidents n’impliquant que des véhicules moteurs. Avec des impacts à moins de 60 km/h, des blessures existent mais sont plus rarement sérieuses considérant ici les systèmes de protection des véhicules, le port de la ceinture, les coussins gonflables, etc. Le nombre de points de couleur sur votre carte serait alors nettement moins spectaculaire, frapperait moins l’imaginaire et permettrait d’avoir un oeil plus critique et informé sur des faits, ce qui s’approche davantage d’une démarche réfléchie, scientifique et moins émotive.

De plus, je m’interroge sur la quantité de blessés sérieux représentés par les points oranges, est-ce des blessés sérieux allégués ou avérés? C’est tout de même majeur comme différence et questionnement. Mais afin de rester de bonne foi, je peux bien admettre que c’est des cas sérieux. Cependant je me dois de souligner que c’est en contradiction complète avec un récent reportage de TVA Trois-Rivières.

Même en enlevant tous les points précédents, il va rester certains éléments problématiques qui seront probablement localisés au centre-ville et le bas du Cap, où se concentre une densité de circulation et d’usagers vulnérables (peu importe l’âge), et possiblement très peu de zones dites à vocation principalement résidentielle, ce qui à mon sens nécessite une intervention ciblée et non mur à mur. Comme j’ai écrit à maintes reprises je ne suis pas contre le principe de base de votre proposition.

Ensuite, nous pourrions alors commencer à étudier les causes des accidents restants afin de justement être en mesure de cibler correctement les actions à prendre pour aider à améliorer la situation, à élaborer les solutions, les moyens financiers et le budget nécessaire aux correctifs. Alors et seulement alors nous pourrions parler des vraies affaires. Quel était le facteur principal de l’accident? Était-ce le comportement des usagers, la vitesse, la configuration du lieu, la négligence, etc.? C’est ici que je crois que la force de votre projet Vision Zéro réside, c’est-à-dire dans des moyens correctement ciblés sur des problèmes bien identifiés dans des lieux tout aussi bien ciblés.

Jean Blanchette

Trois-Rivières