L’auteur de ce texte, que l’on aperçoit ici prenant la parole au conseil municipal, croit qu’une dynamique toxique s’est installée dans le dossier de la Vision zéro.

Vision zéro: les deux solitudes

Nous assistons depuis un mois à une mobilisation citoyenne impressionnante concernant le dossier Vision zéro. Pour la première fois, des gens sont sortis de leur salon pour se présenter aux séances du conseil. Ils ont pris la parole de façon courageuse et ils sont passés de l’autre côté de l’écran afin d’exprimer leur désaccord, leurs craintes et leur incompréhension face à ce dossier. Nous avons également vu une quantité frappante de textes d’opinion venant d’une grande diversité de personnes. Tous ont tenu un discours respectueux, structuré et sensé. Dans cette ère des réseaux sociaux où les commentaires gratuits et agressifs fusent de toutes parts, c’est un exploit en soi.

La résolution proposée par le conseiller Cournoyer lors de la séance du conseil du 4 décembre se voulait une pause en ce temps turbulent en politique. C’était une occasion en or pour les porteurs du dossier de recadrer le débat et d’évacuer toutes les perceptions. Plus encore, ce pas de «côté» aurait permis de rassurer ceux et celles qui s’opposent au projet et ainsi calmer la frustration créée par une mise en marché des plus boiteuse. En rejetant cavalièrement cet appel à l’écoute et à la sensibilité, ils ont raté l’unique chance de poser LE geste politique qui s’imposait et qui aurait fait un monde de différence.

À ces gens, aux 3700 signataires de la pétition à ce jour et à moi, vous avez répondu ceci: votre opinion ne compte pas, nous savons ce qui est bon pour vous et nous allons de l’avant coûte que coûte. C’est une véritable gifle que nous avons reçue le 4 décembre.

Je pose maintenant les questions suivantes: Mais qui représentez-vous au juste? Où puisez-vous cette motivation qui vous pousse à poursuivre dans cette voie de l’intransigeance? Pour ma part, le portrait est clair. Nous avons maintenant devant nous, pour reprendre une expression connue, deux solitudes. D’un côté, des conseillers déconnectés et de l’autre, la population qui n’a plus droit au chapitre.

Cependant, lorsque l’on voit le conseiller Montreuil sortir de nulle part le dossier de la vitesse sur l’autoroute 40 après avoir été interpellé par une seule personne, je me demande comment peut-il aussi facilement ignorer tous ces gens et certains de ses collègues conseillers qui s’expriment depuis le 6 novembre. Madame, monsieur, qui que vous soyez, vous n’avez aucune idée de la chance que vous avez d’être si bien entendu. Nous avons droit présentement, sans vouloir faire de mauvais jeu de mots, à une écoute à deux vitesses.

On nous demande d’être des forces vives, ce que nous nous efforçons d’être depuis le début de cette saga avec la création de la pétition et d’un groupe Facebook. Cette même force vive que certains tentent de discréditer sur la place publique. Avec ce genre de dynamique toxique, comment arriver à une fin heureuse? Comment avoir confiance au processus et aux forums à venir?

Stéphane Guay

Trois-Rivières