Plusieurs citoyens de Shawinigan se sont déplacés, la semaine dernière, lors de la rencontre concernant l’évaluation foncière et les taxes. Beaucoup ont exprimé leur ras-le-bol, se disant pris à la gorge par les augmentations récurrentes de leur fardeau fiscal municipal.

Ville de Shawinigan: achetez le superflu, vous sacrifierez l’essentiel

Le 5 février dernier a eu lieu à l’Auberge Gouverneur une séance d’information tenue par Servitech sur le nouveau rôle d’évaluation à Shawinigan. Cette rencontre «entre deux grandes solitudes», pour reprendre les mots de Guy Veillette du Nouvelliste, a permis aux citoyens d’exprimer un profond malaise ressenti depuis des années, soit leur lourd fardeau fiscal.

Depuis l’avènement de l’administration Angers en 2009, les vannes sont ouvertes. Les citoyens assistent, impuissants, à la multiplication des dépenses effrénées. Aux prises avec de très faibles revenus, les citoyens ne peuvent maintenir la forte cadence d’endettement de la Ville.

Ayant hérité, avec l’ancienne administration municipale, d’un amphithéâtre dont le coût de construction est passé du simple au double, passant de 14 à 28 millions $, et ce, financé par les deux gouvernements et la Ville, les citoyens avaient été échaudés. Surtout qu’il n’a jamais été possible, par la suite, de faire la lumière sur le partage entre les coûts d’exploitation assumés par la Ville et les revenus perçus par des intérêts privés.

En maintenant la même approche, l’administration Angers s’est lancée dans de vastes projets à coups de millions financés par les contribuables. Le parc industriel à grand gabarit, au coût de 5 millions $, qui n’a jamais trouvé preneur. Tout récemment, dans le même secteur, soit Saint-Georges, la Ville parlait d’acquérir un autre terrain.

La marina, un projet qui, en 2013, devait être assumé par des investisseurs privés, se retrouve maintenant à la charge des contribuables, au coût de 13,8 millions $. Malgré nos demandes d’accès à l’information, nous n’avons jamais eu accès au montage financier de ce projet, soit le partage des coûts et des revenus entre le public et le privé.

La conversion de l’ancienne usine Wabasso pour héberger le DigiHub et le Centre d’entrepreneuriat a coûté au départ 13,5 millions $, dont 9,5 millions $ proviennent de la Ville. C’est sans compter les demandes constantes de subventions. Jusqu’à présent, nous n’avons aucune donnée sur le rendement réel par rapport à l’énorme capital investi, et sur la durée de vie des petites entreprises créées, une fois les subventions épuisées. N’hésitant pas à vanter ce projet sur toutes les tribunes, ici comme à l’étranger, la Ville n’a jamais lésiné sur de coûteuses campagnes de promotion. Les projets d’infrastructures connaissent de nombreux ratés et dépassements de coûts, en raison, selon la Ville, de manquements de la part des firmes de consultants ou des entrepreneurs. Les pauvres contribuables, à qui l’on fait part de «surprises» en cours de route, se posent la question: y a-t-il un pilote dans l’avion?

Tous ces exemples nous ramènent à définir les responsabilités et obligations premières d’une municipalité: réseau d’aqueduc et d’égout, état des routes et déneigement, transport en commun, services de sécurité et d’incendie, saine gestion des travaux publics, bons services aux citoyens, etc.

Bien sûr, une municipalité peut vouloir promouvoir un milieu propice à la venue d’entreprises, à la prospérité et au bien-être des citoyens. Mais compte tenu de notre très faible richesse foncière, est-ce judicieux pour la Ville de se substituer à l’entreprise privée en jouant le rôle de promoteur immobilier avec l’argent des contribuables? Ce sont autant de taxes foncières que la Ville ne perçoit plus. Est-ce le rôle de la Ville, par l’entremise de la Société de développement de Shawinigan, de permettre toutes sortes d’allégements fiscaux à des entreprises, pourtant rentables, en achetant des terrains et des bâtiments pour ensuite leur louer?

À chacune de nos interventions auprès de la Ville pour demander plus de transparence et une gestion plus rigoureuse des fonds publics, on nous a toujours servi la même sauce. La Ville entend maintenir le cap avec ses nombreux investissements et elle demande de la part des citoyens un acte de foi. Ceux qui osent poser des questions sont qualifiés d’être contre le progrès.

Les citoyens de Shawinigan confient d’importantes sommes d’argent à la municipalité sans que celle-ci ne rende de comptes. Nous nous retrouvons maintenant pris à la gorge et la Ville n’a jamais pris acte de notre réalité socio-économique.

Voilà pourquoi nous demandons l’aide du gouvernement du Québec pour examiner en profondeur la gestion financière et la gouvernance de la Ville.

Catherine Durocher

Shawinigan citoyens avertis