Le ministre François-Philippe Champagne
Le ministre François-Philippe Champagne

Victime de la pyrrhotite et victime de la «méthode champenoise»

OPINIONS / En début d’année, dans ces mêmes pages, je me questionnais à savoir si les victimes de la pyrrhotite auraient droit à un nouveau Champagne dans le cadre de la crise de la pyrrhotite.

Malheureusement, le député libéral de Shawinigan vient de nous démontrer, avec force, qu’il nous réservait sa méthode champenoise bien à lui; c’est-à-dire nous étourdir avec une fausse ouverture et ne laisser que du vide et un mal de bloc à la suite de son passage. D’ailleurs, il en a fait une autre démonstration dans le dossier des croisiéristes victimes du coronavirus. Alors que les appels à l’aide retentissent de toutes parts depuis des semaines, le ministre Champagne tente de déguiser l’envoi de barres tendres dans un pays membre du G7 en assistance consulaire exemplaire!

Ainsi, le meilleur allié autoproclamé des victimes de la pyrrhotite vient de nous envoyer paître, et ce, après avoir orchestré une mise en scène le temps que notre récent momentum médiatique s’essouffle. Dans un dossier sensible comme le nôtre, la tactique est épouvantable. Provoquer de la colère en politique, c’est inévitable par la nature même de l’emploi. Cependant, en connaissant l’étendue du drame humain que génère cette crise, provoquer et alimenter le désespoir, c’est aussi dangereux qu’inacceptable. C’est indigne d’un député, encore moins d’un ministre.

Qui plus est, le ministre ne s’est pas arrêté là. En refermant le couvercle pour de bon sur les victimes, il a emprunté une tactique du président Trump. Lorsqu’il tente de laisser croire que s’il y a encore de l’argent dans le fonds d’aide, c’est à cause des règles et non qu’il y ait d’autres besoins, il s’adresse avant tout à sa base partisane et mise sur le potentiel manque de connaissance des gens sur cette question très complexe. Ceci, en sachant pertinemment que c’est totalement faux. S’il reste de l’argent dans le fonds d’aide, c’est tout simplement parce que les victimes n’ont pas les liquidités ou la capacité d’emprunt pour combler l’écart de plus de 100 000 $!

À l’évidence, plus le temps passe, plus il y aura de familles qui mettront leur santé ou leur sécurité en péril en demeurant dans des maisons devenues dangereuses. Faut-il le rappeler, le coût moyen des travaux est de plus de 180 000 $! D’ailleurs, chez nos voisins du sud, l’aide n’est pas un prêt (contrairement à nous) et elle se situe à 175 000 $. De plus, le verdict à venir de la Cour d’appel ne garantit absolument rien pour les milliers de victimes des deuxièmes et troisièmes vagues! Et le ministre le sait très bien aussi.

Toutefois, il ne faut guère se surprendre de cette mascarade. Au rayon des espoirs déçus, ce gouvernement s’est forgé une position enviable depuis ses belles promesses de 2015. La promesse de reconnaître le drame de la pyrrhotite et d’agir en conséquence s’est perdue quelque part sur la 55. La promesse d’un Canada vert est devenue la nationalisation des pipelines. À la suite des nombreuses promesses faites aux Premières Nations, il n’y a pas de progrès significatif. Malgré le torrent de larmes du premier ministre, la Loi sur les Indiens, qui date de 1876, est toujours en vigueur et les besoins demeurent toujours aussi criants pour une importante proportion d’autochtones. C’est fort probablement la douleur provoquée par ces espoirs déçus qui explique que les blocus ferroviaires aient pris une telle ampleur aussi rapidement.

Les victimes de la pyrrhotite ne bloqueront pas de voies ferrées, mais elles ne laisseront plus passer le train de l’indifférence et des fausses promesses sans rien faire.

Marc-Olivier Gagné

Bachelier en administration des affaires et bachelier en diversité culturelle & science politique

Victime de la pyrrhotite