L'auteure de cette lettre croit que la crise actuelle est l'occasion de mener une réflexion, auparavant plutôt marginale, sur la manière de faire les choses autrement.
L'auteure de cette lettre croit que la crise actuelle est l'occasion de mener une réflexion, auparavant plutôt marginale, sur la manière de faire les choses autrement.

Vers un nouveau modèle de développement?

OPINION / L’une des rares conséquences stimulantes de la paralysie actuelle, c’est toute la réflexion, auparavant plutôt marginale, qui émerge sur la manière de faire les choses autrement après la crise. Le monde virtuel regorge ces temps-ci de propos et suggestions nous invitant à repenser le modèle de société après-COVID.

L’achat local, qui peinait il y a encore quelque semaines à s’imposer, est non seulement rendu populaire, voilà qu’il est soutenu (enfin!) par le gouvernement avec l’initiative du Panier bleu. La surconsommation a été mise sur pause et les autos «confinées» dans les stationnements. La planète en profite pour prendre une bouffée d’air plus frais, preuve que la lutte aux changements climatiques est bien possible.

La planète en profite pour prendre une bouffée d’air plus frais, preuve que la lutte aux changements climatiques est bien possible.

Bien sûr, on peut regretter qu’il ait fallu une crise de cette ampleur pour réaliser que la mondialisation débridée et la croissance illimitée ont étiré l’élastique jusqu’à son point de rupture. Mais si cela a permis de découvrir – ou redécouvrir – les avantages de la souveraineté alimentaire, de l’économie sociale et verte, de l’achat local, des gains à faire avec la deuxième et la troisième transformation de nos ressources, alors tout cela n’aura pas été vain.

Faire ces choix, c’est choisir une économie à échelle humaine qui rompt avec la traditionnelle économie de marché. Cette transition économique que nous souhaitons ne doit cependant laisser personne de côté, générer de nouvelles inégalités.

Sortir de notre dépendance aux énergies fossiles, notamment, est inévitable. Mais réorganiser cette économie de surconsommation, de surdéplacement, dépendante du pétrole, nécessite beaucoup de réflexion et de planification pour en limiter l’impact sur les gens qui travaillent dans les secteurs économiques à revoir.

D’ailleurs, ce modèle survit actuellement parce qu’on n’y inclut pas tous les coûts environnementaux et sociaux, en particulier dans les pays du Sud global. Recentrer notre consommation vers le local, c’est certes une bonne chose, mais la démondialisation devra aussi être solidaire et équitable envers les pays où l’on fait produire ces biens à moindre coût.

Produire localement, c’est aussi entrer en compétition avec des multinationales qui font une concurrence déloyale aux producteurs locaux en payant des salaires dérisoires à une main-d’œuvre privée de droits fondamentaux.

Des multinationales qui, au surplus, ne paient pas leur juste part d’impôt en raison d’une fiscalité défaillante. Une situation qui nous prive de revenus substantiels nous permettant de soutenir un autre modèle de développement.

Une des solutions à ce fléau, pourtant simple et bien connue, tarde à émerger: taxer les grandes entreprises selon le volume de marchandise vendu chez nous plutôt que selon des déclarations de revenus nébuleuses.

Par ailleurs, payer nos achats à leur juste coût, c’est louable et logique, mais encore faut-il pouvoir se le permettre! Ce modèle économique ne pourra être instauré à grande échelle sans être accompagné de mesures sérieuses de lutte à la pauvreté et aux inégalités sociales.

On le voit, notre modèle économique actuel a peu à peu étendu ses tentacules dans tous les domaines. Le virage vers un modèle viable à long terme, centré sur le bien commun, solidaire, ne sera pas simple à négocier, mais n’est-ce pas exactement le bon moment pour y réfléchir et, pourquoi pas, l’amorcer?

Valérie Delage

Co-porte-parole de Québec solidaire pour la Mauricie