UQTR: suspendre ou non la session en cours?

OPINIONS / L’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR) a annoncé le 20 mars dernier que «toutes [ses] activités d’enseignement […] reprendront à distance à compter du 30 mars 2020.» En réaction à cette annonce, une pétition exigeant la suspension de la session en cours (hiver 2020) ainsi que la reconnaissance des crédits sans note finale est lancée le dimanche 22 mars. Celle-ci s’adresse à Jean-François Roberge, ministre de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur du Québec.

C’est une initiative d’Elizabeth Leblanc-Michaud, étudiante en lettres à l’UQTR. Au moment de publier cet article, la pétition hébergée sur le site web Change.org recueillait 106 080 signataires. Elle est rapidement devenue un phénomène viral sur les réseaux sociaux et a réussi à capter l’attention de grands médias comme La Presse, Le Nouvelliste et Radio-Canada.

Évidemment, les instances interpellées ne prennent pas ce genre de décision à la légère. Les choix qui sont faits aujourd’hui auront de grandes conséquences dans le futur. Il apparaît important de s’attarder à ces impacts et de peser le pour et le contre de chaque option.

Rimouski: un exemple à suivre?

L’Université du Québec à Rimouski (UQAR), quant à elle, semble aller à contresens des recommandations gouvernementales qui encouragent la mise sur pied de formations à distance. Plus tôt cette semaine, la direction a annoncé qu’«un cours pour lequel une ou des évaluations ont eu lieu est considéré comme terminé.» Selon ce qu’a appris le journal Le Soleil, Le Syndicat des professeurs et des professeures de l’Université du Québec à Rimouski (SPPUQAR) est en faveur de la décision.

Nombreuses sont les personnes qui souhaiteraient que la position de l’institution rimouskoise soit étendue à l’ensemble du Québec. Il y a quelques heures, l’Université du Québec en Outaouais (UQO), a choisi de prendre une décision équivalente à l’UQAR.

Nombreuses sont les personnes qui souhaiteraient que la position de l’institution rimouskoise soient étendue à l’ensemble du Québec.

Pour plusieurs étudiants, il est indéniable que suspendre les cours est la meilleure décision à prendre. Pour ce faire, ces derniers invoquent différentes raisons.

Encore du stress…

Effectivement, le climat actuel ne serait pas propice aux études. Les étudiants auraient beaucoup d’autres priorités. «Depuis le début de la crise sanitaire, je dois m’occuper de tous les achats de mes grands-parents, travailler dans un service essentiel et essayer de trouver du temps pour avancer mes travaux scolaires», affirme Élisabeth, étudiante en psychologie à l’UQTR. Celle-ci doit prendre soin de ses grands-parents, mais c’est sans oublier ceux et celles qui vivent une situation semblable avec leurs enfants. Présentement, il y des mères et des pères qui étudient à l’université. Ils et elles doivent maintenant prendre en considération leur progéniture dans leur routine quotidienne puisque les garderies ainsi que les écoles primaires et secondaires sont fermées.

La récente fermeture de toutes les entreprises non essentielles au Québec a eu un impact négatif majeur sur les revenus de plusieurs. Beaucoup sont dans l’attente d’une aide gouvernementale et ont peur de ne plus être en mesure de subvenir à leurs besoins.

L’ensemble de ces facteurs pourraient avoir de lourdes conséquences sur la santé mentale des principaux intéressés. On parle de stress et d’anxiété qui les empêcheraient de se concentrer sur leurs cours.

En ligne, vraiment?

En consultant les réseaux sociaux, on constate que beaucoup de commentaires mettent de l’avant leur inquiétude quant à la formation en ligne. C’est compréhensible, par exemple, que l’on puisse se demander comment un professeur d’art pourra faire pour enseigner la sculpture en ligne. Certains apprentissages ne peuvent tout simplement pas se donner en ligne.

Il y a aussi la réalité de la fracture numérique. Certaines régions éloignées n’offrent pas une connexion internet adéquate pour permettre d’offrir ces cours. De plus, certains étudiants affirment ne pas avoir en leur possession un ordinateur et compter sur ceux disponibles à la bibliothèque pour faire leurs travaux. C’est sans oublier que dans certains programmes, on utilise des logiciels très coûteux tels que Photoshop ou SPSS. Pour ne pas être pénalisés, les élèves se verraient-ils dans l’obligation d’acheter ce matériel?

La même situation s’applique également aux enseignants et aux chargés de cours. Ceux-ci sont-ils équipés pour faire des séances sur Internet? Ont-ils tous les connaissances techniques pour utiliser des plateformes en ligne comme ZOOM? Le doute persiste encore.

Fait cocasse: le 20 mars dernier, lorsque l’UQTR a publié sa mise à jour sur la COVID-19, le serveur hébergeant le site web n’a pas été en mesure de répondre à la demande. Un message d’erreur s’affichait lorsqu’on tentait d’accéder à la page. Cette bavure n’a rien pour rassurer les étudiants quant à la capacité de l’université d’offrir des formations en ligne. Spécifions que la situation a été corrigée rapidement.

L’équité dans tout cela

L’équité semble être un cheval de bataille sur lequel le mouvement mise beaucoup. Mme Leblanc-Michaud affirme sur la page de la pétition qu’elle souhaite: «[…] une solution globale et équitable pour les étudiants de l’ensemble des établissements d’études supérieures du Québec […].» Pour l’instant, il n’y a aucune mesure qui s’applique à l’ensemble du territoire québécois. Ce qui remet en question les principes de cohérence et de justice.

Aussi, les cours offerts ont été bâtis dans l’urgence et certains se demandent s’ils répondront aux mêmes exigences de qualité que les cours en présentiel. Les manières de dispenser les cours apparaissent disparates, des cours seront donnés en vidéoconférence alors que d’autres se feront sous forme de suivi par courriel.

D’autres tiennent à poursuivre les cours

Il n’y a pas que de bons côtés à suspendre les cours. Plusieurs personnes ont manifesté leur accord à leur reprise. Généralement, elles dénoncent le fait que certains de leurs confrères et consœurs ont signé uniquement puisqu’ils jubilent à l’idée d’être exemptés de cours jusqu’en septembre. Il leur semble que les étudiants ont payé leur session et qu’il est justifié d’obtenir une formation en échange. À leurs yeux, ils ont droit à l’éducation pour laquelle ils ont payé.

Il n’y a pas que de bons côtés à suspendre les cours. Plusieurs personnes ont manifesté leur accord à leur reprise.

D’autres indiquent être apeurés à l’idée de ne pas avoir la chance d’augmenter leur note. L’obtention de la mention S (succès) n’influence aucunement la cote Z de l’étudiant. Certains comptaient sur cette présente session pour augmenter leurs résultats et ainsi avoir accès à des programmes contingentés.

Il y a aussi des membres de la population étudiante qui sont préoccupés par la légitimité de leur diplôme. Est-ce qu’un diplôme avec la mention S vaudra moins? Est-ce que les employeurs se feront plus rares?

Charles-Antoine Boulanger

Étudiant au baccalauréat en communication sociale

Université du Québec à Trois-Rivières