Le lock-out à l’Université du Québec à Trois-Rivières a donné lieu à des conséquences positives plutôt inattendues au sein du corps professoral.

UQTR: les conséquences positives du lock-out

«There is a crack in everything, that’s how the light gets in» (Leonard Cohen)

Comme le célèbre poète montréalais l’a chanté, il y a une faille dans toute chose, et c’est par là qu’entre la lumière.

Le lock-out et les relations de travail très tendues qui suivent ont donné lieu à trois conséquences positives plutôt inattendues.

Premièrement, le contexte universitaire valorise l’individualisme et la concurrence. La direction des universités accentue habituellement cette caractéristique par une gestion qui encourage la compétition. Par exemple, les subventions de recherche internes et les dégagements pour la recherche étant limités, les professeurs(es) doivent compétitionner les uns contre les autres pour en obtenir. Or, les événements récents ont solidarisé les professeurs(es) qui se sont mobilisés et ils désirent travailler davantage ensemble à l’avenir.

Deuxièmement, bien que l’interdisciplinarité et la transdisciplinarité soient des discours séduisants utilisés en marketing universitaire depuis de nombreuses années, les pratiques interdisciplinaires ou transdisciplinaires se heurtent souvent aux frontières administratives. Les événements récents ont permis de véritables dialogues interdisciplinaires qui continueront de se développer et qui se entraineront sans doute des projets d’enseignement et de recherche novateurs.

Troisièmement, la profession de professeur(e) d’université est généralement peu connue et plutôt mal comprise dans notre société. Ce lock-out a été l’occasion pour plusieurs professeurs d’expliquer dans l’espace public en quoi elle consiste. De très nombreux citoyens ont affirmé beaucoup mieux comprendre les différentes facettes du travail des universitaires et leur rôle dans notre société. Les professeurs(es) qui se sont exprimés à la télévision, à la radio et dans les journaux continueront certainement à le faire, en plus de poursuivre la diffusion de leurs travaux de recherche.

Ce qui est à souhaiter, c’est que ce soit fait en collaboration avec une direction qui exercera un leadership à titre de chef d’orchestre, sans brimer la liberté académique nécessaire au travail d’un professeur universitaire, en valorisant la diversité des profils de professeurs(es) et en encourageant une communication constante avec la communauté que l’université dessert.

On l’aura constaté dans les rassemblements, les journaux, à la radio et sur internet, le lock-out a favorisé de nouvelles rencontres, l’émergence d’amitiés fortes et provoqué de nombreux rapprochements, notamment entre le corps professoral et la communauté. Plusieurs professeurs(es) d’expérience, à travers le Québec, considèrent qu’il est plutôt rare de voir un corps professoral discuter autant de la mission d’une université. Le lock-out, qui vise à diviser et à affaiblir l’autre, aura plutôt créé les conditions nécessaires à une vision d’une université nouvelle. L’UQTR ne pourra plus être la même, simplement parce que son corps professoral n’est plus le même. C’est une université dans laquelle les professeurs(es) sont plus près les uns des autres qu’auparavant. Ils souhaitent pour l’avenir une gouvernance participative qui serve le savoir et la profession de professeur universitaire.

Jason Luckerhoff,

Professeur titulaire, chef de section et responsables des programmes de cycles supérieurs au Département de lettres et communication sociale

Tristan Milot

Professeur titulaire, département de psychoéducation, directeur du Centre d’études interdisciplinaires sur le développement de l’enfant et la famille

Lyne Cloutier

Professeure titulaire, département des sciences infirmières, récipiendaire des Prix d’excellence en recherche et Prix d’excellence en enseignement

Marc-André Lavigne

Professeur agrégé, département d’études en loisir, culture et tourisme et directeur de l’observatoire québécois du loisir

Chantal Plourde

Professeure titulaire, département de psychoéducation, directrice-adjointe du Centre international de criminologie comparée

Vincent Cantin

Professeur titulaire, directeur du département des sciences de l’activité physique

Natacha Brunelle

Professeure titulaire, département de psychoéducation

Martin Descarreaux

Professeur titulaire, directeur du comité de programme de la maîtrise en sciences de l’activité physique, codirecteur du Groupe de recherche sur les affections neuro-musculo-squelettiques

Denis Leroux

professeur titulaire, département des sciences de l’environnement

Sylvain Sirois

professeur titulaire, département de psychologie

Emmanuel Milot

Professeur adjoint, département de chimie, biochimie et physique