Une «Vision zéro» 100 % mal partie...

Il y a de ces projets politiques comme la «Vision zéro» qui méritent d’être explorés et discutés car ils reposent sur de bonnes intentions, mais qui aboutissent malheureusement en ordonnances adoptées à la va-vite contre lesquelles des citoyens s’insurgent avec raison. S’ajoute la «manière» dont les dossiers sont présentés; la conseillère Mercure pousse son affaire avec conviction certes, mais surtout avec un ton autoritaire et sec qui éloigne d’emblée toute remise en question. On se retrouve alors face à une idéologie totalitaire dont la porte-parole fait un dogme de sa «Vision zéro».

Lorsque, à l’appui du dossier, on prend Montréal et Toronto comme exemples pour transposer ici, à Trois-Rivières, des règles semblables en matière de circulation, on amène un raisonnement reposant sur des fondements d’argile et qui s’apparente à un sophisme. Par exemple, à Trois-Rivières, le virage à droite sur un feu rouge est permis, mais pas à Montréal... Parce que nous avons affaire à deux réalités urbaines complètement différentes, comme c’est le cas pour cette Vision zéro.

Il aurait fallu, et il faudrait, selon moi, aborder autrement la problématique de la sécurité de tous les Trifluviens qui circulent sur le territoire, que ce soit à pied, à vélo, en patins, ou en voiture. Avant d’imposer ex cathedra une nouvelle limite de vitesse, des trottoirs élargis, des photos-radars, des dos d’âne et que sais-je..., n’aurait-il pas mieux valu procéder dans l’ordre, dans la raison, et surtout dans le respect de l’ensemble des citoyens.

D’abord, pourquoi ne pas élaborer en priorité un programme d’éducation et de sensibilisation visant à atteindre la sécurité de tous, dont celle des personnes les plus vulnérables bien sûr.

Ensuite, ne faudrait-il pas revoir les circuits actuels de trottoirs et de pistes dites «cyclables». Analysons nos aménagements et apportons les correctifs nécessaires.

Après, et seulement après, on pourra voir s’il faut aller plus loin.

Dans un article paru dans Le Devoir du 18 juin dernier, mettant justement en doute l’efficacité de la «Vision zéro» à Montréal, le Dr Patrick Morency, qui œuvre en sécurité routière depuis une quinzaine d’années, déclare: «Chaque fois qu’on ajoute une voie sur une artère, les risques qu’un piéton soit blessé augmentent de 75 %». Selon lui, c’est exactement le contraire qu’il faut faire, en concevant par exemple des pistes réservées aux seuls cyclistes et sans doute d’autres à l’usage des seuls piétons.

Or qu’est-ce qui se passe à Trois-Rivières? On ajoute à qui mieux mieux des lignes de peinture... Prenons la rue Sainte-Marguerite ou le boulevard des Chenaux: on trace une ligne pour les espaces de stationnement, et on en trace une deuxième pour les cyclistes et parfois même des deux côtés de la rue... Est-ce que des lignes de peinture peuvent protéger adéquatement les utilisateurs? Sûrement pas.

Et ne faudrait-il pas tenir compte aussi du fait qu’en hiver, de nombreux piétons n’ont d’autre choix que de marcher dans les rues?

Pire: devant les terrains de l’Hippodrome et du cimetière Saint-Louis, les trottoirs se «confondent» avec la piste cyclable. Des piétons m’ont déjà confié avoir échappé de justesse à la catastrophe en s’engageant sur le trottoir alors que surgissent des coureurs cyclistes roulant à fond de train. Encore pire: le long de la côte des Chenaux, la piste cyclable n’est pas autre chose que le trottoir. Encore récemment, j’ai vu une maman poussant un carrosse au bas de la côte se faire littéralement décoiffer par un cycliste en descente libre... Ne faudrait-il pas corriger d’urgence de telles situations?

Et est-ce que nos «visionnaires zéro», ont pensé aux Trifluviens et aux visiteurs qui devront décoder le territoire en naviguant entre quatre zones rapprochées à différentes vitesses limites (100 km/h sur l’autoroute, 50 km/h sur les rues dites «collectrices», 40 km/h sur les rues dites «locales», 30 km/h en zone scolaire). Aussi bien déclarer Trois-Rivières comme terrain de jeu pour les policiers patrouilleurs qui pourront remplir leurs quotas de billets d’infraction en encore moins de temps qu’il en a fallu pour adopter cette courte «vision»...

Guy Godin

Trois-Rivières