L’auteur de cette lettre offre son analyse du projet Vision zéro.

Une vision d’avenir... politique?

C’est drôle, on m’a demandé si je voulais faire partie du groupe Facebook «Trifluviens pour la sécurité routière et une vision d’avenir». Je suis allé voir, j’ai lu et j’ai réfléchi (un peu).

Tout d’abord, je trouve le nom du groupe légèrement tendancieux. Il est certain qu’on ne peut être contre la sécurité routière pas plus qu’on ne peut être contre une vision d’avenir pour notre ville. On se donne donc le beau rôle avec un tel nom en plaçant tous les opposants dans le camp de ceux qui ne comprennent pas et qui sont contre le bon sens.

Ce sentiment fut d’ailleurs confirmé par le visionnement de la vidéo «Vrai? Pas vrai?» où ceux qui questionnent sont typés dans des personnages un peu «bêtes» pendant que l’animatrice est posée et intelligente. Cela aurait pu être suffisant pour me détourner du groupe, mais j’ai décidé de pousser mes recherches un peu plus loin. Je suis allé consulter le site de la Ville qui parle du fameux projet. On y parle de grands principes comme: «aucune perte de vie n’est acceptable.» Qui peut être contre ça? Personne. Alors, pourquoi en faire tout un plat ? On sort les tambours et les trompettes pour entendre des conseillers municipaux nous clamer bien haut «Oyé Oyé! J’ai une grande annonce à vous faire». Vraiment, vous pensez que quelqu’un à Trois-Rivières peut ouvertement aller contre cette idée?

«Les collisions mortelles et les blessures graves sont évitables.

- Il doit y avoir une reconnaissance que les décès et les blessures graves causés par la circulation sont évitables et qu’il est donc possible de les prévenir. Ces tragédies sont évitables, les choix politiques et les choix d’aménagement ont des impacts majeurs sur les collisions routières.»

Vraiment? Les statistiques démontrent qu’une grande majorité des accidents sont causés par des fautes d’inattention. Alors, par définition, nous ne sommes donc pas en mesure de les prévenir ni de les éviter. On pourra tout au plus en réduire les impacts. Peu importe les choix politiques et les choix d’aménagements, il y aura toujours de «l’imprévisible» dans le portrait. Penser le contraire c’est accorder beaucoup trop d’importance au rôle des décideurs politiques. On lâche un peu le bâton du pèlerin et les études norvégiennes et on revient dans ce qu’on appelle «la vie».

«La vie» de tous les jours dans les rues trifluviennes c’est:

- une tolérance au-dessus des limites de vitesse de 10 à 15 km/h;

- une quasi-incapacité pour les piétons d’utiliser de façon sécuritaire les passages piétonniers;

- des virages à droite sur feu rouge pendant que le feu pour les piétons est allumé;

- des feux de circulation à 25 secondes de délai, ce qui est à peine suffisant pour un piéton en forme qui désire traverser deux rues d’une intersection;

- des boutons d’appel pour les feux piétonniers qui fonctionnent de façon particulière: sur certaines rues c’est 4 ou 5 séquences complètes avant de pouvoir traverser (alors on s’impatiente et on prend des risques);

- des cyclistes sur les trottoirs ou à sens inverse de la circulation;

- des automobilistes, des piétons ou des cyclistes au cellulaire;

- des quartiers avec aucun trottoir déneigé et l’obligation de circuler dans la rue;

- du déglaçage plus que déficient (trottoirs et rues).

Je pourrais en ajouter davantage. Je n’ai jamais eu d’automobile et j’utilise le réseau routier à titre de piéton ou de cycliste depuis plus de 40 ans. Je peux simplement affirmer que la sécurité des piétons n’a jamais été une priorité pour la Ville. On me dira que «Vision zéro» c’est plus que le 40 km/h de limite de vitesse et qu’il va englober tous les points dont je viens de parler. À cela je répondrai: n’y a-t-il pas déjà des règlements et des lois de prévus à cet effet? Qu’est-ce qui vous empêche de les faire respecter là maintenant? C’est certain que c’est beaucoup plus «glamour» de balancer des études norvégiennes, américaines ou australiennes en criant haut et fort «Moi j’ai trouvé la vérité.» Je le répète, on ne peut pas être contre la sécurité routière, mais je comprends très bien comment et pourquoi on peut être contre le projet «Vision zéro».

Pour ma part je dis: si ça améliore les choses tant mieux, passez-le votre projet en faisant croire à la population que vous avez réinventé la roue. Je reste cependant convaincu d’une chose, c’est que si tout ce tapage vous est nécessaire pour faire appliquer des règles et des lois déjà en place c’est que la vision d’avenir que vous prétendez défendre et qui vous préoccupe tant n’est pas celle des usagers de la route, mais plutôt votre avenir politique.

Stéphane Bélanger

Trois-Rivières